Fitch
Ratings estime que les incendies de forêt en cours en France et en Espagne
devraient avoir un impact limité à court terme sur les résultats 2026 de la
plupart des grands assureurs européens.
En l'absence de
mécanismes de réassurance publics spécifiquement dédiés à ces événements, le
coût des sinistres devrait néanmoins rester maîtrisable, à condition que les
incendies n'atteignent pas des zones de forte concentration d'expositions
résidentielles, commerciales ou industrielles.
À la fin du mois de juillet, les incendies avaient ravagé environ 117 000 hectares en France et plus
de 200 000 hectares en Espagne. Ils ont provoqué plusieurs décès et entraîné l'évacuation de près de
300 000 personnes.
À moins d'une
propagation des incendies aux zones urbaines ou de la survenance de plusieurs
événements majeurs successifs, Fitch s'attend à ce que la pression exercée sur
les résultats 2026 de la plupart des grands assureurs européens demeure
modérée. En conséquence, l'agence ne prévoit aucune incidence sur leurs
notations de crédit. Fitch ne considère pas non plus que ces incendies, à eux
seuls, soient susceptibles de remettre en cause la tendance générale à
l'assouplissement observée sur le marché de la réassurance des catastrophes
naturelles. En revanche, la tarification pourrait devenir plus différenciée
dans les zones présentant un risque élevé ou pour les cédantes dont les
dispositifs de prévention et de gestion des expositions sont jugés moins performants.
Le coût des sinistres augmenterait de manière significative si les incendies se propageaient à des zones urbaines densément peuplées ou industrielles, par exemple aux abords de Bordeaux ou de Madrid, les dommages affectant des actifs immobiliers assurés fortement concentrés constituant le principal facteur de pertes. Cette situation s'est illustrée lors des incendies de forêt survenus à Los Angeles en janvier 2025, dont la propagation aux zones urbaines a détruit plus de 10 000 habitations et généré environ
40 milliards de dollars de pertes assurées, soit l'événement de
ce type le plus coûteux jamais enregistré. À ce stade, les dommages signalés
aux bâtiments en France et en Espagne apparaissent nettement plus limités, mais
un aggravement de la situation demeure possible. Au cours des années
précédentes, d'importantes régions de France et d'Espagne ont été touchées par
des incendies de forêt durant les mois d'août et de septembre.
Les incendies de Los Angeles en 2025 ont entraîné des pertes importantes pour les assureurs couvrant les propriétaires immobiliers en Californie ainsi que pour le California Fair Access to Insurance Requirements (FAIR) Plan, l'assureur de dernier recours de l'État. Toutefois, aucun des principaux assureurs n'a connu de défaillance. Aucun assureur noté par Fitch n'a été dégradé à la suite de ces incendies, les pertes étant restées compatibles avec les seuils de sensibilité des notations, tandis que les émetteurs bénéficiaient de niveaux de capital solides et d'une protection de réassurance suffisante.
Cet événement a néanmoins accéléré la
réévaluation du risque lié aux incendies de forêt, renforcé les pressions en
faveur de hausses significatives des primes et confirmé le retrait progressif
des assureurs des marchés californiens les plus exposés.
Les dispositifs publics
de réassurance n'apportent qu'un soutien limité face aux pertes liées aux
incendies de forêt. En France, ce risque n'est pas couvert par le régime des
catastrophes naturelles (« CatNat »), malgré le rôle central de ce dispositif dans
l'indemnisation des catastrophes affectant les biens. En Espagne, la couverture
assurée par le Consorcio de Compensación de Seguros ne s'applique généralement
que lorsqu'un événement est officiellement qualifié d'« extraordinaire ». Par
conséquent, l'assurance privée des biens, la réassurance et les pertes non
assurées demeurent les principaux mécanismes de répartition des coûts.
Même si les incendies
sont maîtrisés et n'atteignent pas les zones urbaines, une augmentation
différée du coût des sinistres (« loss creep ») reste possible en raison des
dommages causés par la fumée, des conséquences négatives sur l'agriculture, des
pertes affectant les sites industriels et des interruptions d'activité, ou
encore si les incendies touchent davantage les zones périurbaines. Les
assureurs nationaux dont les portefeuilles sont davantage concentrés sur les
risques immobiliers dans les régions sinistrées seraient exposés à une
volatilité plus importante de leurs résultats que les grands groupes européens
diversifiés. Toutefois, le niveau limité des pertes liées aux catastrophes
naturelles enregistré jusqu'à la fin du premier semestre 2026 leur laisse une
marge au sein de leurs budgets consacrés aux catastrophes ou aux sinistres
majeurs. Fitch estime ainsi que les objectifs de résultats 2026 de la plupart
des assureurs ne devraient pas être remis en cause par les effets des incendies
en Espagne et en France, sauf si le montant total des pertes assurées dépasse
sensiblement 2 milliards d'euros dans chacun des deux pays. Les demandes
d'indemnisation au titre des pertes d'exploitation devraient, dans la plupart
des cas, rester limitées, dans la mesure où les seuls ordres d'évacuation ou de
confinement ne déclenchent généralement pas la garantie en l'absence de
dommages matériels directs couverts ou de dispositions contractuelles
spécifiques.
Ces incendies confortent également l'analyse plus générale de Fitch selon laquelle les feux de forêt devraient devenir, au fil du temps, un facteur de plus en plus important des sinistres liés aux événements météorologiques. Cette évolution renforce la nécessité d'innover afin d'améliorer la résilience des assureurs face aux catastrophes naturelles, notamment grâce à une modélisation plus performante des risques, au développement de mesures d'adaptation et à la mise en place de mécanismes de partage des risques permettant de préserver les capacités de souscription et l'accessibilité de l'assurance dans les zones les plus vulnérables au changement climatique.


