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Les 4 enseignements du Covid pour l’investissement durable et responsable - article 3

Il n’est plus nécessaire de mentionner à quel point un « simple » virus aura eu un impact majeur aussi bien par son ampleur géographique que par son ampleur entre et au sein des secteurs économiques.

Suite à son importance et la multitude d’activités qu’il touche, des recherches détaillées apparaissent déjà sur des activités et secteurs précis de l’économie mais aussi sur les comportements sociaux et psychologiques. Ces études tentent également de mettre en avant certains scenarios d’après Covid-19. Il y est question des bouleversements opérés alors que d’autres tendent à croire qu’avec la reprise et la relance, tout redeviendra comme avant.

Qu’en est-il pour l’investissement durable et responsable ? Tendance structurelle pour certains ou vent en poupe pour d’autres, déjà avant le confinement. Qu’attendre de son évolution, de son éventuelle adaptation et de sa performance au sens global du terme ?

Via une série d’articles, Ophélie Mortier, responsable de la stratégie ISR chez DPAM, abordera les quatre thèmes suivants :

  1. Le développement durable est un objectif à poursuivre par toutes les entreprises indépendamment des cycles économiques et des marchés financiers. Lire ICI
  2. L’investissement durable et responsable doit reposer sur une approche holistique où l’humain et l’environnement sont au centre des préoccupations. Lire ICI
  3. La reprise économique ne sera durable que si toutes les différentes parties prenantes prennent leur responsabilité et ce pour tous.
  4. Les avancées réglementaires, qui avaient accéléré ces deux dernières années, sont ralenties mais pas nécessairement moins ambitieuses. Lire ICI

Leçon numéro 3 : la reprise économique ne sera durable que si toutes les différentes parties prenantes prennent leur responsabilité et ce pour le bien commun

Nous l’avons mentionné dans la leçon numéro 2, le Covid-19 a remis en avant le facteur social et en particulier le capital humain comme capital essentiel de l’entreprise. C’est la responsabilité de l’employeur de mettre en place des mesures de prévention et de protection de sa main d’œuvre afin d’une part d’assurer la continuité de l’activité économique mais également d’autre part de s’assurer le soutien de l’employé. Ce dernier se sent concerné et fait partie intégrante du projet et a, dès lors, envie d’y contribuer.

Il est intéressant de comparer la situation des employés en Scandinavie, désireux de retourner travailler en sérénité et en confiance s’assurant que les mesures nécessaires ont bien été prises. Alors que plusieurs employés, que ce soit des grandes surfaces commerciales ou d’un géant comme Amazon, ont refusé d’aller travailler par manque de garantie sur la prévention du risque sanitaire. La confiance ne se construit généralement pas en quelques jours mais est le résultat de preuves fournies tout au long de plusieurs épreuves. Ainsi, il sera intéressant de regarder l’impact des dernières mesures annoncées par le géant Amazon pour la protection de sa force de travail et la façon de récompenser celle-ci pour l’effort accompli. Les montants déboursés sont colossaux (4 Mds$) mais les mesures sont plus réactives que proactives. Quel impact cela aura-t-il sur le retour des employés au travail sur le court-terme mais aussi sur la loyauté et la rentabilité de ces derniers sur le moyen et long-terme ?

Vers l’automatisation ?

La problématique de la continuité du business peut aussi se résoudre par une plus grande automatisation ; les machines résistantes aux pandémies et virus. Il est clair que le processus d’automatisation est déjà enclenché et va continuer à se renforcer au fil des années puisqu’il répond à la double problématique de la sous-traitance délocalisée et de la protection contre le risque sanitaire. Cependant, les machines ne sont pas la réponse à tout. Elles ne remplacent pas l’homme. Dès lors face à cette automatisation, préparons davantage nos secteurs économiques et nos enfants. La dernière étude PISA de l’OCDE a voulu concentrer la triennale 2018 sur la question de l’adéquation du système d’éducation et l’évolution du marché de l’emploi. Il faut constater avec tristesse que la majorité des élèves sondés par l’Organisation est peu préparée au marché de l’emploi de demain. Ce dernier a connu des mutations importantes ces dernières années et les méthodes d’éducation ont peu suivi.

