Alors que les patrons
de la grande distribution appellent les Français à payer plus cher leur
alimentation et à consommer des fruits et légumes “moches”, une proposition de
loi déposée au Sénat et à l’Assemblée nationale met la grande distribution face
à ses responsabilités. Elle ambitionne de modifier la géographie
des marges sans porter atteinte à l’amont industriel et agricole.
Antoinette Guhl,
sénatrice de Paris et rapporteur de la commission d’enquête sur les marges des
industriels et de la grande distribution, dépose au Sénat une proposition de
loi pour garantir l’accès des consommateurs à un panier de produits
alimentaires sains et diversifiés vendus à prix coûtant.
Cette proposition de
loi initialement déposée à l’Assemblée nationale par le député Boris Tavernier
est soutenue par une coalition de près de quarante associations, dont Familles
Rurales, Foodwatch, France Asso Santé, Secours catholique et Que Choisir Ensemble.
Un texte qui vise à
corriger une injustice : les produits les plus sains sont souvent les plus chers.
La faute aux distributeurs, qui pratiquent des marges plus importantes sur ces
produits sains (fruits, légumes, poissons, viandes, fromages, bio). Lors de son
audition au Sénat, Que Choisir Ensemble a révélé que les fruits peuvent être
margés à 44 % et les légumes jusqu’à 67 %. La marge d’une pomme bio représente
61 % du prix final et celle d’un poireau bio peut aller jusqu’à 200 %. Une
captation injuste de la valeur qui tranche avec les marges minimes appliquées
sur les produits ultra-transformés.
« Le rapport de notre commission d’enquête
a révélé les pratiques prédatrices de la grande distribution. Parmi elles,
cette péréquation imposée par les distributeurs au profit des produits
ultra transformés et au détriment des produits sains. Ce système défavorable
aux consommateurs finaux, doit être révisé car ce sont les fruits et
légumes qui subventionnent le Nutella », commente Antoinette Guhl,
sénatrice
de Paris.
« Pour des questions
marketing, la grande distribution préfère rogner ses marges sur les sodas
plutôt que sur les fruits et légumes. Il n’est pas normal qu’un agriculteur
voit le fruit de son travail vendu à un prix plus élevé car la grande
distribution veut rester compétitive sur le Coca-Cola », poursuit Boris
Tavernier, député du Rhône.
Les sur-marges sur les
produits sains portent atteinte à un droit : celui de se nourrir sainement.
Alors que les Français ne consomment pas suffisamment de fruits et légumes et
que les filières maraichages connaissent d’importantes difficultés, l’Observatoire
de Familles rurales montre qu’en dix ans les prix des fruits ont augmenté de 54
% et ceux des légumes de 62 %.
La proposition de loi
déposée à l’Assemblée nationale et au Sénat est simple et réaliste. Elle oblige
les grandes surfaces à vendre une centaine de références à prix coûtant,
c'est-à-dire au prix couvrant les différents coûts pour le distributeur.
« Nous souhaitons changer cette logique absurde et rendre plus accessible des produits sains. Notre mesure est réaliste, concrète et proportionnée. Sur une centaine de produits sains, la grande distribution ne pourra plus faire des surmarges. Elle devra les vendre à prix coûtant, c’est-à-dire sans gagner de l’argent dessus mais sans en perdre non plus et sans transférer de coûts à ses fournisseurs et aux agriculteurs », concluent Boris Tavernier et Antoinette Guhl.


