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[Point de vue]Solvabilité II, stratégie à revoir pour les asset managers

Par Philippe Deniau I Associé – Keyrus Management et François Mayet I Senior Manager – Keyrus Management

Élaborer des produits compatibles avec Solvabilité II

Au-delà des services supplémentaires qu’ils peuvent proposer à leurs clients assureurs, les asset managers doivent adapter leur offre et intégrer les contraintes de Solvabilité II dans la conception même des produits destinés aux assureurs. Compte tenu de la consommation élevée de fonds propres de certains investissements (actions, private equity, …) et des avantages de la diversification, ils ont intérêt à privilégier la construction de fonds de financements d’infrastructures ou de dettes corporate (loans). Ils peuvent aussi renforcer les produits portant sur l’immobilier, les obligations convertibles et les obligations sécurisées (covered bonds).

Une plus grande utilisation des produits dérivés est également une piste importante pour les asset managers. Ils permettent en effet de contribuer à l’optimisation de la gestion actif-passif, de ne pas décourager les investissements en actions en conservant une partie de leur potentiel de performance sans subir l’augmentation de l’exigence de fonds propres associée aux actions non couvertes. A contrario, les asset managers ont tout intérêt à éviter les fonds de fonds, produits pour lesquels fournir toutes les informations exigées par Solvabilité II pour avoir une vision détaillée des risques sous-jacents peut se révéler particulièrement ardue.

 

Réfléchir à l’impact sur le modèle de rémunération

Sans s’imposer directement aux asset managers, Solvabilité II induit donc des investissements et des évolutions d’offre sans lesquels ils ne pourront pas répondre aux attentes des assureurs qui constituent des clients ou prospects majeurs. Si la directive leur donne l’opportunité de développer de nouveaux produits et d’apporter de nouveaux services à ces clients, elle pose aussi de manière aiguë la question de la rémunération de cet apport de valeur. Pour des raisons concurrentielles, les sociétés de gestion peuvent difficilement envisager de monter les taux de commission sur encours qui constituent le cœur de leur rémunération.

En développant à destination de leurs clients assureurs une offre bien packagée tenant compte des exigences de Solvabilité II, les assets managers augmentent leurs chances de gagner des mandats de gestion. Certes, en augmentant leur encours, ils augmenteront aussi leurs revenus. Mais les outils et ressources indispensables pour calculer les risques de marché et de défaut conformément aux exigences réglementaires, évaluer la consommation de fonds propres, participer aux stratégies d’allocation d’actifs, fournir les inventaires de données pour le reporting ou produire le reporting lui-même, tout cela a un coût qui risque d’écorner sérieusement des marges déjà serrées.

Les assets managers ont plusieurs pistes à explorer pour protéger voire augmenter leur taux de marge. Ils pourraient par exemple proposer d’introduire dans les mandats de gestion une commission de performance indexée sur la consommation de fonds propres. Parallèlement à cette rémunération variable, un niveau de service standard pourrait être mis en place incluant, sans supplément, le calcul des risques par instrument et la fourniture des données nécessaires au reporting. A côté de ce service standard, il existerait un deuxième niveau de service, payant, comportant des données ou calculs complémentaires et/ou la fourniture directe du reporting dans les délais impartis. Une solution intégrale répondant entièrement aux exigences Solvabilité II en matière de gestion d’actifs et définie précisément avec l’assureur pourrait représenter un troisième niveau de service et compléter l’offre.

 

C’est maintenant que cela se joue

Malgré les incertitudes actuelles sur les modes de rémunération de ces différents produits et services, il est essentiel que les asset managers se lancent dès maintenant dans les adaptations et investissements qu’exige Solvabilité II. S’ils ne le font pas, ils prennent le risque de perdre des parts du marché des investisseurs institutionnels qui, pour certains d’entre eux, représentent une partie très importante de leur activité. Le bon dimensionnement des investissements à réaliser dans les mois et années à venir, en termes de technologies et de compétences, dépend fondamentalement du dialogue qu’ils seront capables d’établir avec leurs principaux clients assureurs pour prendre la mesure exacte de leurs attentes. En engageant dès maintenant cette réflexion sur un mode collaboratif, les asset managers ont l’occasion unique de packager une offre à forte valeur ajoutée qui satisfera leurs clients existants et renforcera leur capacité à se développer.  


Voir aussi :

[Point de vue]Solvabilité II, menace ou opportunité pour les asset managers ?

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