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Liberté, égalité, Frexit ?

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L’élection présidentielle en France, qui s’annonce déjà mouvementée, illustre bien comment les sources de risque politique se sont déplacées des pays périphériques de l’UE vers ceux au cœur du projet.

Par Rowena Geraghty, Analyste Dette Souveraine chez Standish (filiale de BNY Mellon IM)

« La France manque à la fois d’un président sortant affirmé, au bilan solide, et d’un favori crédible [à la présidentielle], ce qui augmente le risque qu’un candidat populiste et anti-européen soit élu.
Pendant la plus grande partie de la décennie passée, le risque politique dans la zone euro a émané des pays dits périphériques, dont la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Dans chaque cas, les plans de sauvetage de l’UE et du FMI ont réussi à stabiliser les crises de dette souveraine, ont contribué à enrayer la contagion en limitant les retombées négatives sur les marchés financiers, à part quelques épisodes ponctuels de volatilité.

La question de la volonté des citoyens des plus grandes économies du bloc de soutenir ou non une ‘union toujours plus étroite’, évoquée dans le traité de Rome, se trouve désormais au cotandeur de toute réflexion sur le risque géopolitique en Europe. L’élection présidentielle française conduira probablement à une alternance politique après 5 ans d’un gouvernement socialiste dont l’attachement à la monnaie unique et à l’intégration continue entre États membres était indéniable. Plus tard dans l’année, les électeurs allemands seront également appelés aux urnes dans le cadre des élections fédérales.

Dans les deux pays, les sondages montrent une méfiance croissante dans la capacité des dirigeants actuels à relever les défis politiques, notamment le chômage de masse. Le déclin des élites a créé une sorte de vide politique que certains entrepreneurs politiques marginaux, qui mettent l’accent les enjeux nationaux plutôt que paneuropéens, s’empressent d’occuper. C’est le cas de Marine Le Pen, présidente du Front national, qui porte un discours populiste et eurosceptique et appelle à un référendum à l’anglaise sur l’appartenance de la France à l’UE. Un tel scénario, quoique peu probable, aurait des répercussions économiques et financières bien plus importantes que le vote du Royaume-Uni en faveur du Brexit.

Si un « Frexit » semble effectivement peu plausible, la France est l’un des fondateurs du projet européen, contrairement au Royaume-Uni, et le seul contrepoids sérieux face à l’Allemagne dans l’UE : sa sortie aurait donc un impact considérable.

La volatilité du marché pourrait revenir à des niveaux constatés en 2012 au moment du fameux engagement de Mario Draghi, président de la BCE, de « faire tout le nécessaire » pourpréserver l’euro. Les couts d’emprunt des pays périphériques s’envoleraient, et les préoccupations concernant la solidité du secteur bancaire pourraient refaire surface dans certains pays, notamment l’Italie, avec, en toile de fond, la possibilité d’une nouvelle récession. À court terme, malgré ces risques, l’économie européenne progressera de l’ordre de 1,4% en 2017, en léger retrait par rapport au taux de croissance de 1,5% pour 2015 et 2016. Cette prévision, légèrement inférieure aux prévisions de croissance de la BCE, reflète certains signaux d’un « mini-boom » dans la production manufacturière, qui ne s’inscrira toutefois pas dans la durée. L’inflation remontera brusquement pour atteindre 1,3% en 2017, contre 0,1% en 2015 et 0,2% en 2016.

La France, avec son système électoral majoritaire à deux tours suite aux primaires organisées au sein des différentes formations politiques, manque à la fois un président sortant affirmé au bilan solide et un seul favori crédible, ce qui augmente le risque qu’un candidat populiste et anti-européen soit élu.

L’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron, ancien banquier d’affaires qui n’a jamais été candidat, fait figure de franc-tireur dans cette présidentielle, mais sa remise en cause de certaines institutions socialistes, notamment la semaine à 35 heures et le vaste secteur public, a attiré l’attention des médias. L’entrée de Macron dans la course comme candidat iconoclaste sans parti traditionnellement défini pourrait saper le soutien des candidats du PS et des Républicains, facilitant la tâche du FN : en 2002, par exemple, le très large éventail de candidats - 16 au total - a provoqué une forte dispersion et fragmentation des voix exprimées.

Même en cas de défaite du FN, un bon score du parti pourrait véritablement changer la donne en poussant le candidat victorieux du centre-droite à adopter une politique plus eurosceptique, ce qui engendrait des désaccords de fond au sein du couple franco-allemand. Un président français plus assuré - Hollande était calme jusqu’à l’effacement - pourrait conduire à un débat plus animé avec l’Allemagne et les institutions de l’UE sur la ligne politique future, notamment en lien avec l’immigration.


La réponse allemande

L’Allemagne organise des élections fédérales plus tard en 2017, mais les élections d’état en 2016 ont montré que la chancelière Angela Merkel est aux prises avec le même problème. Dans la circonscription de Mecklenburg-Vorpommern de Merkel, la coalition gouvernementale de son parti démocrate-chrétien (CDU) et le Parti social-démocrate (SPD) ont affronté le parti populiste Alternativen fur Deutschland (AfD). Merkel a fait campagne pour son parti et, malgré l’insistance de son slogan "Wir schaffen das" ("Nous y arriverons"), la CDU a terminé en 3ème position avec 19% des suffrages derrière le SPD avec 31% et AfD avec 21%. Ces résultats suggèrent qu’un certain nombre d’électeurs Allemands cherchent des alternatives aux politiques poursuivies jusqu’ici.

Même s’ils ne gagnent pas le pouvoir pour eux-mêmes, des mouvements populistes peuvent influer sur le débat, soulevant la question de « la mondialisation contre le nationalisme » et celle de « l’Europe » contre « des peuples » nationaux. Ces 2 échéances électorales pourraient constituer une nouvelle étape dans la reconfiguration politique au cœur de l’Europe, et marquer la fin du clivage droite/gauche et est/ouest au profit du décalage imaginé entre les élites dirigeantes pro-mondialisation et une classe moyenne qui trouve que ses intérêts ne sont plus représentés par elles. »

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