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Banques centrales : des mesures visibles

Commentaires de Franck Dixmier, Directeur des gestions obligataires d’Allianz Global Investors, en amont des réunions de la BCE de la FED des 29 et 30 avril 2020

La période actuelle se caractérise par un degré d’incertitude exceptionnel, tant du fait des interrogations sur l’évolution de la crise sanitaire, avec la perspective d’une possible nouvelle vague de pandémie, que de ses conséquences économiques. Dans ce contexte, les banques centrales, BCE comme Fed, ont pris le parti de faire le maximum : en 2 mois, elles ont plus agi que pendant la Grande crise financière (GCF) de 2008-2009. Elles ont prouvé que leur « Whatever it takes » était sans limite.

La BCE et la Fed ont un objectif commun : assurer la bonne transmission de la politique monétaire, afin notamment que les banques puissent faire leur travail de soutien à l’économie réelle sans encourir de difficultés de liquidité. Ce soutien est stratégique : car si les banques étaient le problème pendant la GCF, elles sont aujourd’hui la solution.

Les banques centrales ont lancé des programmes d’achats d’actifs considérables, dans une interprétation très extensive de leur mandat et sous une forte influence politique.  On peut d’ailleurs s’interroger sur leur degré d’indépendance, alors que leur rôle de prêteur de dernier ressort les conduit à financer les besoins croissants des Etats, et ce à un coût minime grâce à la pression qu’elles exercent dans les marchés pour maintenir des taux sur des niveaux très bas. La frontière entre politique monétaire et politique budgétaire n’a jamais été aussi floue.

Nous n’attendons pas d’annonces particulières lors des prochaines réunions de la BCE et de la Fed, celles-ci agissant en continu, dans l’urgence, pour s’adapter à la dégradation des économies et aux tensions de marchés. Il sera toutefois intéressant d’entendre leur diagnostic sur la crise et l’efficacité des mesures prises.

Du côté de la BCE, Christine Lagarde est attendue sur la répartition des achats d’actifs pris dans le cadre du Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP) de 750 Mds€, qui n’a pas encore été communiquée. Elle pourrait également donner des indications sur la capacité de la BCE à faire plus pour répondre aux tensions sur les spreads et aux problématiques des Etats les plus fragiles. Car il faut le rappeler, la crise est un accélérateur des divergences macroéconomiques de la zone euro. Or, la panoplie d’outils supplémentaires pour gérer des tensions croissantes sur les marchés reste large : des annonces concernant des modifications des paramètres du PEPP en terme de maturité, et notamment son renouvellement en 2021, et l’extension de son montant sont probables à court terme; d’autres options telles que la prise de contrôle de la courbe des taux - à l’instar de la Banque du Japon- ou une diversification accrue des achats, en intégrant le High Yield au-delà des mesures déjà prises sur les fallen angels, voir les actions, sont possibles mais semblent à ce stade moins nécessaires.

La Fed a déjà lancé 9 programmes de prêts. Il sera intéressant d’écouter le diagnostic de Jerome Powell sur l’efficacité de ces prêts tous azimuts, qui ont vocation à soutenir différents segments de l’économie.

Les mesures prises par les banques centrales depuis le début du mois de mars sont d’ores et déjà visibles. Après une crise de liquidité mi-mars avec un pic de volatilité et de fortes tensions sur les spreads de crédit, la liquidité est revenue. Les banques centrales ont éliminé les risques extrêmes de queues de distribution sur les marchés du crédit, en permettant la réouverture du marché primaire du crédit Investment Grade, et une reprise du marché High Yield, notamment aux Etats-Unis, qui a recouvert 70% des pertes enregistrées. L’appétit pour le risque est donc de retour. Il convient toutefois de rester prudent. Car si les banques centrales ont géré le risque de liquidité à court terme, le risque de solvabilité dans un contexte d’endettement croissant des entreprises et des Etats reste entier.

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