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Le Royaume-Uni : un autre modèle pour la France ?

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L’Institut de l’entreprise a publié ce mois-ci un rapport intitulé : Royaume-Uni, l’autre modèle ? La Big Society de David Cameron et ses enseignements pour la France, par Eudoxe Denis, en collaboration avec Laetitia Strauch. Cette réflexion est le fruit d’un important travail de recherche engagé dès 2012, afin d’analyser l’origine du concept de Big Society, ses implications politiques et économiques, et le bilan que l’on peut aujourd’hui dresser des réformes menées depuis 2010 au Royaume-Uni. La question, en filigrane, est de savoir quels en sont les enseignements pour la France.

A l’heure où l’Europe, et singulièrement la France, ont les yeux rivés vers le modèle allemand, dont la capacité à se réformer a surpris et séduit nombre d’observateurs et de décideurs, le Royaume-Uni connaît aujourd’hui un fort recul de son taux de chômage, en raison d’une création d’emplois particulièrement dynamique et surtout d’un recul prononcé du taux d’inactivité.

La « Big Society », concept fondateur de la politique de David Cameron, qui a connu depuis 2010 des avatars divers, est au cœur de la réussite britannique. Le concept est controversé : certains y voient un échec, d’autres critiquent des renoncements, d’autres enfin en soulignent les succès et les innovations.

Une chose est sûre : le Royaume-Uni présente avec la France des analogies fortes – Etat centralisé, démographie forte, interrogations sur le modèle social (avec les tabous qui pèsent sur le NHS) et sur les fondamentaux économiques. Les succès enregistrés contre le chômage et le redéploiement de larges pans de l’action publique sont-ils réplicables en France ? Quels en sont les fondements ? Quel en est le fonctionnement concret ? Et si le Royaume-Uni était « l’autre modèle » ?

Pour répondre à ces questions, l’Institut de l’entreprise a engagé un important travail de recherche dès 2012, afin d’analyser l’origine du concept de Big Society, ses implications politiques et économiques, et le bilan que l’on peut aujourd’hui dresser des réformes menées depuis 2010 au Royaume-Uni. La question, en filigrane, est de savoir quels en sont les potentiels enseignements pour la France.

Afin de compléter ces travaux, deux séries d’entretiens ont été menées par les auteurs à Londres en mai et en juin dernier, au cours desquels une trentaine de personnes ont été interrogées au sein du Parlement, de l’administration, de think tanks, d’entreprises, du tiers secteur, dans le milieu universitaire et enfin les médias. Les comptes-rendus de ces entretiens, qui ont permis de nourrir le premier rapport, constituent le deuxième opus de cette série, Royaume-Uni, l’autre modèle ? Regards sur la Big Society.

Trois principes sont au cœur des réformes menées au nom de la Big Society: le principe de décentralisation et de subsidiarité, le principe de participation et enfin le principe d’ouverture et de partenariat. Ils concernent l’ensemble de l’action gouvernementale, comme le montrent les domaines d’application suivants : l’ouverture des services publics aux initiatives privées, du tiers secteur et des « communities », la réforme de l’éducation et celle du système de santé, la politique de décentralisation et la promotion du  « localisme », le soutien au tiers secteur et à l’action civique, et enfin la réforme du système de prestations sociales et des incitations au retour à l’emploi.

Près de quatre ans après cette vague de transformations, les principaux succès de la coalition se situent du côté de la réforme éducative et de l’innovation sociale. 2,3 millions d’élèves sont aujourd’hui scolarisés dans des établissements autonomes (autant qu’aux Etats-Unis dans les charter schools, pour une population cinq fois moindre), et le Royaume-Uni fait figure de pionnier pour le lancement des Social Impact Bonds. L’action civique et la participation aux activités bénévoles sont en hausse, sans dépasser toutefois des niveaux historiques ; elles restent par ailleurs inégalement réparties sur le territoire. L’ouverture des services publics aux acteurs privés et associatifs et la politique de décentralisation présentent des résultats contrastés, tandis que l’introduction du Crédit Universel – censée représenter le plus grand bouleversement de l’Etat providence depuis Beveridge –  rencontre un certain nombre d’obstacles. Indépendamment de ces difficultés, la politique d’incitation au retour à l’emploi semble néanmoins porter ses fruits.

La mise en œuvre de la Big Society s’est effectuée conjointement à la mise en place d’une politique d’austérité sans précédent depuis la période d’après-guerre. Si la nécessité de redresser les comptes publics n’est pas remise en question, les modalités de cette politique d’austérité font en revanche débat et peuvent expliquer la perception mitigée de la Big Society par l’opinion publique. Ce scepticisme explique l’abandon de l’expression par le gouvernement lui-même. Cet abandon ne signifie pas pour autant celui des idées que cette expression recouvre, et encore moins des réformes qui s’en inspirent.

Remis en perspective, le bilan du Gouvernement de coalition élu en 2010 reste  impressionnant, tant du côté de l’effort de consolidation budgétaire engagé que de la tentative de réforme de l’ensemble des services publics. Education, santé, services sociaux ou accompagnement vers l’emploi : aucun domaine de l’action publique n’y échappe, quand Margaret Thatcher s’était refusée au cours de son premier mandat à reformer le système de santé et avait ensuite buté sur la réforme du système éducatif.

Pour télécharger l'étude complète : www.institut-entreprise.fr

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