En interrogeant les jeunes de 15 ans sur leurs aspirations professionnelles, les exemples cités sont davantage des profils d’emploi du 19 et 20e siècle que ceux du 21e siècle. Peut-être également parce que de nombreuses nouvelles fonctions apparaissent, dont peu aurait pu soupçonner même l’existence et dès lors y aspirer. Il faut également constater que la différence des genres et des contextes socio-économiques influence également beaucoup les aspirations des jeunes. Ainsi les garçons sont 7 fois plus nombreux que les filles à exprimer des aspirations dans le domaine de l’informatique, communication et technologies.

Peu de pays peuvent aujourd’hui se vanter d’aligner leur cursus scolaire avec les besoins professionnels d’aujourd’hui et de demain.

La crise financière de 2008-2009 a montré les conséquences désastreuses sur les secteurs de la santé et de l’éducation, premiers touchés par les restrictions budgétaires des pays. Il faut espérer que les mêmes erreurs ne seront pas répétées avec la crise actuelle, peut-être pire que la précédente. Non pas qu’il faille dépenser massivement pour assurer un système d’éducation de qualité ni même l’adéquation de ce système avec les besoins actuels et à venir du marché de l’emploi, mais une coupe drastique dans des budgets déjà tendus n’améliorait pas la situation.

Cela nous amène aux rôles des gouvernements et des banques centrales.

A un moment où la coopération internationale n’a jamais été aussi nécessaire, les comportements et les annonces des pays, au niveau mondial et au sein même de l’Union européenne, démontrent rapidement et malheureusement qu’il y aura peu de concertation et peu de poursuite d’un objectif commun.

Et pourtant plusieurs annonces en faveur d’une reprise durable ont été faites. Citons la déclaration commune du 26 mars dernier du Conseil Européen pour une transition verte à intégrer dans le plan de reprise économique. L’Alliance Verte de la Reprise (Green Recovery Alliance) a appelé à une initiative similaire le 14 avril dernier afin que le Green Deal de la Commission européenne soit au cœur d’une reprise solide après Covid-19. Et les annonces ne manquent pas. Cependant, les exemples d’aide publique au secteur de l’aviation notamment ne semblent pas montrer un alignement des paroles sur les actes. Faut-il dès lors craindre une baisse des ambitions climatiques arborées jusqu’ici ?

Des ambitions politiques retardées mais pas nécessairement diminuées

Au niveau international, la relance économique en Chine ne laisse présager rien de bon pour le climat aujourd’hui. Alors que la deuxième puissance économique mondiale avait adopté des politiques et des programmes substantiels en matière de lutte contre le changement climatique et investi massivement dans des solutions plus vertes, l’arrêt complet du pays pendant plusieurs mois et les conséquences désastreuses pour l’économie semblent avoir balayé d’un coup de vent les bonnes volontés passées. Réouverture des centrales à charbon, les usines tournent à plein régime et la détérioration de la qualité de l’air des mégalopoles - qui avaient profité d’une brève accalmie - ne semble pas compenser la peur liée à la perte du pouvoir d’achat moyen, récemment acquis par une classe moyenne en croissance ces dernières années. Les projets de relance du pays ne se focalisent pas sur les énergies renouvelables mais bien sur l’industrie lourde et la construction de nouvelles centrales à charbon. Alors que le gouvernement s’apprête à injecter 7 000 Mds$ dans son économie, ses objectifs climatiques semblent bien être tombés à l’eau et la reprise ne pas se faire au profit des investissements verts.

Les provocations à répétition du Président américain ne sont pas plus rassurantes pour une reprise verte et durable, et ce dans un cadre de coopération internationale. Après avoir quitté l’Accord de Paris, Donald Trump a maintenant quitté l’Organisation Mondiale de la Santé. Il faudra espérer que les Etats, comme la Californie par exemple, parviennent à mettre l’investissement vert au cœur de leur reprise économique et compenser l’image nationale à l’échelon fédéral.

