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Paris n'est plus un eldorado, ni pour les artistes ni pour le Marché de l'Art

Le 12 juin, la Une du journal l'Express a tiré la sonnette d'alarme : « L'Etat [français] dépense 139€ par Francilien pour la culture, contre 15€ par habitant dans le reste du pays ».

En suivant cette stratégie qui consiste à concentrer dans sa capitale l'offre culturelle, la France s'expose à plus fort qu'elle. Sur le Marché de l'Art, les acteurs français (artistes, galeries et maisons de ventes) ont de plus en plus de mal à sortir de l'ombre de leurs puissants rivaux anglo-saxons, en France comme sur la scène internationale.

Selon thierry Ehrmann, Président et Fondateur d'Artprice : « Ce n'est une surprise pour personne : Paris jouit d'un régime de faveur sur le plan culturel. Mais le déséquilibre est devenu trop grand, trop flagrant. La capitale française n'est plus un eldorado, ni pour les artistes ni pour le Marché de l'Art. En 1964, Sotheby's a racheté le New Yorkais Parke-Bernet, première maison américaine de ventes aux enchères, qui avait été d'abord proposée aux commissaires-priseurs français, mais que ceux-ci refusèrent. La France souffre aujourd'hui encore du “Syndrome Parke-Bernet” ».

Catalogues des ventes de Parke-Bernet Galleries-Archives Artprice


4% du Marché de l'Art mondial

La situation a fort changé depuis les années 1960. Aux enchères, Paris reste évidemment la place forte du Marché de l'Art français, avec 90% du produit des ventes de l'Hexagone. Mais ce marché n'est plus ce qu'il était il y a un demi-siècle : en 2018, la France ne pèse plus que 4% du Marché de l'Art mondial.

Or, même ce petit marché peine à rester français. Ce sont en effet les maisons de ventes anglo-saxonnes qui le dominent à présent. Les géantes Sotheby's et Christie's génèrent 51% de la valeur des ventes publiques de Fine Art en France, avec 353,5 M$ en 2018. Et cela ne représente encore qu'une goutte d'eau dans les affaires des deux premières maisons de ventes de la planète : Paris ne représente en effet plus que 4% de leurs activités...

Autant dire que les salles de ventes parisiennes sont aujourd'hui presque secondaires pour Christie's et Sotheby's. La place de marché new-yorkaise est 15 fois plus volumineuse que Paris, Londres 6 fois et même Hong Kong génère près de 3 fois plus de CA que la capitale française.

La 3ème maison de ventes de la planète, Phillips a quant à elle tout simplement choisi de ne pas organiser de ventes à Paris...


Frexit

La France courtise les grands acteurs du Marché de l'Art, anglais et américains, mais elle peine à garder ses artistes qui préfèrent pour beaucoup s'en aller vivre ailleurs. Le 7 juin, le New York Times attirait l'attention de ses lecteurs sur la singularité du pavillon français à la Biennale de Venise 2019, dans un article intitulé « Laure Prouvost represents France. But she doesn't feel very French » (Laure Prouvost représente la France. Mais elle ne se sent pas très française).

Et pour cause, l'artiste de 41 ans, née en France, travaille à Anvers, en Belgique, et a été révélée en 2013 par le Turner Prize, la plus prestigieuses des récompenses britanniques.

Dans une interview accordée au journal les Echos, le galeriste Daniel Templon explique : « A la FIAC, il y a seize emplacements majeurs pour les stands mais un seul octroyé à une galerie hexagonale. Notre première foire d'art contemporain nous considèrent comme secondaires et, par là même, nos artistes aussi [...] Les artistes émergents, s'ils veulent réussir et voir leurs prix grimper, doivent aller s'installer à l'étranger : en Allemagne, en Belgique, à Los Angeles, New York ».

Daniel Templon blâme à juste titre les musées français : « Les directeurs de musée estiment plus valorisant pour eux d'exposer des [artistes] étrangers et affirment qu'ils feraient moins d'entrées avec les Français. [...] Avant d'exporter nos artistes, il faudrait déjà qu'ils soient montrés et achetés chez nous. [...] ».

Le galeriste parisien conclut : « Si les institutions ne nous accompagnent pas, il n'y aura plus de galerie puissante en France ».


Vers une autre politique culturelle

Paris rassemble les plus belles institutions culturelles du pays, et souvent même du monde. Depuis les arts premiers jusqu'à la scène contemporaine, en passant par l'antiquité et la période médiéval.

Le Louvre, figure de proue de tout ce système, est le musée le plus visité du monde. Mais il bénéficie d'un financement léonin explique l'Express : « Dans les années 1980, François Mitterrand décide de rénover le Louvre, qui en a bien besoin. Extension, restauration, érection de la fameuse pyramide: l'Etat paie tout, ce qui paraît logique. A ceci près que, en 2012, lorsque l'on inaugure son petit frère à Lens [...], le ministère, dans sa grande prodigalité, apporte royalement... 1% du financement ».

Au sein de cette politique culturelle française, la Province fait office de laboratoire, où sont envoyés les jeunes curateurs et les jeunes directeurs de musées pour faire leurs preuves. L'exemple est fourni cette année par la Biennale de Lyon, confiée à la jeune équipe curatoriale du Palais de Tokyo. Jean de Loisy, dont la présidence du musée vient de se terminer, s'est retiré… pour se consacrer à la gestion de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris et à son excellente émission « L'Art est la matière » sur France Culture.

Le classement des Musées d'Art Contemporain en France, récemment publié par Artprice sur base des avis Google, confirme le succès tout à fait inégal des musées parisiens par rapport à ceux de Province.

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