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Trump déstabilise-t-il les marchés financiers ?

Il n’est pas un papier ou une prise de parole qui émane d’un responsable de banque, de bureau d’analyse ou de société de gestion qui, depuis de nombreux mois, ne fasse référence à tel ou tel propos, à telle ou telle décision que prend, ou que prendrait, le président des Etats-Unis.

En juillet dernier, par exemple, Philippe Alter, président-fondateur d’Investeam, parlait de la question dans l’éditorial de la lettre Perspectives : « Pour l’investisseur, explique-t-il, la situation est favorable dans la mesure où le risque est mieux rémunéré aujourd’hui qu’il ne l’a été il y a quelques mois. Il reste à savoir si les déclarations intempestives de Trump ne sont qu’une posture de négociation ou si elles marquent sa volonté d’aller jusqu’au bout d’une logique qui porterait un coup violent au commerce international et, donc, à la croissance mondiale, dussent les Etats-Unis en souffrir. Le problème est que la psychologie d’un président n’est pas plus facile à lire que celle des marchés. » Et le gestionnaire scandinave Evli Fund Management Company a intitulé sa revue mensuelle de septembre « Trump l’inarrêtable ». Tout un programme !

Chez OFI AM, Jean-Marie Mercadal, directeur général délégué en charge des gestions, estiment que les marchés pourraient évoluer sans grande tendance, au moins jusqu’aux élections de Mid Term aux Etats-Unis, vu les aléas politiques. « Il est possible qu’après cette échéance électorale, indique-t-il, Donald Trump se calme sur la guerre commerciale. Mais il est évidemment difficile de donner un pronostic sur la posture du président américain ! »

Twitter Régulièrement Un Message Présidentiel

De son côté, Jean-Jacques Friedman, responsable des investissements de Natixis Wealth Management et de Vega IM, s’est livré à une étude sur Trump, Wall Street et le mythe américain. Donald Trump, s’interroge-t-il, est-il le nouveau patron des marchés ? Et de décrypter l’influence et l’activisme de Donald Trump sur les marchés financiers, un phénomène inédit pour un président américain. « La première année de son mandat a eu un effet positif sur les marchés, portés par son image de faiseur de deals et ses réformes fiscales. Mais, après un premier coup de semonce fin janvier 2018, Wall Street commence à se lasser de ses interventions. Et plus inquiétant peut-être, les investisseurs prennent désormais au sérieux son discours populiste et protectionniste. Donald Trump est un passionné de la Bourse ! Devenu président des Etats-Unis, il exerce une influence inédite sur les marchés financiers, tranchant ainsi avec ses prédécesseurs. Ses tweets suscitent des remous sur toutes les classes d’actifs. »

Au début, les marchés, par nature court-termistes, n’ont vu que les mesures positives sur les bénéfices par action des entreprises (BPA) pour mesurer les conséquences à moyen et long terme d’une politique expansionniste dans une économie de plein emploi. Sur le front des actions, le nouveau président s’est vite distingué en donnant des bons et des mauvais points aux entreprises américaines, entraînant parfois des mouvements sur leurs titres. Sa réforme fiscale, elle, a soutenu les indices boursiers. « Elle dope les profits des entreprises et les incitations au rapatriement du cash aux Etats-Unis, une manne largement consacrée aux rachats d’actions – le précédent record de 600 milliards de dollars en 2007 sera largement dépassé cette année pour flirter avec les 1.000 milliards – qui augmente mécaniquement les BPA. Cette croissance tous azimuts souhaitée a un coût, poursuit le professionnel. La politique budgétaire expansionniste creuse les déficits, bouscule les taux et provoquera, à terme, une baisse du dollar, une dépréciation à laquelle Donald Trump n’est d’ailleurs pas opposé pour relancer la compétitivité de l’industrie américaine. »

Un mur de remboursement

Face à cette agitation constante du président, la Réserve fédérale, présidée pour la première fois par un non-économiste, l’ex-journaliste Jérôme Powell, « semble faire pâle figure ». Donald Trump impose même le tempo de la normalisation de la politique monétaire. Or, si les taux courts devraient monter plus vite que prévu, les taux longs suivront, avec une hausse des taux de défaut, une baisse des prix de l’immobilier et un repli de la Bourse. Il faudra aussi attirer de nouveaux investisseurs pour financer le « mur de remboursement » américain. « En 2018, précise Jean-Jacques Friedman, les Etats-Unis doivent refinancer plus de 3 000 milliards de dettes et financer, par de nouvelles émissions, un déficit budgétaire de plus de 1 000 milliards de dollars en 2019. »

Quant à elle, la guerre commerciale engagée par les Etats-Unis contre la Chine et l’Europe est prise d’autant plus au sérieux qu’elle gagne en intensité et qu’elle se révèle payante auprès de l’opinion. « En exaltant le renouveau d’une Amérique industrielle qui fleure bon les années soixante, en voulant incarner l’homme fort, en jouant l’allocataire sectoriel qui privilégie les activités traditionnelles au détriment de la mondialisation, commente encore le stratégiste, Donald Trump prend le risque de consommer son divorce avec les marchés. Les chaînes de production sont éclatées dans de nombreux pays et la production made in America ne pourra se substituer aux importations actuelles, même au prix d’un dollar faible et d’une hausse des droits de douane… »

Les élections de mi-mandat auront lieu le 6 novembre. Il est fort peu probable que le président des Etats-Unis infléchisse d’ici là sa ligne de conduite, même si certains articles de presse, comme une récente tribune publiée dans le New York Times, lui sont très défavorables et si un livre « à charge », Fear, rédigé par Bob Woodward, vedette du journalisme, vient de sortir outre-Atlantique…

M. L.

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