C’est au niveau européen que les espoirs de réponses à la hauteur des ambitions et des engagements annoncés sont les plus grands. Ces dernières années, la Commission européenne a montré sa volonté d’aller de l’avant sur la question de la durabilité, de l’économie circulaire et des investissements durables et responsables. L’accélération amorcée par la Commission de Jean-Claude Juncker avec son Plan d’action pour une finance durable, la Taxonomie environnementale et la réglementation sur les indices à bas carbone, s’est renforcée avec la nouvelle Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen et notamment le Pacte Vert (Green Deal). Ce plan est certainement essentiel pour une stratégie de croissance durable et inclusive.

Il faut rappeler que 2020 est l’année de la Cop 26 - certes reportée mais non annulée - qui marque les 5 ans après l’Accord de Paris. C’est-à-dire, la date charnière vis-à-vis de laquelle les pays se sont engagés à revoir à la hausse leurs contributions déterminées au niveau national. Aujourd’hui, seule une faible minorité a revu à la hausse ses engagements et les conséquences économiques du confinement lié à la pandémie laissent supposer que ce nombre ne va pas évoluer positivement. La Cop 26 se tiendra à Glasgow comme initialement prévue mais un an plus tard. Prévue en novembre 2020, elle aurait eu lieu avec l’Allemagne comme présidente de l’UE. Elle se tiendra en novembre 2021 c’est à dire sous la présidence de la Slovénie.

La réponse du système financier

Au-delà des actions des gouvernements et des banques centrales, la crise peut remettre en question l’adéquation du système financier global pour répondre aux objectifs du nouveau siècle.

De nombreuses leçons ont été tirées depuis la crise financière globale de 2008 :

- En 2008-2009, les investissements durables et responsables étaient encore à leurs balbutiements. Les Principes des Investissements Responsables (PRI) des Nations Unies représentaient à peu près 12 trillions de dollars contre quasi 90 aujourd’hui.
- La réglementation, aussi bien pour les investisseurs face à leur responsabilité que pour les entreprises en matière de reporting et informations à fournir, a considérablement changé et s’est renforcée.
- Les investissements durables et responsables ont prouvé leur résilience face aux différentes crises des marchés.
- Les développements technologiques se sont encore accélérés et créent non seulement une multitude de nouvelles opportunités mais également réduisent les coûts (ex. énergies renouvelables).
- La pression des parties prenantes s’est multipliée et la société civile n’hésite pas à monter au front.

Il faut donc continuer à tirer parti des leçons précieuses des dernières crises, y compris celle du Covid-19 afin de maintenir un focus à moyen et long-terme et supporter les actions de coopération en faveur d’une économie et d’une finance plus durable. Le système financier a un rôle majeur à jouer dans la reprise économique après la pandémie et peut agir également pour que celle-ci se fasse pour une reprise durable et inclusive pour les différentes parties prenantes.

Au cœur de ce financement, l’actionnaire a également un rôle clé à jouer.

Largement développé dans notre article « la responsabilité actionnariale », nous retiendrons avant tout que dans le contexte actuel de situation exceptionnelle et de mesures exceptionnelles, il peut être recommandé d’aborder certains principes de gouvernance avec davantage de flexibilité qu’habituellement. Le dialogue engagé avec les entreprises permettra une meilleure réceptivité aux problématiques rencontrées temporaires ou non et d’adopter dès lors une décision actionnariale alignée sur un investissement à horizon moyen-terme. La crise du Covid-19 a renforcé également la mise en place d’une gouvernance des parties prenantes à l’opposé d’une gouvernance des actionnaires. C’est-à-dire, une philosophie où l’actionnaire n’est plus au centre exclusif de l’objectif d’une entreprise mais bien l’ensemble des différentes parties prenantes pour un objectif d’une entreprise qui va au-delà de sa rentabilité optimale. La responsabilité plus large d’une entreprise envers la société dans son ensemble est au cœur des débats avec la recherche d’un meilleur équilibre de traitement entre les différentes parties prenantes et une création de valeur à long terme. L’intégration continue des facteurs ESG permet le déclenchement d’un cercle vertueux pour des horizons d’investissement plus longs et des meilleures pratiques ESG.

A suivre ces prochains jours, leçon numéro 4 : Les avancées réglementaires, qui avaient accéléré ces deux dernières années, sont ralenties mais pas nécessairement moins ambitieuses.

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