Reconnue
par l'OCDE, Simuvaction a réuni 43 étudiants à Paris pour négocier la
gouvernance de l'IA en éducation - et produit ses recommandations en une
journée.
Ils viennent de France, d'Inde, du Brésil, des US, du Canada, d'Oman ou du Kenya. Pendant
14 semaines,
ils ont préparé leurs rôles - délégués, entreprises tech, ONG, médias. Le 25
mars à Versailles, ils avaient une journée pour s'accorder sur des recommandations
opérationnelles sur l'IA en éducation, dans le cadre de Simuvaction on AI 2026
- l'un des trois seuls programmes étudiants officiellement reconnus par le
Partenariat Mondial sur l'IA de l'OCDE. Un exercice de gouvernance grandeur
nature, à l'heure où les institutions internationales cherchent encore leurs
réponses.
Une journée de
négociation sous pression
Le 25 mars, les
participants ont endossé les rôles de délégués nationaux, représentants
d'organisations internationales, entreprises technologiques, ONG et
journalistes, reproduisant les mécanismes de négociation du Partenariat Mondial
sur l'IA (GPAI/OCDE). Leur mission : parvenir, avant 17h, à l'adoption de
recommandations opérationnelles sur la question centrale - « Comment
gouverner les usages de l'intelligence artificielle dans l'Éducation au niveau
global pour que chacun continue à apprendre ? Et qui décidera de son devenir ?
»
Les recommandations ont
été adoptées à temps, le coup final donné à 17h25. Les conférences de presse
ont tenu leurs promesses : les journalistes ont pleinement joué leur rôle de
médiateurs, pendant que les délégations nationales se rassemblaient avec conviction
autour de la nouvelle entité "Global South Alliance", déterminées à
peser face aux big tech sur les questions de souveraineté nationale. À la
question de savoir qui - nations, associations, big tech ou parents -
détiendrait demain le pouvoir de définir l'éducation, les étudiants ont répondu
sans ambiguïté : les États.
La cérémonie de clôture
a rendu hommage aux leaders qui ont émergé tout au long de la simulation : voix
discordantes, "bridge builders", défenseurs de solutions
opérationnelles et journalistes les plus percutants.
Dr. Anne-Elisabeth
Courrier, fondatrice de Simuvaction, Visiting Fellow au Center for Ethics,
Emory University (Atlanta), Maître de Conférences à l'Université de Nantes. « Simuvaction place
délibérément les étudiants dans des situations exigeantes et inhabituelles qui
sont hors de leurs zones de confort - les amenant à dépasser leurs repères
habituels pour entrer dans de véritables dynamiques d’apprentissage et de
progression. Défendre la position d’un pays qui n’est pas le leur, négocier
avec des pairs qui ne partagent ni leur langue, ni leur culture, ni leur
discipline : l’exercice est rigoureux, et c’est justement ce niveau
d’engagement qui le rend transformateur. La simulation est l’un des rares
espaces où l’on apprend véritablement à travailler le désaccord, plutôt qu’à
l’éviter. Ce que j’observe chaque année, ce sont des étudiants qui arrivent
impressionnés par l’ampleur du rôle qui leur est confié, et qui repartent avec
la conviction profonde qu’ils ont leur place dans les grands débats de leur
époque. Aucun manuel ne peut enseigner cela. »
Un symposium pour
prolonger le débat
Le lendemain, 26 mars,
le programme se poursuivait à l'Isep avec un symposium international autour de
la question : « AI-Driven Customization in Education : New Pedagogy or New
Divide ? » Experts, chercheurs et étudiants ont confronté leurs analyses
sur les risques que la personnalisation algorithmique de l'enseignement aggrave
les inégalités éducatives à l'échelle mondiale, plutôt que de les réduire.
C’est le Professeur
Colin de la Higuera, Professeur en informatique à Nantes Université, Directeur
de la Chair IA et Education de l’UNESCO, Membre du Conseil National des
Programmes depuis Janvier 2026, qui a donné le ton avec une présentation des
enjeux, des atouts et des difficultés que posent les usages de l’IA dans
l’éducation.
Le professeur de la
Higuera a ainsi évoqué les processus cognitifs et l’IA, le rôle des professeurs
à l’avenir, la place des manuels, le rôle des big tech dans l’éducation. Il a
notamment fait état du piège du temps lorsqu’on évoque l’IA dans l’éducation :
quel est le sens d’une urgence à gagner du temps lorsqu’on apprend ? Comment se
fait-il qu’on ne voit plus l’absurdité de cet argument ? De même a-t-il insisté
sur la nécessité de partager nos expériences entre nous, et d’avancer avec
elles dans les nouvelles pédagogies que nous mettons en œuvre.
