Par
Julien Nebenzahl, président d’eToro Patrimoine.
Chacun en a conscience
: la pension publique fait l’objet de débats quant à sa capacité à garantir, à
elle seule, le maintien du niveau de vie une fois l’activité professionnelle
terminée. Dans ce contexte, l’épargne individuelle apparaît comme un levier
complémentaire. Pourtant, une majorité d’actifs n’épargne pas, ou trop peu. Ce
n’est pas seulement une question de moyens, c’est aussi une question de
réflexes et de priorités.
Préparer sa retraite implique de renoncer aujourd’hui à une part de sa consommation pour sécuriser un revenu futur. Or cet effort se heurte à plusieurs biais bien connus. La préférence pour le présent nous pousse à privilégier les bénéfices immédiats. La procrastination reporte sans cesse le passage à l’acte
« le mois prochain »,
« après l’augmentation », « quand les enfants seront grands »au risque de
perdre les premières années d’épargne, pourtant les plus précieuses. L’aversion
à la perte transforme chaque versement mensuel en sacrifice visible, tandis que
le bénéfice futur reste abstrait. À cela s’ajoutent la complexité des
dispositifs (PER, assurance vie, compte-titres, fiscalité, gestion pilotée ou
libre) et la distance temporelle, qui rend la retraite presque irréelle
lorsqu’on a 35 ans.
Ces biais ne sont pas
des faiblesses individuelles : ils sont universels. Les contourner ne suppose
pas nécessairement plus de pédagogie financière, mais des mécanismes simples.
Car le raisonnement de fond, lui, est relativement clair.
Pour une personne de 35
ans, avec trente ans d’horizon avant une retraite à 65 ans, l’ordre de grandeur
peut se résumer ainsi. En retenant des hypothèses moyennes, en euros constants,
un salaire net équivalent à 75 % du brut, une pension publique nette égale à
environ la moitié du salaire brut, et un rendement réel de 3 % par an, le
manque à gagner à la retraite représente environ 25 % du salaire brut. Le
combler suppose de constituer un capital équivalent à près de quatre-vingts
fois le salaire mensuel brut. Rapporté à un effort régulier sur trente ans,
cela correspond à environ 13 % à 14 % du salaire brut.
La règle pratique est
donc simple : pour maintenir son niveau de vie à la retraite, il faut viser une
épargne de l’ordre de 12 % à 15 % de son salaire brut pendant trente ans.
Cette règle ne dit pas comment investir, mais combien épargner et sur quelle durée. Elle ne remplace pas une projection personnalisée, mais elle donne un repère utile. En matière de retraite, l’ordre de grandeur compte souvent davantage que le calcul parfait, car c’est lui qui permet de passer à l’action.
Le rendement réel de 3 % retenu
ici n’a rien d’exceptionnel : il correspond à l’hypothèse de long terme d’un
portefeuille diversifié, faiblement chargé en frais.
Reste l’essentiel : l’exécution. Trois principes simples permettent de lever les principaux freins :
• Automatiser l’épargne : programmer un virement
en début de mois, juste après le versement du salaire. Cela réduit la
procrastination et limite le sentiment de perte.
• Choisir une enveloppe adaptée : le Plan d’Épargne
Retraite a été conçu pour cet objectif, avec une déduction fiscale à l’entrée
qui atténue l’effort ressenti. L’assurance vie peut utilement le compléter pour
conserver davantage de liquidité.
• Commencer sans attendre le plan parfait : mieux vaut épargner 8
% dès aujourd’hui et ajuster ensuite, plutôt que différer indéfiniment la
décision.
La véritable difficulté de la préparation à la retraite n’est donc ni le rendement, ni la fiscalité, ni même le choix de l’enveloppe. C’est le passage à l’acte. Les supports, les arbitrages et la fiscalité pourront toujours être optimisés plus tard, avec un accompagnement si nécessaire. En revanche, aucune optimisation ne rattrape vraiment les années perdues. En matière de retraite comme de patrimoine, l’enjeu n’est pas d’épargner parfaitement, mais de commencer à temps.


