Le point avec Fidel Martin, Président d’Exoé.
Dans le récit biblique,
David l’emporte parce que le combat est juste, parce que l’intelligence et
l’agilité peuvent triompher de la force brute. Dans l’économie mondiale
contemporaine, la fable est bien moins rassurante.
Aujourd’hui, ce ne sont
plus les frondes qui manquent aux “David” de l’entrepreneuriat, mais les règles
du jeu elles-mêmes. Partout dans le monde, les petites et moyennes entreprises
affrontent des Goliath économiques qui ne sont pas seulement plus grands : ils
sont mieux protégés, mieux armés et souvent mieux traités par les systèmes
qu’ils prétendent servir.
Les grandes entreprises
disposent d’avantages structurels que personne ne conteste plus sérieusement.
Elles bénéficient d’équipes juridiques capables d’optimiser fiscalement chaque
décision, de services de lobbying influents qui façonnent les régulations à
leur profit, et d’un accès au financement quasi illimité quand les plus petites
peinent à convaincre une banque au moindre grain de sable conjoncturel.
Là où une PME doit se
battre pour obtenir un crédit, un délai de paiement ou un soutien public, les
géants obtiennent des lignes de financement préférentielles, des aides
sectorielles ciblées et, parfois, des plans de sauvetage en cas de crise. Quand
une petite entreprise fait face à une difficulté, elle disparaît souvent dans
l’indifférence générale. Quand un grand groupe vacille, l’État intervient au
nom de “l’intérêt général”.
Cette différence de
traitement crée une distorsion dangereuse. Elle étouffe l’innovation locale,
fragilise les écosystèmes territoriaux et concentre toujours davantage de
pouvoir économique entre quelques mains. Or, ce sont précisément les
entreprises de taille intermédiaire et les PME qui créent l’essentiel de
l’emploi, irriguent les territoires et portent une vision entrepreneuriale
humaine et responsable.
Ce paradoxe est
observable au quotidien : des entreprises à taille humaine démontrent qu’elles
peuvent être performantes, innovantes et durables, mais elles doivent le faire
sur un terrain de jeu structurellement déséquilibré.
Le véritable enjeu
n’est pas d’opposer par principe “les grands” et “les petits”. Il est de
rééquilibrer les règles pour que la compétition soit réellement équitable. Cela
suppose des politiques publiques plus courageuses, une fiscalité plus juste et
une régulation qui protège l’écosystème entrepreneurial dans sa diversité
plutôt que de consacrer des monopoles de fait.
Si nous voulons une économie vivante, résiliente et créatrice de valeur partagée, il est temps de redonner sa chance à David. Non pas par romantisme, mais par réalisme : sans lui, Goliath s’endort sur ses lauriers, et tout le monde en paie le prix.