Les ateliers de l’après-midi,
consacrés à cinq questions générales sur le processus cognitif, le rôle du
professeur, les moyens de l’inclusion au niveau global, l’importance de la
socialisation et les enjeux de la personnalisation de l’éducation par les big
tech ont conduit à réaliser l’ampleur de nos divergences culturelles (Emmanuel
R. Goffi). L’après-midi s’est achevé par un panel passionnant, modéré par
Alexandra Blank, Leiden Université, sur la manière dont on envisage l'éducation
en 2031 et ce que cela suppose, aujourd’hui, en 2026, de définir comme
priorités : la classe a disparu, le professeur est toujours présent, appuyé en
co-intelligence par l’IA, il existe des permis d’usages de l’IA - comme un
permis de conduire, l’université insiste sur l'expérience et l’écosystème économique
pour permettre l’engagement de l’étudiant au plus tôt dans la vie
professionnelle.
Une diversité au cœur
du projet
La promotion 2026
illustre la vocation profondément internationale du programme : 20 nationalités
représentées (France, Inde, États-Unis, Brésil, Canada, Maroc, Italie,
Indonésie, Oman, Kenya, Pays-Bas, Émirats Arabes Unis…), une parité parfaite
entre femmes et hommes (50/50), et une représentation équilibrée de disciplines
allant des sciences et technologies (STEM) aux sciences humaines et au droit.
Les étudiants, issus de formations allant du Bachelor au Doctorat, ont
collaboré pendant 14 semaines avant de se retrouver en présentiel pour cette
semaine parisienne.
Samiha, étudiante en
comptabilité à l'Université d'Oman, a incarné le rôle de journaliste au sein de
MediaMonde - un média créé de toutes pièces avec deux autres étudiantes :
Imane, en informatique à l'Université de Montréal, et Camille, en Sciences de l'Éducation
à l'Institut Catholique de Paris. Elle témoigne : « Simuvaction m'a
confrontée à des situations rapides et parfois exigeantes, qui reflètent les
environnements réels de la communication. Cette expérience a renforcé ma
capacité à analyser l'impact de l'IA sur l'éducation, tout en m'adaptant à des
échanges et des perspectives en constante évolution. »
Pour Bernardo, étudiant à l’Université de Santa Catarina au Brésil en santé publique, qui incarnait la délégation du Sénégal aux côtés d’Andréa, étudiant en économie à l’Université de Florence,
« Malgré nos différences de cultures, de pays et de parcours, nous avons
découvert des valeurs communes, des espoirs partagés et un désir profondément
humain d’un monde plus juste et plus équitable. Nous avons construit non
seulement des recommandations, mais aussi de la confiance, des liens et des
amitiés.
Si je devais retenir
deux enseignements, le premier serait le suivant : les défis globaux ne peuvent
être relevés que par une écoute collective, la coopération et le respect
mutuel. Le second : des jeunes issus de différentes régions du monde sont
pleinement capables de rêver ensemble - et de transformer ces aspirations en
actions. »
Reconnu à l'échelle
internationale
Simuvaction s'est
imposé au fil des années comme une référence dans le domaine de la pédagogie de
la gouvernance de l'IA. Le programme est aujourd'hui l'une des trois
communautés étudiantes associées au Partenariat Mondial sur l'IA (GPAI/OCDE) -
une distinction qui lui ouvre un accès direct aux experts mondiaux du GPAI,
notamment via une initiative de mentorat organisée avec le soutien de la CEIMIA
à Montréal (Noémie Gervais). En 2017, bien avant que l'IA ne s'impose dans le
débat public, la simulation telle que conçue à Nantes par Dr. Courrier, avait
déjà été récompensée par le Prix PEPS du ministère français de l'Enseignement
supérieur, de l'Innovation et de la Recherche, distinguant les pratiques
pédagogiques les plus innovantes dans l'enseignement supérieur.
Cette édition 2026 s'appuie sur un écosystème de partenaires académiques, institutionnels et privés mobilisés à l'échelle internationale : l'Isep, l'École Hexagone, CEIMIA (Montréal), Emory Center for Ethics, Obvia, l'Ambassade de France en Oman et HD Supply. Le programme bénéficie également d'une subvention de la Wake Forest University et du Lilly Endowment, Inc. au titre du programme Character Education. Au total, ce sont 18 universités réparties sur quatre continents - dont Emory University, l'Université de Nairobi, Leiden University, la Federal University of Santa Catarina ou encore Presidency University en Inde - qui ont engagé leurs étudiants et leurs enseignants dans l'aventure cette année.


