Alors que l’IA et les
technologies numériques promettent une forte croissance, on oublie souvent
qu’elles reposent sur des ressources physiques limitées (énergie, eau et terres
rares), déjà fragilisées par le changement climatique et par les évolutions des
tensions géopolitiques mondiales.
Dans son enquête
annuelle, la Global CEO Survey, PwC dévoile que les enjeux de durabilité,
longtemps vus comme une contrainte, deviennent pour les entreprises un levier
de création de valeur et de compétitivité.
En France, cette prise
de conscience est particulièrement forte : 39% des dirigeants intègrent déjà le
climat dans la R&D produit (vs 24% dans le monde), 34% dans l’allocation de
capital & M&A (vs 20%), et 32% dans la supply chain (vs 23%). À
l’inverse, dans l’assurance, un dirigeant sur trois seulement affirme disposer
de processus adaptés pour intégrer ces enjeux dans les décisions
d’investissement.
Mais derrière ces choix stratégiques se cache une réalité plus profonde : l’avenir de la tech dépend de ressources dont la disponibilité et parfois l’accessibilité ne sont plus garanties. Dans son étude sur les semi-conducteurs le cabinet de conseil et d’audit PwC alerte : 30% de la capacité de production mondiale sera en risque majeur dès 2035, et 50% en 2050, en raison du manque d’eau associé au changement climatique, indispensable à la fabrication des puces et au raffinage du cuivre.
En d’autres termes, sans eau, la production de semi-conducteurs devient
impossible et, avec elle, tout l’écosystème technologique qui dépend de ces
composants : IA, cloud, data centers.
À cela s’ajoute le défi énergétique. L’Europe n’aura pas assez d’énergie pour soutenir la croissance des data centers. Pauvre en ressources susceptibles de contribuer à la production d’énergie, l’Europe fait aussi face au challenge des délais de constructions d’installations de production d’énergie : entre 15 et
20 ans en Europe contre
moitié moins en Chine. Par ailleurs, l’Europe ne possède presque pas de terres
rares, hors Ukraine.
Enfin, l’eau,
indispensable à la fois à l’industrie, aux mines et aux data centers, devient
un facteur de tension mondiale. Et cette tension commence à poser le débat des
arbitrages entre les usages. Aux Etats-Unis, la quantité d’eau absorbée par les
data centers commence dans certaines régions à poser de graves problèmes à
l’agriculture. Il pourrait en être de même avec les terres rares dont l’accès
nécessitera souvent la destruction des couches supérieures du sol, précisément
celles utiles à la biodiversité qui est la source de notre alimentation. Alors
devra-t-on choisir entre le dernier smartphone et se nourrir demain ?
Ces constats conduisent
certains États à mener des politiques agressives au plan environnemental et
bien sûr en matière de géopolitique, en particulier dans la volonté d’accéder
et de contrôler les terres rares. Deux questions majeures émergent donc :
• Pourra-t-on
réellement tenir la promesse de l’IA et de la croissance technologique avec des
ressources aussi limitées et dont le contrôle est de plus en plus challengé ?
• Quelle capacité
technologique et quelle souveraineté l’Europe peut-elle développer dans ces
conditions ?
Les enjeux de
durabilité, longtemps relégués au second plan, reviennent désormais au cœur des
réalités économiques et industrielles. Ils conditionnent la souveraineté,
l’innovation et la capacité des acteurs à s’adapter aux limites scientifiques
et physiques, que certains continuent pourtant d’ignorer.
Pour l’Europe, la
réponse passera par l’innovation, l’orientation des investissements vers le
long terme et l’évolution des modèles économiques et industriels. L’économie
circulaire illustre bien cette voie, en permettant de réemployer des ressources
rares déjà disponibles, comme le cuivre présent dans les bâtiments.
Si 39% des dirigeants
français perçoivent les disruptions comme des opportunités, il sera nécessaire
d’investir rapidement dans la résilience climatique, énergétique et
industrielle pour réellement les transformer.
Le développement durable ne peut plus être abordé de façon naïve : il doit devenir un axe stratégique et opérationnel, visant à bâtir un modèle de développement viable pour l’avenir.


