Par Fidel Martin, Président d’Exoé.
Les marchés chutent.
Les investisseurs s'inquiètent. Les médias s'emballent.
Puis les marchés
remontent.
Et le scénario
recommence.
Depuis plusieurs
années, chaque épisode de volatilité provoque la même mécanique : les cours
baissent, les alertes se multiplient sur les smartphones, les réseaux sociaux
amplifient l'anxiété collective et des milliers d'épargnants français
s'interrogent sur la marche à suivre. Faut-il vendre ? Attendre ? Sortir avant
qu'il ne soit trop tard ?
Cette question révèle
une erreur fondamentale.
Le principal danger
pour les investisseurs n'est pas la volatilité des marchés. C'est leur réaction
à cette volatilité.
Car la vérité est
beaucoup moins spectaculaire que les gros titres. Les marchés financiers ont
toujours connu des périodes de turbulences. Ils en connaîtront toujours. Crises
géopolitiques, inflation, tensions commerciales, changements politiques, ruptures
technologiques : l'incertitude n'est pas un accident de parcours. Elle
constitue l'environnement naturel de l'investissement.
Pourtant, une partie
des épargnants continue de considérer chaque correction boursière comme un
événement exceptionnel, presque comme une anomalie. Comme si les marchés
devaient progresser en ligne droite.
Cette illusion est
dangereuse.
À force de vouloir
éviter les secousses, certains investisseurs finissent par renoncer au voyage.
Ils reportent leurs
décisions. Ils attendent le « bon moment ». Ils conservent leur capital sur des
placements peu productifs dans l'espoir d'une visibilité parfaite. Mais en
matière d'investissement, la visibilité parfaite n'existe pas. Elle n'a jamais existé.
L'histoire financière
est sans appel : ceux qui attendent la disparition des risques pour investir
arrivent généralement lorsque les opportunités sont déjà derrière eux.
Le paradoxe français
mérite d'être souligné.
Les ménages français
figurent parmi les plus grands épargnants d'Europe. Pourtant, une partie
considérable de cette épargne demeure sous-exposée aux actifs de long terme.
Non pas par manque de moyens. Non pas par manque d'intérêt. Mais par peur de la
volatilité.
Cette situation pose
une question essentielle : combien de Français se privent aujourd'hui de
création de valeur non pas parce que les marchés sont risqués, mais parce que
leur perception du risque est déformée par le bruit permanent de l'actualité ?
Car jamais les
investisseurs n'ont été autant informés. Et paradoxalement, jamais ils n'ont
été autant exposés au court-termisme.
Chaque variation de
quelques points devient une alerte. Chaque déclaration politique déclenche des
analyses instantanées. Chaque mouvement de marché est commenté en temps réel
comme s'il annonçait un bouleversement historique.
À force de regarder les
marchés minute après minute, certains finissent par oublier pourquoi ils
investissent.
La Bourse n'est pas un
thermomètre émotionnel. Elle est un outil de financement de l'économie réelle
et un levier de création de richesse sur le long terme. Derrière les
fluctuations quotidiennes se trouvent des entreprises qui innovent, recrutent,
investissent et transforment durablement notre société.
La véritable
responsabilité des acteurs financiers est donc de remettre la volatilité à sa
juste place : non pas comme une menace à fuir, mais comme une composante
inhérente de tout investissement.
Il ne s'agit pas de
nier les risques. Il s'agit de les comprendre.
Dans un monde où
l'information circule à la vitesse de l'éclair, la capacité à garder son cap
devient un avantage décisif.
Les investisseurs qui
réussiront demain ne seront pas ceux qui auront tenté de prédire chaque
soubresaut des marchés. Ils seront ceux qui auront appris à distinguer
l'essentiel de l'accessoire, la tendance du bruit, la stratégie de l'émotion.
Car au fond, la
volatilité ne détruit pas la richesse.
La panique, si.


