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ER - Analyses de marchés
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FED : un changement de ton qui en dit long

Soumis aux pressions de Donald Trump, Jerome Powell a infléchi son discours alors que les menaces s’accumulent au-dessus de l’économie américaine. Si un dernier relèvement des taux de la FED devrait intervenir en 2018, l’année 2019 s’annonce sous le signe du pragmatisme avec 2 hausses probables, plutôt que 3.

Par Emmanuel Auboyneau, Gérant associé chez Amplegest

Début octobre, la FED se réunissait et décidait sans surprise de maintenir les taux courts au même niveau. Le discours de Jerome Powell était attendu après des années de règne de Janet Yellen. Le nouveau président de la banque centrale américaine doit encore faire ses preuves et ses premières interventions sont scrutées à la loupe. De cette intervention il ressortait une vision positive de l’économie américaine dans une situation « d’expansion durable ». Le mouvement de hausse des taux devait donc se poursuivre au même rythme, la FED pouvant même aller au-delà du taux neutre, environ 3%, et mener une politique visant à freiner un peu la croissance.

Depuis cette réunion, certains membres de la FED se sont exprimés en souhaitant que ce taux neutre ne soit pas dépassé et en appelant à une politique un peu moins restrictive. Dans le même esprit, Jerome Powell lui-même a infléchi son discours en indiquant vouloir prolonger le cycle de croissance et non plus éviter une surchauffe de l’économie. Il a également annoncé que la FED allait mener en 2019 une vaste réflexion concernant sa stratégie, ses outils et ses pratiques en termes de communication. C’est la première fois depuis Ben Bernanke en 2012 que la FED se lance dans une telle opération.

Faut-il voir dans ces annonces la conséquence de pressions diverses, à commencer par celles du président Trump, ou le résultat d’un vrai changement de tendance sur l’économie américaine ?


Baisse des valeurs technologiques : le signe d’une érosion de l’économie ?

Aujourd’hui, la croissance aux Etats-Unis est toujours solide et devrait le rester au cours des prochains trimestres. Toutefois, plusieurs facteurs rendent l’horizon plus incertain. La première d’entre elles est la menace sur le commerce mondial résultant des annonces de M. Trump. En cas de guerre commerciale, la Chine et l’Europe seraient principalement touchées, mais les Etats-Unis n’en sortiraient pas indemnes. La croissance mondiale est déjà en partie affectée par les mesures protectionnistes et il est probable que la FED tienne compte de l’évolution des négociations dans ses prochaines décisions. Par ailleurs, certains chiffres récents, notamment sur l’immobilier, indiquent que le pic de croissance aux Etats-Unis est sans doute derrière nous. Enfin, le comportement des marchés financiers, avec le repli des secteurs traditionnels et des valeurs technologiques, peut être interprété comme la crainte globale d’une érosion de l’économie. Ce sont donc les évolutions récentes aux Etats-Unis qui ont conduit à ce léger rétropédalage, davantage que les déclarations du président Trump.

Il ressort de cette réunion qu’il va être désormais plus difficile d’anticiper les décisions de la FED. Le mot d’ordre semble être le pragmatisme. En 2019, le bilan de la FED devrait diminuer de plusieurs centaines de milliards de dollars. Il ne faudrait pas, sous peine de conséquences très négatives sur les actifs financiers, que cette évolution s’accompagne de hausses de taux trop rapides. Nous pensons toujours qu’un dernier relèvement des FED Funds en décembre clôturera l’année 2018. En revanche, la banque centrale ne devrait monter ses taux que deux fois en 2019, contre trois hausses attendues jusqu’ici. Fin 2019, l’objectif des FED Funds devrait avoisiner les 3%. La courbe des taux devrait s’aplatir de plus en plus, redonnant alors des marges de manœuvre futures à la FED.

Désormais, Jerome Powell tiendra une conférence de presse à la fin de chaque réunion de la FED. Il lui sera plus facile d’expliquer sa politique, comme le fait Mario Draghi en Europe. L’objectif est de ne pas surprendre les marchés et de préparer en amont les esprits aux prochaines évolutions de politique monétaire. Nous pourrons alors juger de l’habileté du nouveau président de la banque centrale américaine.

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