Connexion
/ Inscription
Mon espace
Etudes & Enquêtes
ABONNÉS
Partager par Linked-In
Partager par Xing
Partager par Facebook
Partager par email
Suivez-nous sur feedly

[Expertises] Accélérer dès aujourd’hui le captage, l'utilisation et le stockage du CO₂, une condition indispensable à la neutralité carbone

Alors que les puits naturels de carbone, notamment forestiers, baissent et que des émissions résiduelles resteront inévitables à l’horizon 2050, l’Académie des technologies présente un rapport consacré au rôle du captage du CO₂ dans la trajectoire française de décarbonation.
Le captage y est analysé comme la brique commune à deux filières indispensables et complémentaires : l’utilisation du CO
₂ (CCU) pour défossiliser les des transports aérien et maritime ainsi qu’une partie de la chimie, et le stockage géologique du CO₂ (CCS), qui traite les émissions résiduelles de l’industrie.

 

L’institution formule une série de recommandations pour lever les verrous technologiques, réglementaires et politiques, renforçant la souveraineté nationale dans ce domaine.

 

Des émissions résiduelles inévitables, des puits naturels revus à la baisse

Le rapport souligne que, si les politiques de sobriété, d’efficacité énergétique et de décarbonation des systèmes énergétiques demeurent indispensables, elles ne permettront pas, à elles seules, d’éliminer l’ensemble des émissions à l’horizon 2050, en particulier dans l’industrie et le transport. Il rappelle par ailleurs que le projet de Stratégie nationale bas-carbone révisée (SNBC 3, décembre 2025) entérine une révision à la baisse de la contribution des puits naturels, notamment forestiers, désormais considérée comme plus incertaine et limitée. Dans ce contexte, le captage du CO₂, qu’il soit suivi d’une utilisation ou d’un stockage, est incontournable.

 

Un même captage, trois services, deux filières complémentaires

Le rapport rappelle que, dans un contexte où des émissions résiduelles incompressibles subsisteront en particulier dans l’industrie et les transports, le captage du CO₂ rend trois services distincts : stocker dans le sous-sol les émissions irréductibles de certaines industries, substituer le CO₂ capté au carbone fossile dans la chimie et dans la production des carburants, et, à plus long terme, retirer de l'atmosphère le CO₂ des émissions diffuses ou historiques pour les stocker.

Le rapport propose un objectif de réduction et de compensation des émissions résiduelles à partir de 2050 de 80 MtCO₂ par an, dont 50 MtCO₂ par an reposeraient sur le captage naturel et 30 MtCO₂ par an sur le captage technologique (dont 24 MtCO₂ par an vers le stockage géologique et 6 MtCO₂ par an vers l’utilisation du carbone).

 

Des leviers à enclencher dès la prochaine décennie pour structurer les filières

L’Académie identifie la période 2026-2035 comme décisive pour faire émerger les filières de captage, de stockage et d’utilisation du CO₂. Elle appelle à anticiper dès maintenant les déploiements à grande échelle en agissant simultanément sur plusieurs fronts : innovation technologique, optimisation du cadre réglementaire et politique industrielle volontariste.

 

Six grands axes de recommandations

 

•          Clarifier et piloter la trajectoire nationale

L’Académie recommande d’évaluer périodiquement la trajectoire des émissions résiduelles à l’horizon 2050 afin d’assurer la cohérence du pilotage des objectifs assignés aux puits naturels, au CCS et au CCU. Elle souligne le besoin d’introduire dans le débat public une pédagogie politique sur les trajectoires nécessaires de ces deux filières, en appui au déploiement des infrastructures.

 

•          Renforcer les puits naturels

Elle propose de mettre en place de nouveaux mécanismes de soutien visant à développer une capacité additionnelle de puits naturels de l’ordre de 20 MtCO₂/an, le potentiel forestier étant estimé limité à environ 30 MtCO₂/an à l’horizon 2050, et de renforcer les études sur le biochar afin d’en quantifier le potentiel et les contributions à la décarbonation.

 

•          Renforcer la souveraineté industrielle et technologique du captage

Elle recommande d’assurer la maîtrise française et européenne des technologies de captage de CO₂ concentré pour atteindre les performances requises à grande échelle et d’investir dans un écosystème de compétences, de moyens expérimentaux et de premiers projets industriels. D’une maturité encore insuffisante, le captage direct dans l’air (DAC), requiert la mise en œuvre d’une plateforme expérimentale dédiée pour dérisquer les futures décisions industrielles.

 

•          Déployer les infrastructures de transport du CO₂

L’Académie souligne l’importance des infrastructures de transport du CO2. Ceci implique d’œuvrer à une convergence européenne sur des normes stables de qualité du CO₂ et d’engager le déploiement effectif de réseaux aux échelles nationale et européenne.

 

•          Sécuriser une juste part française dans le stockage géologique

Clé de voûte de la stratégie CCS, le stockage géologique nécessite des premiers démonstrateurs, diversifiés et adaptés aux enjeux territoriaux, avec un accompagnement politique et une implication des parties prenantes. L’Académie recommande une stratégie équilibrée entre l’exportation de CO₂ vers des stockages étrangers et le développement de capacités nationales.

 

•          Faire des électrocarburants un axe stratégique

L’Académie considère la production d’électrocarburants comme un axe stratégique au bénéfice conjoint de la décarbonation et de la réindustrialisation du pays. Elle recommande de stabiliser une gouvernance de l’État apte à porter une stratégie de long terme visant à l’émergence d’une filière française et européenne.

Lire la suite...


Articles en relation