Alors que les puits naturels de carbone,
notamment forestiers, baissent et que des émissions résiduelles resteront
inévitables à l’horizon 2050, l’Académie des technologies présente un rapport
consacré au rôle du captage du CO₂ dans la trajectoire
française de décarbonation.
Le captage y est analysé comme la brique commune à
deux filières indispensables et complémentaires : l’utilisation du CO₂
(CCU) pour défossiliser les des transports aérien et maritime ainsi qu’une
partie de la chimie, et le stockage géologique du CO₂
(CCS), qui traite les émissions résiduelles de l’industrie.
L’institution formule
une série de recommandations pour lever les verrous technologiques,
réglementaires et politiques, renforçant la souveraineté nationale dans ce
domaine.
Des émissions
résiduelles inévitables, des puits naturels revus à la baisse
Le rapport souligne
que, si les politiques de sobriété, d’efficacité énergétique et de
décarbonation des systèmes énergétiques demeurent indispensables, elles ne
permettront pas, à elles seules, d’éliminer l’ensemble des émissions à
l’horizon 2050, en particulier dans l’industrie et le transport. Il rappelle
par ailleurs que le projet de Stratégie nationale bas-carbone révisée (SNBC 3,
décembre 2025) entérine une révision à la baisse de la contribution des puits
naturels, notamment forestiers, désormais considérée comme plus incertaine et
limitée. Dans ce contexte, le captage du CO₂, qu’il soit suivi
d’une utilisation ou d’un stockage, est incontournable.
Un même captage, trois
services, deux filières complémentaires
Le rapport rappelle
que, dans un contexte où des émissions résiduelles incompressibles subsisteront
en particulier dans l’industrie et les transports, le captage du CO₂
rend trois services distincts : stocker dans le sous-sol les émissions
irréductibles de certaines industries, substituer le CO₂
capté au carbone fossile dans la chimie et dans la production des carburants,
et, à plus long terme, retirer de l'atmosphère le CO₂
des émissions diffuses ou historiques pour les stocker.
Le rapport propose un
objectif de réduction et de compensation des émissions résiduelles à partir de
2050 de 80 MtCO₂ par an, dont 50 MtCO₂
par an reposeraient sur le captage naturel et 30 MtCO₂
par an sur le captage technologique (dont 24 MtCO₂ par an vers le
stockage géologique et 6 MtCO₂ par an vers
l’utilisation du carbone).
Des leviers à
enclencher dès la prochaine décennie pour structurer les filières
L’Académie identifie la
période 2026-2035 comme décisive pour faire émerger les filières de captage, de
stockage et d’utilisation du CO₂. Elle appelle à
anticiper dès maintenant les déploiements à grande échelle en agissant
simultanément sur plusieurs fronts : innovation technologique, optimisation du
cadre réglementaire et politique industrielle volontariste.
Six grands axes de
recommandations
• Clarifier et piloter la trajectoire
nationale
L’Académie recommande
d’évaluer périodiquement la trajectoire des émissions résiduelles à l’horizon
2050 afin d’assurer la cohérence du pilotage des objectifs assignés aux puits
naturels, au CCS et au CCU. Elle souligne le besoin d’introduire dans le débat
public une pédagogie politique sur les trajectoires nécessaires de ces deux
filières, en appui au déploiement des infrastructures.
• Renforcer les puits naturels
Elle propose de mettre
en place de nouveaux mécanismes de soutien visant à développer une capacité
additionnelle de puits naturels de l’ordre de 20 MtCO₂/an,
le potentiel forestier étant estimé limité à environ 30 MtCO₂/an
à l’horizon 2050, et de renforcer les études sur le biochar afin d’en
quantifier le potentiel et les contributions à la décarbonation.
• Renforcer la souveraineté industrielle
et technologique du captage
Elle recommande
d’assurer la maîtrise française et européenne des technologies de captage de CO₂
concentré pour atteindre les performances requises à grande échelle et
d’investir dans un écosystème de compétences, de moyens expérimentaux et de
premiers projets industriels. D’une maturité encore insuffisante, le captage
direct dans l’air (DAC), requiert la mise en œuvre d’une plateforme
expérimentale dédiée pour dérisquer les futures décisions industrielles.
• Déployer les infrastructures de
transport du CO₂
L’Académie souligne
l’importance des infrastructures de transport du CO2. Ceci implique d’œuvrer à
une convergence européenne sur des normes stables de qualité du CO₂
et d’engager le déploiement effectif de réseaux aux échelles nationale et
européenne.
• Sécuriser une juste part française
dans le stockage géologique
Clé de voûte de la
stratégie CCS, le stockage géologique nécessite des premiers démonstrateurs,
diversifiés et adaptés aux enjeux territoriaux, avec un accompagnement
politique et une implication des parties prenantes. L’Académie recommande une
stratégie équilibrée entre l’exportation de CO₂ vers des stockages
étrangers et le développement de capacités nationales.
• Faire des électrocarburants un axe
stratégique
L’Académie considère la production d’électrocarburants comme un axe stratégique au bénéfice conjoint de la décarbonation et de la réindustrialisation du pays. Elle recommande de stabiliser une gouvernance de l’État apte à porter une stratégie de long terme visant à l’émergence d’une filière française et européenne.


