Analyse de Nicolas Jeff, agent immobilier, expert immobilier et bâtiment, diagnostiqueur et auditeur énergétique, est également créateur de contenus et analyste indépendant du marché immobilier.
Il décrypte l’actualité immobilière,
économique et réglementaire en reliant les décisions publiques à leurs effets
concrets sur le terrain.
On parle beaucoup de
crise immobilière.
Crise des taux. Crise
des prix. Crise de la construction. Crise du logement.
Mais la crise que nous
traversons est avant tout une crise de compréhension.
Jamais les Français
n’ont eu autant d’informations sur l’immobilier, et jamais ils n’ont eu autant
de mal à comprendre ce qui se joue réellement :
Pourquoi les prix ne
baissent pas comme annoncé.
Pourquoi certains biens
ne se vendent plus.
Pourquoi le logement
devient un sujet anxiogène.
Pourquoi les décisions
publiques semblent déconnectées du terrain.
Cette confusion n’est
pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’un système où les discours
théoriques ont progressivement remplacé la réalité du terrain.
Le logement est devenu
un sujet technique… traité de manière simpliste
L’immobilier est
aujourd’hui l’un des secteurs les plus techniques de l’économie française.
Fiscalité, normes
énergétiques, urbanisme, financement, réglementation locative, politiques
publiques : tout s’entrecroise.
Pourtant, le débat
public continue d’être traité de manière binaire :
- Propriétaires contre locataires,
- Bailleurs contre locataires,
- Investisseurs contre occupants,
- Anciens contre jeunes.
Cette grille de lecture
est confortable politiquement, mais inefficace économiquement.
Car derrière chaque
décision abstraite, une réforme fiscale, un durcissement réglementaire, une
norme énergétique, il y a des conséquences concrètes :
- Des projets abandonnés,
- Des biens retirés du marché,
- Des rénovations impossibles,
- Des ménages qui renoncent.
L’immobilier se vit au
quotidien, pas dans les rapports
Depuis le terrain, une
chose est claire : le logement ne se pilote pas uniquement par des indicateurs
macroéconomiques.
Il se vit dans :
- Une visite qui n’aboutit pas,
- Un financement refusé,
- Un diagnostic incompris,
- Une rénovation irréalisable,
- Une fiscalité qui change les règles en
cours de route.
Or, ces réalités sont
rarement audibles dans le débat public.
Les réseaux sociaux ont
révélé un besoin fondamental : la pédagogie
Contrairement aux idées
reçues, les réseaux sociaux ne sont pas devenus des espaces de superficialité
immobilière.
Ils sont devenus, pour
beaucoup, le dernier lieu où l’on peut poser des questions sans filtre.
Chaque jour, des
particuliers cherchent à comprendre :
- S’ils doivent acheter maintenant ou
attendre,
- S’ils peuvent encore louer un bien,
- Ce que signifie réellement un DPE,
- Si une réforme va impacter leur
patrimoine,
- Ou s’ils ont simplement fait une
erreur de lecture du marché.
Cette demande n’est pas idéologique.
Elle est pragmatique.
Dire la vérité en
immobilier est devenu un acte à contre-courant
Dire qu’un bien est
surévalué.
Dire qu’un projet est
risqué.
Dire qu’une rénovation
n’est pas rentable.
Dire qu’une politique
du logement produit l’effet inverse de celui recherché.
Cette parole n’est confortable pour personne.
Mais elle est
indispensable.
L’immobilier ne manque pas de règles supplémentaires.
Il manque de
lisibilité.
Le logement mérite
mieux qu’un débat caricatural
Réduire l’immobilier à
une opposition morale est une erreur.
Le logement est un
sujet :
- Économique,
- Social,
- Technique,
- Politique.
Il mérite des analyses
transversales, reliées au terrain, capables d’expliquer ce que vivent
réellement les Français, et pas seulement ce que produisent les textes.
Réconcilier le débat
immobilier avec le réel
La sortie de crise ne
viendra ni d’un discours rassurant, ni d’un durcissement supplémentaire.
Elle viendra d’un
changement de posture.
Moins d’idéologie.
Plus de pédagogie.
Moins de slogans.
Plus de réalité.
Le logement est trop important pour être traité comme un sujet secondaire ou émotionnel.
Il mérite un débat
adulte, informé, incarné.
Et c’est peut-être là le véritable enjeu des prochaines années : remettre de la compréhension là où s’est installée la confusion.


