Connexion
/ Inscription
Mon espace
Etudes & Enquêtes
ABONNÉS
Partager par Linked-In
Partager par Xing
Partager par Facebook
Partager par email
Suivez-nous sur feedly

[Expertises] Frigos de supermarchés piratés : aucune entreprise n'est à l'abri du risque cyber

NousAssurons alerte ici sur la zone grise entre assurance multirisque et cyber.

 

Le 8 octobre dernier, à l'occasion du Cybermois, NousAssurons alertait les PME sur leur exposition au risque cyber. Selon l'ANSSI, elles représentent désormais 48 % des victimes de rançongiciel en France, et moins d'une sur quatre est assurée contre ce risque. Moins d'une semaine plus tard, l'actualité a donné à cette alerte une illustration spectaculaire. Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des pirates ont pris le contrôle des installations frigorifiques de plusieurs centaines de supermarchés Intermarché, U et Leclerc, détruisant des tonnes de produits frais.

Au-delà de son caractère inédit, cette attaque pose une question très concrète : les magasins touchés seront-ils indemnisés ? La réponse est loin d'être évidente. Elle révèle une zone grise entre les contrats multirisques et les assurances cyber, que beaucoup d'entreprises ignorent.

 

Une attaque inédite dans ce secteur d’activité, qui détruit des biens bien réels

 

Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des pirates ont pris le contrôle à distance des systèmes frigorifiques de plusieurs centaines de supermarchés Intermarché, U et Leclerc, en exploitant une faille sur des équipements dont le logiciel n’avait pas été mis à jour. Les températures ont été poussées à 50 °C, ce qui a détruit des stocks entiers de produits frais et surgelés, pour des pertes estimées à plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d’euros par magasin. Le parquet de Paris a ouvert une enquête et signale également des départs de feu.

 

« Cette attaque marque un tournant. Jusqu'ici, le grand public associait la cybercriminalité au vol de données ou au blocage d'ordinateurs. Pour la première fois à cette échelle en France, des pirates ont détruit des biens physiques en prenant la main sur des équipements connectés. Le risque cyber n'est plus seulement un risque informatique, c'est un risque d'exploitation à part entière », analyse Jérôme Robin, fondateur de NousAssurons.

 

Derrière les enseignes nationales, des commerçants indépendants dont beaucoup ne sont
pas assurés

 

Si de grandes enseignes ont été touchées, la plupart de ces supermarchés sont exploités par des commerçants indépendants, associés ou adhérents de leur groupement.  Ce sont donc des PME et des ETI, avec leur propre bilan et leurs propres contrats d'assurance et leurs pertes.


D’ailleurs, ce scénario n'a rien de spécifique à la grande distribution et pourrait se produire avec les chambres froides d'un boucher ou d'un restaurateur, les vitrines réfrigérées d'une boulangerie, les frigos d'une pharmacie, les lignes de production d'une entreprise agroalimentaire, le chauffage et contrôle d'accès d'un immeuble de bureaux : tous ces équipements sont aujourd'hui pilotés par des logiciels et souvent accessibles à distance. Ils deviennent autant de portes d'entrée pour un pirate.

 

« Le message que nous adressions aux PME est plus que jamais d’actualité : toutes les entreprises peuvent être touchées, quelle que soit leur taille et quel que soit leur métier. Un commerce de proximité n'a pas besoin d'être une entreprise du numérique pour être exposé. Il suffit d'une caisse enregistreuse, d'une alarme ou d'une chambre froide connectée », souligne Jérôme Robin.

 

Multirisque ou cyber : quel contrat paie la marchandise perdue ?

 

Lors d’une cyberattaque détruisant des biens, deux familles de contrats peuvent intervenir, avec une zone grise existante entre les deux :

 

·         la multirisque professionnelle. La plupart des commerces alimentaires y ont souscrit une garantie
« perte de marchandises sous température régulée ». Elle indemnise les denrées perdues en cas de panne du système de froid ou de coupure d'électricité. Mais ces dernières années, les assureurs ont largement revu leurs contrats de dommages pour en exclure explicitement les sinistres d'origine cyber. Conséquence : une même marchandise détruite par la même hausse de température peut être indemnisée si le frigo est tombé en panne, et refusée si la panne a été provoquée par un pirate. Beaucoup de clauses d'exclusion réintègrent toutefois les dommages d'incendie ou d'explosion qui résultent d'une attaque. Les magasins qui ont subi un départ de feu seront donc généralement mieux couverts pour ces dommages que pour leurs denrées.

