Le Français ThrustMe réalise une première mondiale à
bord du satellite allemand MarbleSat-1
Livré fin juillet à
Reflex Aerospace, le nouveau JPT150 de ThrustMe est le premier propulseur à
effet Hall au monde à fonctionner à l'iode. Il équipe aujourd'hui MarbleSat-1,
satellite allemand d'observation de la Terre développé par Reflex Aerospace pour
l'opérateur Marble Imaging, actuellement en phase d'intégration ; son lancement
est prévu au premier trimestre 2027. Née du laboratoire de physique des plasmas
du CNRS et de l'École polytechnique, ThrustMe conçoit et fabrique ses systèmes
de propulsion électrique à Verrières-le-Buisson (Essonne).
Une maquette grandeur
nature de MarbleSat-1 est exposée au Grand Palais à l'occasion du Sommet
international sur l'espace, les 9 et 10 septembre.
Les systèmes de
propulsion électrique permettent aux satellites de rejoindre leur orbite après
leur largage, de corriger leur trajectoire, d'éviter les collisions et de se
désorbiter en fin de mission.
Cette nouvelle mission
s'inscrit dans le développement international de ThrustMe, qui équipe
aujourd'hui plus de 25 constellations en Europe, en Amérique du Nord et en
Asie. À ce jour, 244 de ses systèmes de propulsion ont été lancés, sur plus de
90 satellites.
En avril 2026,
l'entreprise a notamment annoncé des accords commerciaux de plus de 10 millions
d'euros pour équiper 40 satellites japonais d'observation de la Terre.
Un moteur à iode pour
des satellites plus lourds
Les moteurs électriques
de satellites fonctionnent traditionnellement au xénon, un gaz rare stocké sous
haute pression dans des réservoirs lourds et complexes. ThrustMe le remplace
par de l'iode, conservé à l'état solide : chauffé, il passe à l'état gazeux et
alimente directement le moteur. Cet ergol est plus compact, plus léger et moins
coûteux, et il supprime le réservoir sous pression de la plateforme. Le
propulseur, lui, repose sur la même physique à effet Hall que le reste du
marché.
Le JPT150 est livré
comme un système intégré : propulseur, électronique de puissance, fluidique,
ergol et logiciel embarqué viennent d'un seul fournisseur. Ce logiciel embarque
des algorithmes d'auto-réglage conçus pour des opérations automatisées et autonomes
; alors que la propulsion à effet Hall est généralement assemblée à partir de
plusieurs fournisseurs, l'opérateur écrivant lui-même son logiciel de contrôle.
ThrustMe a été la
première entreprise à démontrer la propulsion électrique à l'iode en orbite,
des résultats publiés dans la revue Nature en 2021. Le JPT150 est le premier
propulseur à porter l'iode sur un moteur à effet Hall de faible puissance : il
lève le verrou du neutraliseur alimenté à l'iode, un problème que l'industrie
cherchait à résoudre depuis les années 1960.
Le NPT30, propulseur à
grilles de ThrustMe, adresse les satellites de quelques dizaines de kilogrammes
à environ 150 kg. Le JPT150 étend cette gamme aux plateformes de quelques
centaines de kilogrammes.
Une capacité européenne
construite entre deux pays
MarbleSat-1 fournira
des images optiques à très haute résolution, le red-edge et le proche
infrarouge, complétées par une charge utile infrarouge à ondes courtes (SWIR).
Marble Imaging en tirera des analyses destinées à des usages de sécurité et
d'environnement : surveillance maritime, suivi des infrastructures critiques,
résilience du littoral.
Le satellite s'inscrit
dans la coopération spatiale franco-allemande, réaffirmée par les deux
gouvernements lors du 26e Conseil des ministres franco-allemand de juillet
2026. Il en donne une traduction concrète : une plateforme et une mission
allemandes, une propulsion française.
« Pendant des années,
on nous a expliqué que l'iode ne sortirait jamais du laboratoire. Il totalise
aujourd'hui plus de 22 000 heures de manœuvres en orbite. Avec le JPT150, nous
l'amenons sur les moteurs à effet Hall, sur un satellite allemand, avec du
matériel livré et intégré. », a déclaré Ane Aanesland, fondatrice et CEO
de ThrustMe.
« Intégrer un système
de propulsion qui n'a pas encore volé demande de la confiance dans son
fournisseur. Nous l'avons prise parce que l'iode supprime le réservoir sous
pression et nous rend du volume là où nous en manquons toujours. Le JPT150 a
été livré fin juillet et il est aujourd'hui en intégration », explique Felix
Motzki, CTO de Reflex Aerospace.
« Je suis très heureux que ce projet commun franco-allemand, le premier satellite de Marble, soit bientôt prêt pour son lancement. C'est le début de nouvelles capacités indépendantes pour l'Europe, dont le besoin est urgent. Le marché des données et de l'analyse souveraines est immense, et nos clients l'attendent déjà. », conclut Alexander Epp, directeur du développement commercial de Marble Imaging.


