Le point de vue d’Antony
Derbes, Président d’Open Lake Technology.
Il y a des réformes qui
ajustent les règles. D'autres qui reconfigurent les rapports de force. MiFID
III appartient à la seconde catégorie.
Sous l'apparente
continuité réglementaire, une rupture s'opère : la fin de la tolérance envers
les infrastructures d'enregistrement approximatives. Ce qui était hier une
obligation de conformité devient aujourd'hui un enjeu stratégique et pour
certains acteurs, un enjeu de survie.
De la conservation à la
preuve en temps réel
MiFID II imposait
d'enregistrer et de conserver. MiFID III impose de prouver, tracer, restituer
et analyser avec une précision quasi immédiate.
La nuance est brutale.
Les régulateurs ne cherchent plus seulement à vérifier a posteriori. Ils
exigent une lisibilité en temps réel. Ce changement de paradigme impose une
refonte profonde : qualité des données, intégrité des flux, accessibilité
instantanée, capacité d'analyse embarquée.
L'enregistrement
devient un actif critique. Pas une fonction support.
Une dette technologique
devenue risque réglementaire
Soyons directs : la
majorité des systèmes en place n'ont pas été conçus pour ce niveau d'exigence.
Fragmentation des outils, silos de données, solutions héritées rigides… La
dette technologique accumulée est aujourd'hui un passif réglementaire.
MiFID III agit comme
révélateur. Les institutions qui continueront à traiter l'enregistrement comme
une simple case à cocher ne prendront pas seulement du retard, elles s'exposent
à des sanctions et à une perte de compétitivité face aux acteurs qui auront su
se transformer.
L'enregistrement comme
levier, pas comme coût
La bonne lecture de
MiFID III n'est pas défensive. C'est offensive.
Un enregistrement
maîtrisé devient un moteur d'intelligence opérationnelle : analyse des
interactions clients, détection de signaux faibles, optimisation des processus
internes. Les données captées dans ce cadre peuvent constituer un avantage
concurrentiel réel, à condition d'en avoir les moyens technologiques.
Cela passe par une
architecture repensée : cloud sécurisé, automatisation avancée, IA appliquée à
la conformité, interopérabilité native avec les outils de trading et de
relation client. Non pas des briques additionnelles, mais un écosystème
cohérent.
Un choix de leadership
Les dirigeants du
secteur font face à une bifurcation claire : subir MiFID III comme une
contrainte, ou s'en servir comme catalyseur.
Les premiers
investiront dans des rustines. Les seconds repenseront leur modèle.
Dans chaque grande
phase de mutation réglementaire, ce ne sont pas les plus grands qui s'imposent,
ce sont les plus rapides à transformer la contrainte en avantage. MiFID III ne
fait pas exception.
L'enregistrement est en train de devenir l'un des piliers invisibles de la confiance financière. Ceux qui le comprennent aujourd'hui construisent les standards de demain.