 

·         L'assurance cyber, quand l'entreprise en a une, à condition que le contrat cyber ne couvrent pas seulement les conséquences immatérielles d'une attaque. En effet, la plupart prennent en charge l'intervention d'experts en réponse à incident, la remise en état des systèmes et la reconstitution des données mais aussi la perte d'exploitation, les frais juridiques, la gestion de crise et la responsabilité civile envers les tiers. Pour autant les dommages matériels, et donc la marchandise détruite, en sont souvent exclus, sauf extension spécifique.

 

« Une entreprise peut se croire assurée deux fois et ne l'être, en pratique, sur aucun des deux contrats. Sa multirisque exclut le sinistre parce qu'il est d'origine cyber, et son assurance cyber l'exclut parce qu'il s'agit d'un dommage matériel. C'est exactement le piège que révèle cette attaque. Une assurance cyber ne remplace pas une multirisque, et une multirisque ne remplace pas une assurance cyber : les deux contrats doivent être pensés ensemble, et leurs garanties doivent s'emboîter sans laisser de trou », explique Julien Durand, responsable assurances IARD.

 

L’entretien des équipements, un point de vigilance

 

L’attaque soulève aussi la question des responsabilités. Les magasins ou leurs assureurs pourront tenter un recours contre le fabricant ou contre le frigoriste chargé de la maintenance. Il faudra alors établir à qui revenait la mise à jour du logiciel. Ces procédures sont longues et leur issue est incertaine.
À l’inverse, un assureur pourrait opposer à son assuré un défaut d’entretien de ses équipements. De plus en plus de contrats, cyber comme multirisques, conditionnent d’ailleurs la garantie à des mesures de sécurité minimales : mises à jour régulières, sauvegardes, authentification renforcée, contrats de maintenance à jour.

 

72 heures pour porter plainte, quel que soit le contrat

 

Depuis la loi LOPMI du 24 janvier 2023, l'article L.12-10-1 du Code des assurances subordonne l'indemnisation des pertes et dommages causés par une cyberattaque au dépôt d'une plainte. Cette plainte doit être déposée au plus tard 72 heures après que la victime a pris connaissance de l'attaque. La règle vaut pour tout contrat qui indemnise ces pertes, assurance cyber comme multirisque. Une simple pré-plainte en ligne ne suffit pas, et l'enquête ouverte par le parquet ne dispense pas chaque entreprise victime d'effectuer sa propre démarche. Si des données personnelles ont été touchées, la violation doit en outre être notifiée à la CNIL dans le même délai de 72 heures.

 

« Le jour d'une attaque, le chef d'entreprise beaucoup d’urgence à gérer : sauver ce qui peut l'être, rassurer ses clients, faire redémarrer son activité. La plainte passe souvent au second plan, alors qu'elle conditionne toute l'indemnisation. Un commerçant qui a découvert ses frigos à 50 °C lundi matin doit avoir porté plainte d'ici jeudi matin. C'est le genre de réflexe qu'un courtier doit rappeler dès la souscription et déclencher avec son client dès la première heure du sinistre », insiste Jérôme Robin.

 

Le conseil NousAssurons : faire un audit croisé de ses contrats

 

NousAssurons recommande à toutes les entreprises, et en particulier à celles qui exploitent des équipements connectés, de faire relire ensemble leur multirisque et leur assurance cyber par leur courtier.

 

Il s'agit de vérifier plusieurs points.

-  La multirisque contient-elle une exclusion cyber, et dans quelles limites ?

-  La garantie de perte de marchandises joue-t-elle quelle que soit la cause de la panne ?

-  Le contrat cyber prévoit-il une extension pour les dommages matériels consécutifs à une attaque ?

-  Couvre-t-il la perte d'exploitation, compris lorsque l'attaque passe par un prestataire ou un fournisseur ?

-  Il faut enfin contrôler les plafonds, les franchises et les conditions de sécurité exigées.

 

« Notre métier de courtier, c'est précisément de regarder les contrats côte à côte, de repérer les angles morts et de construire une couverture cohérente. Pour une PME, une assurance cyber coûte en moyenne quelques centaines à quelques milliers d'euros par an. Le prix à payer pour une zone grise découverte le jour du sinistre est sans commune mesure », conclut Jérôme Robin.

Lire la suite...


Articles en relation