Par François Poulet,
CEO de Yoozer.
Vos données sensibles,
celles qui font tourner votre organisation au quotidien, où sont-elles stockées
en ce moment ? Sous quelle juridiction ? Et qui, en dehors de vos équipes, peut
légalement y accéder ? Beaucoup de DSI ne savent pas répondre avec certitude.
C'est là que commence le vrai sujet.
La souveraineté a
longtemps été un débat d'experts, presque théorique. Elle est aujourd'hui posée
sur la table des comités de direction, et pas pour des raisons idéologiques.
Quand vous confiez vos données à une solution, vous lui remettez une part de ce
que votre organisation a de plus stratégique : des informations sur vos
collaborateurs, vos activités, votre fonctionnement interne. C'est l'une des
choses les plus sensibles que vous possédez. La confier sans savoir où elle
atterrit, c'est accepter une zone d'ombre au cœur de votre sécurité.
Le problème, c'est que
« souverain » est devenu un argument de vente. Tout le monde l'affiche, peu
peuvent le prouver. Plutôt que de vous fier au mot, posez trois questions
simples. Les réponses, elles, ne mentent pas.
Où sont réellement
hébergées vos données ?
C'est la question de
base, et pourtant la réponse est souvent floue. Un hébergement « en Europe »
n'est pas un hébergement en France. La filiale européenne d'un groupe américain
reste soumise à des lois extraterritoriales comme le Cloud Act. Demandez l'emplacement
physique des serveurs, le nom de l'hébergeur, et surtout : qui peut être
contraint d'ouvrir l'accès à vos données, et au nom de quelle loi.
Sous quelles règles
travaille l'éditeur qui conçoit la solution ?
Une solution n'est
jamais neutre : elle hérite du droit du pays qui la fabrique. Un éditeur
nord-américain, aussi sérieux soit-il, peut être tenu de transmettre des
données à ses autorités, où qu'elles soient stockées. Un éditeur français ou
européen travaille sous RGPD et bientôt sous NIS2, des cadres qui vous donnent
des recours réels. Reste une question qu'on oublie souvent : qui détient
l'éditeur ? Un acteur présenté comme souverain qui ouvre son capital à des
investisseurs extra-européens ne joue plus tout à fait dans la même cour. Ce
débat agite l'écosystème cyber français en ce moment, et il est légitime.
Quel niveau de support
pouvez-vous vraiment attendre ?
On parle beaucoup de
juridiction, rarement de proximité. C'est pourtant là que se joue le quotidien.
Un éditeur proche, dans votre langue, dans votre fuseau, qui comprend vos
contraintes réglementaires sans qu'on ait à les lui expliquer, c'est un partenaire
qui décroche quand un incident tombe un vendredi soir. La distance se paie
toujours, en délais et en malentendus. Et soyons clairs : choisir français ou
européen ne veut pas dire renoncer à la performance. L'idée qu'une solution
souveraine serait forcément moins aboutie a vécu. Les éditeurs français
rivalisent sur la technologie, et ils ajoutent ce que les géants peinent à
offrir : la proximité et la responsabilité. Vous n'êtes pas un numéro de ticket
dans un centre de support à l'autre bout du monde.
La souveraineté, ce
n'est pas un label. C'est une réponse claire.
La vraie souveraineté
ne tient pas dans un drapeau sur une plaquette ni dans une mention « made in
France ». Elle se mesure à votre capacité à répondre, sans hésiter, à ces trois
questions. Où sont mes données ? Qui peut y accéder ? Qui me répond quand ça
compte ?
Tant que vous ne pouvez
pas y répondre, vous n'avez pas la maîtrise de votre système d'information.
Vous l'utilisez. La nuance n'est pas sémantique : le jour d'un audit, d'un
incident ou d'une tension géopolitique, c'est elle qui fait la différence.
Posez les questions.
Exigez les preuves. La souveraineté n'a jamais été un slogan, c'est une
discipline.


