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ER - Analyses de marchés
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Pourquoi cette ère du pétrole low-cost est-elle différente des autres ?

L’analyse de Christopher Dembik, Economiste chez Saxo Banque

La chute  du cours du baril de pétrole amorcée mi-2014 équivaut à un krach financier.
Après une baisse continue, le pétrole s’est stabilisé ces dernières semaines et a même trouvé quelques facteurs de soutien : rumeurs persistantes de réunion d’urgence de l’OPEP, accumulation des stocks dans la perspective d’un rebond durable des cours, nouvelles perturbations en Libye et achats spéculatifs liés au trading à haute fréquence.

Contrairement à ce qui est régulièrement évoqué, la situation actuelle n’a rien à voir avec celle de la fin des années 90. L’Arabie Saoudite a tiré une leçon des errements passés : il est extrêmement difficile de regagner les parts de marché perdues en jouant son rôle de variable d’ajustement du marché pétrolier. Le changement du modèle d’offre aura des répercussions durables.
La conséquence la plus inattendue pourrait être de provoquer un sauvetage par l’Etat américain des exploitants de gaz et pétrole de schiste qui sont fortement endettés et dont la rentabilité est entamée sous le seuil des 60/70 $ le baril.

Si la révolution du pétrole et du gaz de schiste n’en est encore qu’à ses balbutiements, elle est difficilement perceptible et a subi maints revers dans de nombreux pays à cause d’une taxation trop élevée ou de réserves prouvées bien plus faibles que les estimations. Dans ces circonstances, un comeback de l’OPEP est tout à fait possible. La position de l’organisation pourrait être confortée par le rebond de la production en Irak dans les années à venir. C’est pourquoi nous anticipons un maintien de la part de marché de l’OPEP à 40% à moyen terme, ce qui constitue un levier d’influence suffisant sur les prix du baril de pétrole.

Ce mouvement s’inscrit également dans le dernier super cycle des matières premières à l’œuvre depuis la fin des années 90 : le cycle des crises. Il est marqué par un dysfonctionnement des mécanismes de marché. En dépit d’une quasi-généralisation des taux plancher, la demande ne s’étoffe pas et ne permet pas de résorber l’excès d’offre.

Le précédent cycle de 1973 à 1998 a été marqué par une baisse de près de 70% par rapport au point haut de la période, une ampleur assez proche de celle que nous connaissons aujourd’hui. Tout porte à croire qu’une phase de stabilisation s’ouvre autour des 60 $ le baril, au moins jusqu’au printemps. 

Une hausse plus significative pourrait avoir lieu seulement à partir du 3ème trimestre, dans la foulée de la révision par l’OPEP de ses objectifs de production. A ce moment-là, il y aura certainement un ajustement graduel de la production. L’Arabie Saoudite sera en mesure de faire des concessions pour apaiser ses partenaires, mais elles seront minimes. Le bloc du Conseil de Coopération du Golfe conserve largement la main au sein de l’OPEP. Il ne faut donc pas prêter trop attention aux rumeurs actuelles de réunion d’urgence du cartel.

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