Le point de vue de Edoardo
Vignotto, Stewardship Specialist - J.Safra Sarasin.
Dans une économie
mondiale de plus en plus volatile, le rôle du gestionnaire d’actifs évolue. Il
ne suffit plus de sélectionner des actions performantes ou de diversifier entre
secteurs : le devoir fiduciaire exige désormais une approche plus large. Aujourd’hui,
les investisseurs attendent de leurs gérants qu’ils naviguent dans un
environnement où les risques systémiques sont liés à des dynamiques de marché
globales, allant des évolutions réglementaires aux tensions géopolitiques. Ces
risques systémiques peuvent affecter même les portefeuilles les plus
résilients.
La gestion des risques
traditionnelle se concentre souvent sur l’analyse des entreprises prises
individuellement. Or, les risques systémiques sont transversaux à l’ensemble du
marché et ne disparaissent pas par la simple diversification des portefeuilles.
Afin de protéger les intérêts des clients sur le long terme, les gestionnaires
d’actifs doivent intégrer les enjeux de durabilité et s’engager de manière
constructive auprès des décideurs publics et des organisations sectorielles.
Consolider l’intégrité
et l’efficience des marchés
Une gestion d’actifs
performante repose sur des marchés transparents, efficients et encadrés par des
règles fiables. Lorsque les gestionnaires d’actifs partagent leur expertise
technique avec les régulateurs, ils contribuent à l’élaboration de cadres réglementaires
pragmatiques, et non purement théoriques.
Ce dialogue favorise un
écosystème financier plus robuste. Dans ce contexte, les initiatives
collectives constituent souvent un levier efficace pour obtenir des résultats
concrets. La Finance for Biodiversity Foundation en est un exemple
emblématique. En appelant à des politiques alignées sur le Cadre mondial pour
la biodiversité (Global Biodiversity Framework), les signataires œuvrent
collectivement pour intégrer les risques liés à la nature dans la
réglementation des marchés.
Créer des conditions
équitables
La transition vers une
économie durable nécessite un environnement réglementaire prévisible et
cohérent. Des règles fragmentées ou excessivement complexes peuvent fausser la
concurrence et générer un « risque politique », c’est-à-dire une incertitude
qui freine l’allocation de capitaux à long terme.
En plaidant pour des
standards clairs, les gestionnaires d’actifs contribuent à créer un cadre
équitable propice à l’innovation. À l’inverse, des politiques conçues sans
concertation avec les investisseurs rencontrent souvent des difficultés de mise
en œuvre et présentent une faisabilité opérationnelle limitée.
Un exemple récent a été
observé début 2025, lorsque la Commission européenne a lancé l’initiative
Omnibus afin de simplifier plusieurs législations clés en matière de
durabilité, telles que la CSRD et la CSDDD, après que la charge
réglementaire initiale s’est révélée potentiellement excessive pour les
entreprises européennes. Un engagement précoce et proactif permet d’éviter ce
type de retards et de complexités, et garantit l’efficacité des réglementations
dès leur entrée en vigueur.
Si l’engagement direct
auprès des entreprises et le vote en assemblée générale demeurent au cœur des
stratégies de stewardship, le dialogue avec les parties prenantes sur
l’environnement systémique peut renforcer l’ensemble du système financier et
améliorer les résultats pour tous.
La collaboration : la
force des réseaux
L’engagement auprès des
pouvoirs publics constitue également un outil essentiel de partage des
connaissances. En collaborant avec leurs pairs au sein d’organisations telles
que l’UN PRI — une communauté de plus de 5 000 organisations engagées autour
de six principes fondamentaux d’investissement responsable — les gestionnaires
d’actifs accèdent à un réservoir mondial de bonnes pratiques et de données.
Les plateformes
collaboratives permettent une analyse des risques plus sophistiquée et une
action collective plus impactante.
En s’engageant auprès des décideurs publics, les gestionnaires d’actifs jouent à la fois un rôle d’alerte avancée et d’influence constructive, contribuant à façonner un environnement stable dans lequel le capital peut se développer. Pour le fiduciaire, l’engagement public n’est pas une option : c’est un outil essentiel pour assumer pleinement sa responsabilité de protection du pouvoir d’achat à long terme des clients et pour garantir des systèmes financiers futurs résilients et transparents.


