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[Expertises] Les entreprises fabriquent-elles elles-mêmes l'exclusion qu'elles dénoncent ?

Jamais les entreprises n'ont autant investi dans les politiques de diversité, d'inclusion, de qualité de vie au travail ou de responsabilité sociale.

 

Pourtant, de nombreux collaborateurs continuent de rencontrer des difficultés d'intégration, d'évolution professionnelle ou de maintien dans l'emploi, notamment lorsque leur manière de penser, de communiquer ou de travailler s'écarte des normes habituellement attendues.

 

Mais une autre question mérite peut-être d'être posée : certains mécanismes organisationnels peuvent-ils, malgré les meilleures intentions, produire eux-mêmes des situations d'exclusion ?

 

Sans remettre en cause les engagements croissants des organisations en faveur de l'inclusion, l'Association Neurodivergence invite à ouvrir une réflexion sur les interactions entre les pratiques organisationnelles, les fonctionnements cognitifs et les mécanismes parfois invisibles de l'exclusion.

 

L'exclusion ne résulte pas toujours d'une intention

 

Lorsqu'une personne se sent mise à l'écart, les explications spontanément avancées concernent souvent les comportements individuels : discrimination, conflits, manque de bienveillance ou difficultés relationnelles.

 

Ces situations existent. Mais toutes les formes d'exclusion ne relèvent pas d'une volonté d'exclure.

 

Certaines peuvent émerger progressivement de règles, de pratiques, d'organisations ou de fonctionnements conçus pour répondre à des objectifs collectifs, sans anticiper leurs effets sur l'ensemble des profils présents.

 

Des organisations construites autour de normes communes

 

Toute organisation a besoin de règles partagées. Modes de communication, horaires, procédures, critères d'évaluation, modalités de recrutement, fonctionnement des réunions ou outils collaboratifs permettent de coordonner efficacement le travail.

 

Ces repères sont indispensables. Ils peuvent toutefois favoriser certains modes de fonctionnement tout en créant, parfois sans que personne ne s'en aperçoive, davantage de difficultés pour d'autres collaborateurs.

 

Une exclusion parfois invisible

 

L'exclusion ne prend pas toujours la forme d'un refus explicite. Elle peut également s'installer progressivement.

 

Lorsqu'une personne renonce à proposer ses idées, évite certaines réunions, masque durablement son fonctionnement, limite ses interactions, refuse une évolution ou finit par quitter l'organisation, les mécanismes qui ont conduit à cette situation restent souvent peu visibles.

 

Pourtant, leurs conséquences peuvent être importantes, tant pour les individus que pour les collectifs de travail.

 

L'inclusion ne se limite pas aux politiques dédiées

 

Développer une politique d'inclusion constitue une étape importante. Mais celle-ci ne produit pleinement ses effets que si les pratiques quotidiennes évoluent également.

 

La manière de recruter, de manager, d'évaluer, de communiquer, d'organiser les réunions ou de partager les informations influence directement la capacité des collaborateurs à participer pleinement à la vie de l'organisation.

 

L'inclusion ne repose donc pas uniquement sur des dispositifs spécifiques. Elle se construit aussi dans le fonctionnement ordinaire des équipes.

 

Une opportunité d'amélioration continue

 

Interroger les mécanismes organisationnels ne revient pas à désigner des responsables. Il s'agit au contraire de mieux comprendre comment certaines pratiques peuvent être progressivement ajustées afin de permettre à une plus grande diversité de talents de contribuer pleinement aux objectifs communs.

 

À mesure que les entreprises évoluent vers des organisations plus collaboratives, plus innovantes et plus adaptables, cette réflexion pourrait constituer un levier supplémentaire de performance durable.

 

Selon Aurélie Vasselin, Fondatrice et Présidente de l'Association Neurodivergence :
« Les mécanismes d'exclusion ne résultent pas toujours d'une volonté d'exclure. Ils peuvent aussi émerger de pratiques qui fonctionnent pour une majorité... sans répondre à la diversité des fonctionnements humains. »

 

Pour ouvrir la réflexion

Cette réflexion s'inscrit dans une démarche visant à mieux comprendre comment certaines pratiques organisationnelles peuvent, parfois malgré leurs objectifs, produire des effets différents selon les profils présents dans une organisation.

 

Elle propose d'explorer quatre niveaux complémentaires :

• Les pratiques organisationnelles

Les règles, les procédures, les modes de management, les dispositifs RH, les habitudes de travail et les critères d'évaluation qui structurent la vie collective.

• Les fonctionnements cognitifs

La diversité des façons de percevoir, communiquer, apprendre, coopérer, décider ou résoudre des problèmes au sein des équipes.

• Les interactions

Les mécanismes qui peuvent, dans certaines situations, transformer des pratiques pensées pour le collectif en facteurs de difficultés pour certains collaborateurs.

• Les leviers d'évolution

Les adaptations organisationnelles permettant de renforcer simultanément l'inclusion, la coopération, l'engagement et la performance durable.

 

Cette approche ne cherche ni à opposer les entreprises aux collaborateurs, ni à considérer que toute difficulté relèverait exclusivement de l'organisation. Elle invite à mieux comprendre les interactions entre les individus, les collectifs et leur environnement afin d'identifier des pistes d'amélioration profitant à l'ensemble des acteurs.

 

Et si les organisations les plus inclusives étaient avant tout celles qui acceptent de questionner régulièrement leurs propres modes de fonctionnement ?

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