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Les arguments pour investir au Japon restent d’actualité

ER - Analyses de marchés
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Par Simon Somerville, gérant  du fonds Jupiter GF Japan Select chez Jupiter AM

Les investisseurs peuvent rester confiants : les perspectives japonaises restent positives malgré la récente chute du marché actions japonais.
La bourse japonaise a effectivement enregistré la semaine dernière la baisse en une seule séance la plus importante depuis 2 ans. Pour être bien appréhendée cette chute des cours doit être replacée dans son contexte, à savoir plusieurs mois de gains importants.
L’indice Topix avait augmenté de 49,1% depuis le début de l’année 2013 jusqu’à la baisse de jeudi dernier. Plusieurs raisons pour expliquer ce plongeon, parmi lesquelles la faiblesse des dernières données concernant l’activité manufacturière en Chine, une réunion de la Banque du Japon décevante n’apportant pas de nouvelle mesure et la crainte que la Réserve Fédérale américaine réduise plus tôt que prévu son programme de rachat d’obligations. Quelle que soit la raison, les stimuli monétaires et budgétaires mis en place par le premier ministre Shinzo Abe, avec l’aide du gouverneur de la Banque du Japon Haruhiko Kuroda, sont toujours en place et continuent d’être une bonne raison d’investir au Japon.
Cela étant dit, nous pensons qu’il est vraiment nécessaire d’accompagner ces mesures monétaires et budgétaires par des réformes structurelles de long terme pour que la reprise de l’économie japonaise soit réellement durable.

Portés par un dollar plus haut face au yen qu’il ne l’a jamais été depuis 4,5 ans, les investisseurs se sont rués sur les actions des grands exportateurs japonais, partant du principe que leurs profits et leurs revenus seraient fortement tirés à la hausse par la croissance de la demande étrangère sur leurs produits. Il est effectivement fort probable que les exportateurs japonais revoient à la hausse leurs prévisions de ventes et de bénéfices dans les mois à venir, car la baisse du yen a été selon nous bien plus forte qu’attendue. Cela fait d’ailleurs quelques temps que nous avons renforcé notre portefeuille sur des entreprises exportatrices, en ajoutant des nouvelles lignes telles qu’OSG, un leader mondial des outils coupants haut de gamme, et le fabricant de montres Casio Computer, une entreprise très profitable et fortement exportatrice.

La chute du yen est sans doute la résultante la plus visible de ce que l’on appelle les « Abenomics », une série de mesures de soutien à la croissance mise en place par le Premier Ministre Shinzo Abe et visant à sortir le Japon de la récession et de la déflation qui dure depuis près de 15 ans. Lorsqu’il a expliqué sa politique économique, Abe s’est appuyé sur une célèbre légende japonaise – l’histoire des trois flèches – pour illustrer le besoin de coordonner les actions sur trois fronts : monétaire, budgétaire et structurel.

En mettant en place une politique monétaire agressive et en augmentant les dépenses de l’Etat, le premier ministre japonais a d’ores et déjà lancé deux de ses trois flèches. Ciblant un objectif d’inflation de 2%, la dureté des discours d’Abe sur l’économie, aussi bien pendant la campagne électorale qu’après, a provoqué le rallye actuel sur les actions japonaises. Ce dernier a été soutenu par le plan de relance de 10 300 Mds de yens (soit environ 89 Mds€ au moment de l’annonce) de janvier dernier, tandis que le programme d’achats massifs d’obligations annoncé en avril par la Banque du Japon sous la présidence d’Haruhiko Kuroda a permis de le prolonger. A cela s’ajoute une série d’exemptions fiscales visant à soutenir la croissance des salaires et l’emploi. Voici donc tous les ingrédients qui ont permis de propulser l’indice Topix à ses plus hauts niveaux depuis septembre 2008.

Ce rallye est soutenu par l’évidence de plus en plus flagrante que la politique d’Abe obtient les effets désirés. Les dépenses des ménages, par exemple, ont augmenté en mars à une vitesse que l’on n’avait pas vue depuis 9 ans et les exemptions fiscales mises en place pour encourager les entreprises à augmenter les salaires devraient aider à soutenir les ventes.
Les entreprises du secteur des biens de consommation comme le fabricant de cosmétique Pola Orbis, le détaillant Cocokara Fine et le développeur-opérateur de centres commerciaux Aeon Mall nous ont tous dit qu’ils s’attendaient à bénéficier d’une hausse de la consommation liée à l’augmentation des salaires. Les firmes nippones semblent en tout cas prendre en compte l’appel du premier ministre à une augmentation des salaires. Certaines ont d’ailleurs déjà été fortement médiatisées comme chez les détaillants Seven & I, FamilyMart et Lawson, ou encore chez les manufacturiers Mitsubishi Heavy et Toyota. Les bonus de l’été devraient selon toute probabilité être également en hausse, avec une croissance moyenne de 5%.

La chasse aux rendements est une autre des conséquences des nouvelles mesures d’Abe. Etant donné que les rendements sur les obligations souveraines japonaises sont, de fait, capés par le plan de relance monétaire massif de la Banque du Japon, les investisseurs domestiques vont devoir trouver une autre source de rendements décents. Pour profiter de cette tendance, nous avons acheté des actions de Sumitomo Corp, une entreprise de négoce versant traditionnellement des dividendes élevés et renforcé notre position dans l’opérateur mobile NTT DocoMo.

La poursuite de la hausse du marché action japonais dépend maintenant de la capacité d’Abe à lancer la troisième flèche, celle des réformes structurelles. Des mesures spécifiques manquent encore, mais les principaux enjeux devraient être une plus grande flexibilité du marché du travail, des initiatives pour encourager le travail des femmes et des seniors, la libéralisation des échanges via la participation au Partenariat Trans-Pacific (un traité multilatéral de libre échange pour la région Pacifique), et la création de « champions nationaux » grâce à l’assouplissement des lois sur la concurrence. Si ces réformes réussissent, ne serait-ce que partiellement, ce ne seront pas que les entreprises qui en bénéficieront, mais toute l’économie domestique.

www.jupiteronline.com

 

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