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« Les actions à petite échelle gaspillent les ressources. » 

Billet mensuel du docteur Leber, fondateur d’ACATIS, société de gestion indépendante allemande.

Faisons maintenant un saut à Bruxelles qui doit dicter au secteur financier quels critères de durabilité devront à l’avenir être utilisés pour apprécier la situation.

Et souvenons-nous : nous ne savons toujours pas clairement si l’énergie nucléaire est positive (France) ou négative (Allemagne), mais l’UE commence déjà à réglementer dans le détail. Dans le rapport de 419 pages intitulé « Taxonomy Technical Report », le traitement des critères représentés par les lettres ESG représente seulement 2 sous-thèmes relevant de la lettre E, « Atténuation du changement climatique » et « Adaptation au changement climatique ». Pour le reste de la lettre E et les thèmes des lettres S et G, nous devrons ronger notre frein. Devons-nous nous attendre à deux mille nouvelles pages ?  

Cherchons par exemple dans ce document le mot « sludge » (boues d’épuration), un sujet qui intéresse au plus haut point tous les investisseurs, du matin au soir. Le mot « sludge » revient 31 fois. Par exemple, au chapitre 23,5 sur la digestion anaérobie des boues d’épuration, nous apprenons que le résidu, appelé digestat, peut être utilisé de manière écologique pour fertiliser les champs. Débordants de joie, nous apprenons aussi que cela permet d’économiser de l’énergie et des combustibles fossiles. Une chance que l’UE s’en occupe. Les boues d’épuration sont un véritable défi pour l’Europe. 

La section 21,7 traite, entre autres, de la production d’acides polycarboxyliques aromatiques et d’acides carboxyliques contenant des fonctions oxygénées supplémentaires et de leurs dérivés, à l’exception de l’acide salicylique et ses sels. C’est important pour le secteur des fonds. Au niveau de la production, la consommation de CO2 doit être réduite à un niveau inférieur à celle de la production fossile. Si des produits forestiers sont utilisés à cette fin, il faut être sûr que la forêt n’était pas reclassée en terres agricoles après 1994. En outre, l’article 26 de la directive 2009/28/CE et les annexes RED2 et RED2+ doivent être respectés. Et ainsi de suite sur 419 pages. 

Boues d’épuration heureuses, forêts heureuses, acides polycarboxyliques aromatiques heureux : la sollicitude de l’UE pour l’environnement est grisante. Tout aussi grisante que la grande confiance dans le secteur financier en ce qui concerne l’exécution de toutes les fonctions de surveillance qui sont pourtant en réalité du ressort de la politique. On imagine bien les futures discussions d’investisseurs : « Que pensez-vous de la digestion anaérobie des boues d’épuration ? - Oh - vous avez un quota de femmes au conseil d’administration et une maternelle d’entreprise ? Alors, côté environnement, c’est bon. » C’est absurde ! 


Revenons encore une fois vers le Conseil d’experts : « Les actions à petite échelle gaspillent les ressources. » 

En effet, avec les critères de durabilité, rien n’est juste ou faux, mais seulement « à peu près juste ». L’alcool est-il nocif ou non ? Les jeux de hasard sont-ils acceptables ou non ? Le travail des enfants dans la chaîne d’approvisionnement est-il un « non » catégorique ? Une entreprise qui pratique la corruption en Inde doit-elle être exclue pour ce motif ? La pilule contraceptive est-elle acceptable ou non ? L’énergie nucléaire est-elle bonne ou mauvaise ? Une pile à combustible peut-elle être achetée par l’armée ? 

L’UE devrait se concentrer sur les grands objectifs (par exemple, la réduction au niveau mondial des émissions de gaz à effet de serre). Elle peut, à la rigueur, fixer sur 30 pages un objectif structurel pour le secteur des fonds, mais elle ne devrait pas déléguer au secteur financier ses propres devoirs inachevés. On en a assez des micro-interventions ! Tuez le monstre de la bureaucratie ! Une UE qui réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 2,2% par an, alors que l’ONU réclame 7%, ne devrait pas montrer du doigt la responsabilité des fonds mais faire le ménage devant sa porte. 

Il est nettement plus important de promouvoir la coopération internationale. Alors que la Chine émet 590 g de CO2 pour chaque dollar de produit national brut, ce chiffre n’est que de 170 g en Europe. Si le monde entier était ramené au niveau européen, les émissions mondiales de CO2 seraient réduites environ de moitié. C’est une tâche qui doit être résolue par les politiciens et non par l’industrie de l’investissement. Entre-temps, chez ACATIS, nous essayons de mettre en œuvre des objectifs de développement durable avec un esprit clair en consultation avec nos clients. Nous ne voulons pas nous occuper des boues d’épuration.

 

 

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