Un mois après l’entrée en vigueur de l’obligation d’émission pour les grandes entreprises et les ETI, Agicap, plateforme agréée, publie ses premières données de production. Elles montrent que l’émission se joue à la clôture et dans l’ERP, et que les statuts de cycle de vie des factures restent encore peu échangés.
Des enseignements utiles pour
les PME, qui devront émettre leurs factures au format électronique à partir du
1er septembre 2027.
Depuis le 1er septembre
2026, les grandes entreprises et les ETI doivent émettre l’intégralité de leurs
factures au format électronique. Sur la plateforme agréée d’Agicap, les volumes
de factures émises ont triplé entre la première et la quatrième semaine de
septembre. Les données de ce premier mois font ressortir quatre enseignements.
1. La clôture, vrai
test de la réforme
53 % des factures du
mois ont été émises sur les dix derniers jours. C’est en fin de mois, quand les
volumes s’envolent, que se mesure la solidité du dispositif, et que la moindre
faille dans les flux se paie.
2. L’émission est
d’abord un projet d’intégration
7 factures sur 10 sont transmises sous forme de données par l’ERP, la plateforme se chargeant de produire le format conforme : 69 % passent via un format pivot, contre 24 % au format Factur-X, 4 % en CII et 3 % en UBL. La qualité de l’intégration conditionne tout le reste. Les erreurs se concentrent d’ailleurs sur les démarrages : le taux de non-conformité tombe à environ 2 % une fois l’intégration stabilisée, contre 4,7 % sur l’ensemble du mois, tiré vers le haut par quelques mises en production atypiques. « Ces données confirment ce que nous observons sur le terrain : l’émission est avant tout un chantier de données et d’intégration. Les erreurs surviennent au démarrage, quand les adresses de facturation électronique des clients n’ont pas été vérifiées ou que le logiciel de facturation n’est pas à jour. Une fois ces prérequis réglés, les flux se stabilisent », explique Damien Girier, expert facturation électronique chez Agicap.
3. Le refus devient un
sujet de trésorerie
2,4 % des factures,
soit une sur quarante, ont été refusées par l’acheteur. Or un refus est
définitif : la facture doit être réémise, et l’encaissement arrive plus tard.
Avec la facture électronique, la qualité de la facturation pèse directement sur
le cash.
4. Un cycle de vie
encore inachevé
Les statuts de cycle de vie, propres à la réforme française, doivent permettre de suivre le traitement de chaque facture chez le client. Ils restent pour l’instant peu échangés : 47 % des factures émises en septembre portaient un statut « pris en charge » de l’acheteur, 2 % un statut « approuvé » et 0,1 % un statut « paiement transmis ». Leur généralisation est la prochaine étape, celle qui fera de ces statuts un signal de trésorerie en temps réel. « Le premier mois l’a montré : la facture électronique ne se résume pas à un format, c’est une donnée qui circule entre entreprises. Aujourd’hui, elle sécurise la conformité. Demain, quand les statuts d’approbation et de paiement seront réellement échangés, elle deviendra un signal de trésorerie en temps réel », souligne Damien Girier.
La facture
électronique, une opportunité pour mieux piloter sa trésorerie
Au-delà de la
contrainte réglementaire, la facture électronique ouvre une véritable
opportunité pour la gestion de trésorerie. Grâce aux statuts de cycle de vie,
les entreprises pourront suivre en temps réel le traitement de chacune de leurs
factures chez leurs clients, de la prise en charge jusqu’au paiement. Autant
d’informations précieuses pour anticiper les encaissements, relancer au bon
moment et fiabiliser les prévisions. Pour en tirer pleinement parti, Agicap,
outil de gestion de trésorerie devenu plateforme agréée, relie directement ces
données aux flux bancaires, quand la plupart des plateformes se limitent à
transmettre les factures.
Factures et flux bancaires se retrouvent réunis dans un même outil, et chaque module en tire parti
• Prévisions de trésorerie. Les données de
facturation, structurées et à jour en temps réel, alimentent directement le
prévisionnel, sans dépendre d’un import depuis l’ERP. Les atterrissages de
trésorerie gagnent en précision.
• Recouvrement. À mesure que les
statuts de cycle de vie se généralisent, les relances pourront s’ajuster à
l’étape de traitement de chaque facture chez le client, pour raccourcir les
délais de paiement.
• Rapprochement. Les données
structurées facilitent le rapprochement automatique entre encaissements et
factures, un travail aujourd’hui fastidieux pour les équipes comptables,
surtout en cas de paiements groupés.
• Qualité de la donnée. Réunir factures et
données bancaires dans un même outil offre une base fiable pour le reporting et
les usages d’intelligence artificielle.
« La facture électronique donne une version augmentée d’Agicap. Jusqu’ici, nos prévisions reposaient sur des données importées d’un ERP, de la comptabilité ou d’un outil de facturation.
Désormais, nous gérons directement la donnée de facturation et nous la relions aux flux bancaires.
Pour une direction financière, c’est la
promesse de prévisions plus fiables et de délais de paiement mieux maîtrisés », explique Damien
Girier.
Pour les PME, un an
pour s’y préparer
Ces enseignements valent avertissement pour les PME, soumises à l’obligation d’émission dans moins d’un an. Intégration de l’ERP, fiabilisation des données clients, tests en conditions de clôture : le chantier prend plusieurs mois, alors que les intégrateurs et les cabinets de conseil ne pourront pas absorber une demande concentrée sur les derniers mois. « Une entreprise qui découvre en juin que son projet va lui prendre six mois sera en difficulté. Et si elle ne peut plus envoyer ses factures, elle ne peut plus encaisser. Le mot d’ordre, c’est l’anticipation », conclut Damien Girier.


