À l’approche des premières vagues de départs en congés de juillet, de nombreux salariés entrent dans une logique de “sprint final” : dossiers à boucler, réunions qui s’enchaînent, passation à organiser, arbitrages à obtenir, sentiment de devoir tout terminer avant de partir, urgence qui s’installe.
Cette période, souvent
banalisée, peut pourtant accentuer la fatigue mentale et installer une forme
d’épuisement avant même les vacances. Cette urgence est-elle une fatalité ou
peut on l’éviter ?
Pour Jean-Christophe
Villette, directeur général-fondateur d’Ekilibre Conseil, vice-président de la
FIRPS, consultant expert risques psychosociaux et conditions de travail,
psychologue du travail et des organisations : « La fatigue d’avant-vacances n’est
pas seulement une question de besoin de repos. Elle révèle souvent une
organisation qui concentre trop d’exigences sur les dernières semaines, comme
si tout devait être absorbé avant le départ. »
Selon le Baromètre Ekilibre OpinionWay publié en 2025, 76 % des salariés déclarent un niveau de fatigue modéré à très élevé dans leur travail au quotidien, 66 % un niveau de stress modéré à très élevé et
43 % un niveau de mal-être modéré à très élevé.
La période précédant
les congés peut ainsi agir comme un révélateur. Elle concentre plusieurs
facteurs de tension déjà identifiés dans l’organisation du travail : 39 % des
salariés se disent soumis à des rythmes de travail élevés, 38 % déclarent être
fréquemment interrompus dans leur travail par des tâches non prévues, 34 % font
face à de fréquents changements imprévus et 27 % estiment que les objectifs qui
leur sont fixés sont incompatibles avec les moyens humains alloués.
« Le risque, c’est de
considérer les vacances comme une solution automatique à la fatigue. Or, si les
congés permettent de récupérer, ils ne règlent pas les causes
organisationnelles de l’épuisement », pointe Jean-Christophe Villette.
Trois dynamiques
structurantes peuvent expliquer cette fatigue d’avant-vacances :
• Une surcharge cognitive concentrée sur la fin
de période :
La multiplication des urgences, des réunions de bouclage, des demandes
contradictoires et des tâches non prévues crée une intensification du travail
au moment même où les salariés devraient pouvoir organiser progressivement leur
départ.
• Un déficit d’anticipation et de régulation
collective :
La passation est trop souvent traitée comme une responsabilité individuelle : à
chacun de “vider sa boîte mail”, de préparer ses dossiers, de ne rien laisser
en suspens. Or, la continuité d’activité devrait d’abord être pensée comme un
sujet d’organisation collective.
• Une injonction implicite à partir l’esprit
libre :
Dans beaucoup d’entreprises, les salariés intériorisent l’idée qu’ils doivent
tout finir avant de partir, au risque de prolonger les journées, de rogner sur
les temps de récupération et d’arriver en congés déjà épuisés.
Pour Ekilibre Conseil,
cette dernière ligne droite avant les vacances doit être envisagée comme un
moment clé de prévention. Il ne s’agit pas seulement de rappeler le droit à la
déconnexion, mais d’organiser concrètement la charge : prioriser ce qui doit
vraiment être terminé, différer ce qui peut l’être, clarifier les
responsabilités pendant les absences, limiter les réunions non essentielles et
éviter les sollicitations de dernière minute.
« Une organisation soutenable ne se mesure pas seulement à sa capacité à tenir pendant l’année. Elle se mesure aussi à sa capacité à permettre aux salariés de partir en congés sans devoir se mettre en dette d’énergie avant de partir », conclut Jean-Christophe Villette.


