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Défaillances dans la filière agricole : quels nouveaux défis pour les acteurs ?

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Tribune de Bertrand Biette, Avocat Associé Mutation et retournement des entreprises chez Fidal

Les défaillances d’entreprises agricoles ont augmenté de 6,7% en 2017 selon les chiffres de la Coface. Le modèle économique de l’agro-alimentaire français doit évoluer en profondeur pour permettre aux agriculteurs de sortir d’un système non viable à long terme.

Les années se suivent et se ressemblent pour les agriculteurs français : chaque année depuis 2013, le nombre de défaillances d’exploitations agricoles ne cesse d’augmenter. Déjà dans les années 1990, les agriculteurs avaient fait face à d’importantes difficultés. À l’époque, les problèmes n’étaient toutefois pas de la même nature que de nos jours : les agriculteurs faisaient alors face à une situation de surendettement après avoir beaucoup investi dans la modernisation et la mécanisation de leur production.

De nos jours, c’est désormais la pression des grandes enseignes de distribution sur les prix de vente qui pose problème aux agriculteurs. Du fait de cette pression, les exploitations sont à peine rentables et de nombreux agriculteurs ne perçoivent que de très faibles revenus. 30% des agriculteurs ont des revenus inférieurs à 350€ par mois, la moyenne étant de 1 100€ par mois. Les agriculteurs, qui dépendent principalement des grandes centrales de distribution pour écouler leurs produits, ne bénéficient d’aucun levier pour imposer leurs prix. Dans ce contexte, le nombre d’agriculteurs ne cesse donc de décroître et les exploitations ferment. Pour répondre à ce défi, des mutations sont nécessaires à différents niveaux de l’industrie agro-alimentaire.


La grande distribution tient un rôle central

En premier lieu, la grande distribution doit faire évoluer ses pratiques. Le secteur reste actuellement principalement focalisé sur la question des prix, et non sur la qualité des produits. Or, les consommateurs semblent désormais prêts à payer un prix plus juste pour des produits de meilleure qualité ou issus du commerce équitable par exemple. Les grandes enseignes ont donc un rôle à jouer pour promouvoir ce type de produits, qui permettraient aux agriculteurs d’être correctement rétribués pour leur activité. Les produits biologiques entrent naturellement eux aussi dans cette catégorie, bien qu’il faille être attentif à ce que recouvre exactement cette appellation, certains produits « bio » n’étant pas pour autant liés à des circuits de commerce équitable.


Comment les agriculteurs peuvent-ils s’adapter ?

Par ailleurs, les agriculteurs doivent eux-mêmes faire évoluer leurs méthodes d’exploitation pour s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs. Les produits chimiques devront ainsi être progressivement abandonnés au profit de solutions plus naturelles, écologiques et saines pour la santé des consommateurs.

Cette prise en compte des questions écologiques et sanitaires, d’autres secteurs la connaissent également, comme le secteur de l’automobile, où l’offre a été entièrement réorientée vers les attentes d’un public à la recherche de voitures moins polluantes dans une optique de développement durable. Dans le secteur agricole, la transition pourrait également être soutenue par l’emploi de nouvelles biotechnologies adaptées à l’élevage comme à l’agriculture. La difficulté de cette mutation tient au fait que les agriculteurs eux-mêmes y sont souvent favorables, mais pas toujours les grandes coopératives agricoles. La transition reste également complexe à effectuer alors que de nombreux agriculteurs ont déjà fait beaucoup d’efforts pour moderniser leurs exploitations.


Quel rôle doivent tenir les pouvoirs publics ?

Une question récurrente se pose enfin : celle du rôle des pouvoirs publics. Chaque gouvernement ne manque pas de se saisir de la question agricole en France. Le gouvernement actuel a organisé l’an dernier les « Etats généraux de l’alimentation » où l’ensemble de ces défis ont été évoqués et débattus par les acteurs de l’agro-alimentaire de manière à chercher des solutions.

L’Etat joue un rôle important dans la régulation de l’industrie agro-alimentaire française, ayant par exemple déjà interdit la vente de produits alimentaires à perte pour réduire la pression sur les revenus des agriculteurs. La mesure reste insuffisante pour répondre entièrement au défi soulevé. Faut-il pour autant en attendre davantage de l’Etat ? Cela n’est pas certain : les politiques publiques ont surtout un rôle de facilitateur dans la construction du dialogue, mais l’initiative du changement devra d’abord provenir des acteurs eux-mêmes.

Si les consommateurs et la grande distribution se concentrent à l’avenir sur l’offre de qualité et « durable », un avenir sera possible pour les agriculteurs français.

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