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France vs. Grande Bretagne : le crowdfunding européen à l’épreuve de la crise

Par David El Nouchi, cofondateur de ClubFunding, et Yann Murciano, fondateur de la plateforme britannique Blend Network.

Affichant une croissance toujours plus forte chaque année, le crowdfunding s’est inscrit durablement dans le paysage du financement en France et surtout en Grande-Bretagne, pionnier du secteur. Mais ces derniers mois, toute la vie économique européenne a été bouleversée par la crise inédite liée à l’épidémie de coronavirus. Le financement participatif n’a pour autant pas dit son dernier mot.

Plus de 6,7 Mds€ : c’est le montant financé en 2018 par l’ensemble des acteurs du crowdfunding Outre-Manche. La même année, la France venait seulement de franchir le cap du milliard, avec 1,4 Mds€ de fonds collectés. Le constat est sans appel : la Grande-Bretagne se place en figure de proue du crowdfunding européen, continuant chaque année à devancer ses voisins en termes de montants collectés et de projets financés. En particulier, le secteur de l’immobilier joue un rôle moteur pour toute l’industrie du financement participatif britannique, ayant drainé en 2018 plus d’1 Md€. Plébiscité également dans l’Hexagone, le crowdfunding immobilier y représentait alors seulement 209 M€. Un temps d’avance britannique qui s’explique par des facteurs tant économiques que culturels.


Outre-Manche : berceau naturel du crowdfunding

Dès les débuts du crowdfunding, la Grande-Bretagne a su construire un terrain réglementaire particulièrement favorable au développement des plateformes sur son territoire. Résultat : plus de 50 plateformes étaient déjà réglementées par la Financial Conduct Authority (FCA) à la fin de l’année 2014. Et tandis que les plateformes tricolores étaient alors limitées à un montant maximal par projet d’1 M€, les Britanniques pouvaient quant à elles financer jusqu’à 5 M€. La mise en place de dispositifs d’allègement fiscal pour les investisseurs a également joué un rôle prépondérant dans la démocratisation et l’engouement des particuliers pour ces nouvelles solutions de placement.

Cette dynamique a aussi été portée par les habitudes de consommation des Britanniques. Alors que les Français règnent en champions de l’épargne, le libéralisme anglosaxon a toujours encouragé les comportements d’investissement. A cela s’ajoute l’existence d’un régime de retraite par capitalisation, où les cotisations des actifs font l’objet de placements financiers ou immobiliers, gérés par des fonds de pension, bien loin du système français et de son régime historique de répartition. Rien d’étonnant donc à ce que les particuliers anglais aient une culture financière les incitant à investir dans des solutions de placement long terme, dont l’accès est rendu encore plus simplifié et désintermédié par les plateformes. Le crowdfunding immobilier a su en particulier les rassurer et convaincre grâce à l’existence de garanties comme la prise d’hypothèque.

Enfin, le financement participatif britannique a nourri son modèle dans un pays où les banques ne constituent que la 4e source de financement des entreprises, contre une première place en France. Dans le secteur immobilier par exemple, les promoteurs et marchands de biens sont bien souvent confrontés à un accès compliqué au financement bancaire. Ces acteurs s’appuient donc davantage sur leurs fonds propres et se tourne naturellement vers des solutions de financement alternatives à l’instar du crowdfunding.


Le crowdfunding a des beaux jours devant lui

Aujourd’hui, la crise inédite provoquée par l’épidémie de Covid-19 rebat les cartes de l’ensemble de la vie économique, en France comme en Grande-Bretagne. Lors des démarrages respectifs de la période de confinement général au sein des deux pays, de nombreuses plateformes ont mis en place des mesures à la fois pour rassurer et protéger les investisseurs mais aussi pour soutenir les entreprises porteuses de projet. L’un des pionniers du secteur, Funding Circle, a ainsi décidé de resserrer ses critères d'octroi de prêts en vue de préserver les rendements nets. En France, le leader du secteur October avait quant à lui annoncé un gel de trois mois des remboursements dus par les entreprises qu’il finance, mises à mal par une crise aux lourdes retombées économiques.

Pour autant, malgré la période d’incertitude, des opportunités tendent à se dessiner pour les acteurs du financement participatif, au regard notamment d’un rebond des investissements dans les deux pays avec des rémunérations toujours aussi attractives. Du côté des porteurs de projet, le crowdfunding va très probablement s’inscrire encore davantage parmi leurs sources de financement incontournables, face à des conditions d’octroi de prêt bancaire de plus en plus restrictives. On peut donc s’attendre dans les prochains mois à une attractivité du crowdfunding renforcée en France comme Outre- Manche, avec une augmentation du nombre de projets proposés sur les plateformes et des niveaux d’investissements plus élevés.

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