L’analyse de Dovile Silenskyte,
Director, Digital Assets Research, WisdomTree.
Si l'on examine les
douze derniers mois, le bitcoin a enregistré sa meilleure performance mensuelle
en avril dernier, avec une hausse de 12 % qui a pris de court de nombreux
investisseurs institutionnels sous-exposés. Ce rebond a été rapide et très
gênant pour les gestionnaires de portefeuille qui attendaient encore un point
d'entrée plus clair.
La question qui se pose
naturellement est de savoir si cette remontée aurait pu être raisonnablement
anticipée. Probablement pas. Il ne s'agit pas d'un échec de l'analyse, mais
d'une caractéristique intrinsèque du bitcoin lui-même.
Alors que les arguments
en faveur d’un investissement à long terme dans le bitcoin continuent de se
renforcer dans un contexte de fragmentation géopolitique, d’expansion
budgétaire et d’inquiétudes persistantes concernant la dépréciation des
monnaies fiduciaires, les mouvements de prix à court terme restent notoirement
difficiles à prédire avec précision. Le bitcoin ne se réévalue pas
progressivement. Il a tendance à évoluer par à-coups soudains, sous l’effet de
l’évolution des anticipations macroéconomiques, des conditions de liquidité et
des réajustements de positionnement.
Avec le recul, les
catalyseurs semblent toujours évidents. En temps réel, ils le sont rarement.
C'est là que de
nombreux investisseurs continuent de rencontrer des difficultés. On accorde
trop d'importance à l'identification du point d'entrée « parfait ». Les
gestionnaires attendent une confirmation, une baisse de la volatilité ou un
consensus institutionnel plus large avant d'augmenter leur exposition. Or,
lorsque ces conditions se concrétisent, une part significative du potentiel de
hausse a souvent déjà été réalisée.
Historiquement, les
rendements à long terme du bitcoin se sont concentrés sur un nombre
relativement restreint de séances de négociation. Le fait de passer à côté de
ces périodes a eu un impact disproportionné sur la performance globale. Le mois
d’avril a une nouvelle fois confirmé cette dynamique.
La question la plus
importante n’est donc pas de savoir si l’on aurait pu anticiper parfaitement
cette remontée, mais si les investisseurs ont maintenu leur exposition au
bitcoin.
Cette distinction revêt
une importance croissante à mesure que l’accès institutionnel au bitcoin
continue de mûrir. Les produits négociés en bourse ont considérablement
amélioré l’accessibilité, tandis que la conservation, l’exécution et
l’infrastructure de marché ont considérablement évolué ces dernières années.
Les barrières stratégiques à l’entrée sont bien moins élevées qu’auparavant.
Pourtant, des défis de mise en oeuvre persistent.
De nombreuses
institutions reconnaissent désormais largement la pertinence stratégique du
bitcoin, en particulier dans un monde de plus en plus caractérisé par
l’alourdissement de la dette souveraine et une fragmentation géopolitique
croissante. Il reste toutefois difficile de traduire cette conviction en une
construction de portefeuille. Tenter d’optimiser les points d’entrée s’avère
souvent contre-productif, car l’évolution à court terme du cours du bitcoin
reste dominée par les flux, l’effet de levier et le sentiment plutôt que par
les seuls fondamentaux.
Les corrections
brutales sont fréquemment amplifiées par des épisodes de désendettement rapide,
au cours desquels des milliards de dollars de positions à effet de levier sont
dénouées sur des périodes très courtes. De même, les reprises peuvent s’accélérer
de manière spectaculaire une fois que les positions sont rééquilibrées et que
la liquidité revient.
Pour les investisseurs
institutionnels, cela crée un paradoxe délicat : si la conviction s'inscrit
dans le long terme, le comportement des marchés reste quant à lui fortement
réactif à court terme.
Une approche plus
durable pourrait donc s'avérer étonnamment simple : maintenir une allocation
modeste mais constante.
Historiquement, même
des expositions relativement faibles au bitcoin ont eu un impact significatif
sur des portefeuilles diversifiés. Des études suggèrent que des allocations de
l'ordre de 1 à 2 % ont souvent amélioré les rendements des portefeuilles et la
performance ajustée au risque, tout en n'augmentant que marginalement les
baisses globales. L'objectif n'est pas nécessairement de faire un pari
directionnel agressif. Il s'agit plutôt de garantir une participation à un
actif caractérisé par un potentiel de hausse asymétrique.
Un rééquilibrage
discipliné devient alors central dans ce cadre. Il permet aux investisseurs de
réduire systématiquement leur exposition après de fortes hausses et d'augmenter
progressivement leur position pendant les périodes de faiblesse, sans s'appuyer
sur des décisions discrétionnaires de timing de marché.
Il est important de
noter que cela aligne plus naturellement le bitcoin sur les processus
institutionnels de construction de portefeuille. Cela le fait passer d’un
instrument de trading tactique à une allocation stratégique au sein d’un cadre
multi-actifs plus large.
Cela aide également à relever un défi comportemental persistant. Les investisseurs ont tendance à réduire leur exposition après des baisses et à l’augmenter après des hausses ; exactement le contraire de ce que la capitalisation à long terme récompense. Les cadres d'allocation fondés sur des règles contribuent à atténuer ce comportement procyclique. L'objectif n'est pas de maximiser les rendements, mais d'éviter de passer à côté.


