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[Tribune] Site industriels clés-en main : un signal positif, mais pas une garantie pour une réindustrialisation réussie  

L’analyse de Virginie Saks, associée du cabinet Compagnum, experte sur l'industrie verte

Le gouvernement vient d’annoncer la liste des 55 sites industriels clés-en-main identifié pour accélérer le processus d’implantation et de réindustrialisation. C’est un signal positif mais seulement le début du chemin, car de nombreux obstacles devront encore être levés, notamment en termes d’acceptabilité, pour changer réellement la donne. Ce n'est pas parce qu'un site est disponible qu'un projet industriel est assuré de s'y implanter.

L'accès au foncier industriel est un enjeu central pour la réindustrialisation

On estime avoir besoin de 22 000 Hectares d'ici 2030 pour atteindre nos objectifs de réindustrialisation :
16 000 seraient acquis par densification du foncier existant et 6000 par de l'identification de nouveaux sites. A cette fin, l'État a mené ces derniers jours une triple action : encourager la remontée de nouveaux fonciers avec 55 nouveaux sites clé en main à horizon 2030 ; démocratiser la recherche de foncier grâce à la plateforme France Foncier + (Cerema et Banque des territoires) ; enfin, rassurer les entrepreneurs et les collectivités en sortant des projets d'envergure nationale ou européenne de la contrainte régionale du ZAN.

C’est un signe fort montrant que le gouvernement a entendu les inquiétudes des acteurs locaux sur la disponibilité de foncier industriel. Des moyens sont mis pour faire avancer le sujet : nouveaux outils, nouvelles équipes (la Direction Générale des Entreprises, par exemple, dispose désormais d'une équipe dédiée à la réindustrialisation) et un budget (450 millions d’euros pour soutenir la mise à disposition rapide des sites clé en main).

Le dévoilement des 55 sites clé en main confirme aussi à ceux qui en doutaient que nous avons toujours en France de grands fonciers (plus de 100 Ha), y compris en Ile-de-France avec le site de Paris Villaroche en Seine-Et-Marne (177 Ha). De même, certains sites, comme celui de SAM à Decazeville, se voient offrir l’opportunité de réécrire une histoire industrielle sur des lieux marqués par la désindustrialisation.

Même si le signal est positif, nous n'en sommes toujours qu'au début de l'histoire

Cependant, il y a encore du chemin à faire. Ces sites, même s'ils sont dits "clé en main", ne sont pas disponibles immédiatement : 5 le seront en 2024, les autres entre 2025 et 2030. Ces sites permettront de s’implanter plus vite mais pas tout de suite. De même, il faut sanctuariser ce foncier à usage industriel à horizon 2030 ; d’ici 5 ans, de l'eau va couler sous les ponts.

Enfin, 3000 Ha ne représentent que la moitié de l’objectif : c’est nécessaire mais pas suffisant. Il faudra donc s’appuyer sur d’autres sources, par exemple sur les propriétaires industriels privés disposant des surfaces disponibles et désireux de les louer à des PME ou start up en croissance. On peut aussi attendre une nouvelle vague de sites clé en main, annoncée mais non confirmée.

Pour les territoires aussi, l'histoire ne fait que commencer

L'annonce "top down" de ces sites doit rencontrer les besoins "bottom up" du terrain. Quelles filières faut-il privilégier ? Faut-il favoriser l'endogène (les entreprises locales qui souhaitent grandir) ou l'exogène (des projets nouveaux, français ou étrangers) ? On sait que les territoires disposent de projets d'innovation au sein de PME locales, qui ne comptent pas dans les investissements étrangers ou les innovations de rupture. Faut-il faire des paris, prendre des risques ? Choisit-on la start-up industrielle dans les SMR, possible gigafactory demain, ou des projets plus sûrs et peut-être moins utiles au territoire ?

Même si les collectivités ont fait acte de candidature, leurs stratégies pour ces sites ne sont pas nécessairement prêtes. On le comprend : avant le ZAN, certaines n'avaient pas besoin de cibler et de sélectionner les projets des entreprises. Aujourd'hui, elles doivent construire des stratégies industrielles qui se traduisent par des démarches de prospection et de sélection auxquelles elles n’étaient pas habituées. Dire non est un exercice difficile, en particulier lorsque cela concerne une entreprise implantée sur le territoire depuis longtemps. Pour construire ces stratégies, il faut sonder la gouvernance des parties prenantes locales : entreprises, associations, institutionnels, citoyens. Un temps précieux et indispensable qui s’ajoute aux autres priorités et qui peut ralentir le processus d’implantation.

Enfin, les entreprises seront toujours confrontées à une concurrence vive des projets d’implantation et à la difficulté de l’acceptabilité des projets industriels

Les sites clé en main n’échapperont pas à la concurrence entre projets industriels. La visibilité accrue n’améliore pas les choses. De plus, nous l’avons dit plus haut, les territoires deviennent sélectifs ; certains ont déjà commencé à développer des grilles d'évaluation des projets d’implantation sur des critères d'impact économique, environnemental et territorial. Par exemple, une nouvelle usine qui crée une sous-traitance locale aura un impact territorial plus fort qu’une usine qui ne fait pas travailler l’écosystème.

Les industriels doivent ainsi démontrer un impact territorial significatif. Pour cela, il leur faut faire un diagnostic territorial - quels enjeux, quels besoins - et formuler une réponse adaptée : densification foncière, sobriété en eau, emploi pour des populations en réinsertion, aide au logement des salariés… et surtout, minimiser les possibles nuisances : rejets, bruit, lumière, camions…

Car malgré les nouveaux sites clé en main et les efforts des pouvoirs publics, l'acceptabilité des projets industriels reste un enjeu. Tous les mois, des projets industriels majeurs sont retoqués par la Commission Nationale du Débat Publique. Ce n'est pas parce qu'un site est disponible qu'un projet industriel est assuré de s'y implanter.

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