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[Questions de gestion] On ne rattrappe jamais un couteau qui tombe !

Par Christian Schmitt, gérant de fonds chez Ethenea

« On ne rattrape jamais un couteau qui tombe » fait partie des plus célèbres dictons boursiers. Ceux qui ont suivi ce conseil en 2020 ont eu l’occasion, par exemple, d’observer avec indifférence la débâcle de Wirecard. D’un autre côté, les investisseurs ont aussi laissé passer de nombreuses opportunités de s’exposer à des actions intéressantes qui affichent une tendance haussière depuis les turbulences du printemps. Quelle valeur ajoutée offre donc cet adage boursier, applicable également à la vie de tous les jours ? Et quelle attitude intelligente adopter à l’avenir si les cours chutent à nouveau ?

Permettez-nous de répondre avec une brève anecdote pleine d’humour : Lors d’un atelier culinaire annuel d’un club d’investissement, un gros couteau acéré tombe accidentellement du plan de travail droit sur le pied de l’un des participants. Un analyste technique, qui se tient à proximité, observe la scène et son premier réflexe est de vouloir se saisir du couteau, mais il se ravise à la dernière seconde. Ce geste a des conséquences douloureuses pour le pied de son voisin, un investisseur « value » classique. Après un vif cri de douleur, celui-ci demande avec étonnement à l’analyste pourquoi il n’a pas rattrapé le couteau. Sans se démonter, celui-ci le renvoie à l’un de ses principes : « Il ne faut jamais rattraper un couteau qui tombe ! ». Tout aussi étonné, il demande à l’investisseur « value » pourquoi il n’a pas tout simplement retiré son pied. Celui-ci se contente de répondre : « Je n’aurais jamais pensé que le couteau tomberait si bas. »

Ce mot de la fin permet de comprendre la comparaison entre une baisse des cours boursiers et l’image d'un couteau qui tombe. Ce qui se produit très nettement devant nos yeux lorsqu'un couteau de cuisine tombe est un phénomène physique qui a pu être expliqué par la loi de la gravitation et, dans les moindres détails, par la théorie de la relativité ; pourtant, ce phénomène n’a jamais pu être exprimé par des formules suffisamment concrètes pour la chute des cours en Bourse, que ce soit par Isaac Newton, Albert Einstein ou toute autre éminence grise.

Bien au contraire. On raconte qu’Isaac Newton aurait perdu une grosse partie de sa fortune en spéculant en Bourse. Il aurait exprimé sa résignation devant les marchés financiers par les mots suivants : « Je sais calculer le mouvement des corps pesants, mais pas la folie des foules. »

Quel est, à vrai dire, le danger des couteaux qui tombent sur les marchés actions ? Comme souvent dans la vie, la réponse est : « cela dépend des circonstances ». En principe, tout est possible pour une action individuelle, comme l’a récemment illustré de façon saisissante l’exemple de l’ancienne composante du DAX, Wirecard. C’est aussi cette expérience qui a conduit Isaac Newton à tenir de tels propos. En effet, les actions individuelles chutent régulièrement tel un couteau de cuisine sur le sol, et les moindres tentatives de les acheter avant que leur valeur ne devienne nulle finissent inévitablement par des effusions de sang. La hauteur à laquelle le couteau est rattrapé n’a donc aucune importance. Même si une action est déjà en baisse de -98 %, un nouvel acheteur perdra la moitié de sa mise si le repli final finit par s'établir à -99 %. Pour autant, il est possible de minimiser efficacement une perte totale ou une chute de prix excessive. Un bilan sain, un modèle économique stable, des antécédents de réussite et une valorisation compréhensible sont des critères importants dans l'évaluation des risques. En plus de ces considérations, il convient d’observer un principe fondamental dont la pertinence en matière d'investissement ne doit pas être sous-estimée : la diversification. Un portefeuille à la diversification bien pensée peut résister à toutes les turbulences. Ce qui nous amène à la transition entre la petite unité économique, à savoir l’entreprise, et la grande unité économique, autrement dit : l’ensemble du marché.

Le marché actions dans son ensemble, en particulier au niveau mondial, peut être considéré lui-même comme un portefeuille bien diversifié. Rétrospectivement, il a déjà traversé de nombreuses crises. Le couteau a, pour ainsi dire, souvent été en chute libre, mais le marché s’est toujours redressé. Les lois de la gravitation s’annulent-elles dans ce cas ? Bien au contraire : Point du tout ! Sur les marchés actions, on les connaît davantage sous le nom du phénomène de « retour à la moyenne ». La valeur moyenne désigne dans ce contexte une valeur intrinsèque ou effective, mais que de multiples incertitudes politiques ou économiques empêchent de connaître au moment de la fixation des prix. Une chose est sûre, en revanche : cette valeur sera toujours nettement supérieure à zéro. Et ainsi, chaque pourcentage de repli d’un cours boursier fait augmenter la probabilité de pouvoir bénéficier, à moyen terme, d’un rebond appréciable de l’action.

Dans les périodes de calme relatif des marchés financiers, le principe de retour à la moyenne est peu contrarié. Mais gare à qui accompagne pendant un certain temps la chute des cours en ayant investi son propre argent. La psychologie des investisseurs est désormais une discipline bien connue, et le terme de « malaise » est un doux euphémisme pour décrire le sentiment auquel doit se confronter la psyché humaine dans les phases de volatilité accrue des marchés actions. « Achetez au son du canon ! » ou « Soyez avide lorsque les autres ont peur ! » sont des arguments souvent avancés pour justifier une mise rentable dans un marché baissier. Mais de toute évidence, c’est plus facile à dire qu’à faire (au moment opportun).

 

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