Connexion
/ Inscription
Mon espace
ER - Analyses de marchés
ABONNÉS
Suivez-nous sur feedly

La gestion des actifs souverains dans le monde  

Invesco publie sa 8ème étude annuelle sur la gestion des actifs souverains dans le monde, un rapport détaillant les opinions de 139 directeurs d'investissement, responsables de classes d'actifs et stratégistes en chef de portefeuille pour 83 fonds souverains et 56 banques centrales, qui gèrent au total 19 000 Mds$ d'actifs.

La crise présente des opportunités, mais les actions sont négligées

L'étude révèle que de nombreux fonds souverains étaient bien préparés à la crise du Covid-19, la chute des valorisations et l’abondance de capitaux non investis faisant de cette crise une opportunité d'achat sans précédent. En tant que gardiens du capital à long terme, la plupart ont également bénéficié de l'absence d’impératif de vendre pour faire face aux retraits. Les fonds souverains étaient également mieux préparés grâce aux changements qu'ils ont mis en œuvre et aux leçons qu'ils ont tirées de la précédente crise financière mondiale. Ils ont notamment constitué d'importantes réserves et apporté des améliorations organisationnelles dans la gestion de la liquidité.

Avant que la crise du Covid-19 n'affecte les marchés, les allocations moyennes en actions des fonds souverains fin 2019 étaient à leur plus bas niveau depuis 2013, à la fois par rapport aux obligations et en proportion de l'allocation d'actifs globale, avec 26% portefeuille global en actions contre 34% pour les obligations. L'abandon des actions a été motivée en partie par des préoccupations de fin de cycle qui ont conduit à une diminution des allocations stratégiques. 37% des investisseurs souverains prévoient de diminuer leur allocation en actions, la moitié de ce groupe visant une diminution de plus de 5%. Seulement 22% des investisseurs souverains souhaitent augmenter leur allocation en actions au cours des 12 prochains mois, et ceux qui le font procéderont avec prudence.


Les investisseurs ciblent plutôt les obligations et les actifs alternatifs non cotés, en particulier les infrastructures

Au cours des 12 prochains mois, les fonds souverains prévoient de continuer à investir dans les obligations, 43% prévoient même d’augmenter leur poche obligataire, tandis que 43% prévoient d’investir dans le capital-investissement et dans les infrastructures, et 38% dans l'immobilier.

« Traditionnellement, les obligations sont considérées comme un point d'ancrage défensif, ce qui a été mis à l'épreuve par la crise. Même les bons du Trésor américain ont fait l'objet de sorties importantes, les investisseurs se précipitant sur le cash. Cependant, les interventions des gouvernements et des banques centrales, notamment les réductions de taux et l'assouplissement quantitatif mondial, ont fait baisser les rendements et ont eu un impact positif sur de nombreux portefeuilles obligataires, » selon Rod Ringrow, responsable des institutions officielles chez Invesco.

Le Covid-19 a également accéléré la tendance existante vers les infrastructures en créant des opportunités potentielles d’investissement dans les actifs en difficulté (« distressed »). De nombreux investisseurs considéraient avant la pandémie que les investissements en infrastructures étaient chers en raison de l'abondance de capitaux pour un nombre relativement faible d'opérations. Mais certains voient la situation actuelle comme une opportunité de tirer parti de la baisse des valorisations dans certains segments tels que les aéroports. Au sein de cette classe d’actifs, les investisseurs souverains manifestent le plus d'intérêt pour la production et le transport d'électricité (54%) et les infrastructures de communication (52%).

« Les projets d'infrastructures, en particulier la production et le transport d'électricité qui aident les pays à se détourner des combustibles fossiles, sont considérés comme des moyens d'atteindre les objectifs ESG, explique Rod Ringrow, mais de nombreux fonds de pension investissent également ce thème, de sorte qu'il peut être difficile pour certains fonds souverains de taille moyenne et ceux qui sont plus récents dans la classe d'actifs de trouver les bons investissements. »


La pandémie a suscité un intérêt croissant pour l'or

L'étude de cette année a vu les banques centrales ainsi qu’un groupe restreint mais important d’investisseurs souverains augmenter leur allocation à l'or. En moyenne, 4,8% du total des portefeuilles de réserve des banques centrales sont désormais alloués à l'or - contre 4,2% en 2019 - et près de la moitié (48%) de ceux qui ont augmenté leur allocation l'ont fait dans le but de remplacer la dette à rendement négatif. Ce motif a été considéré comme le plus important, davantage que d’autres motifs fréquemment évoqués tels que la diversification, le rendement ou le rôle de couverture de l’or contre l'inflation. Alors que les banques centrales abordent souvent l'or avec une allocation préexistante, la position de départ des fonds souverains est rarement la même. Pour de nombreux souverains, l'or est considéré comme une puissante couverture de l'inflation et de la queue de la courbe, avec des corrélations positives dans les scénarios de prise de risque, mais à peine corrélées voire négatives dans un scénario de retrait du risque.

Les quatre cinquièmes des banques centrales qui choisissent d'augmenter leur allocation à l'or financent le mouvement à partir d'actifs existants en USD - nettement plus que par des actifs en EUR et en GBP. Cela met en évidence un problème majeur auquel sont confrontées les banques centrales. Comment peuvent-elles se diversifier au-delà de l'USD sans sacrifier la liquidité et la convertibilité. Cette tendance a été particulièrement marquée parmi les banques des marchés émergents, où près de 90% d'entre elles puisaient dans leur allocation en USD pour augmenter les réserves d’or.

Les fonds souverains investissant dans l'or ont plusieurs options. Si l'or physique est encore utilisé par certains, des approches plus souples sont envisagées. Les contrats à terme sont utilisés par 40% des investisseurs souverains dans l’or, les personnes interrogées soulignant la flexibilité et les rendements qui peuvent être obtenus grâce à une stratégie de trading habile. Dans le même temps, 40% des fonds souverains investissant dans l'or augmentent leur exposition grâce aux ETP (Exchanged Traded Products : Produits Indiciels cotés) adossés à l’or. Ces véhicules ont connu une croissance importante ces dernières années - 80% rien que l'année dernière**. Les ETP constituent également une option pour les banques centrales. Pour les banques cherchant à accroître leur exposition sans augmenter de manière significative un biais domestique, ou à assumer le risque de crédit d'une banque d'investissement, les ETP sont susceptibles d'être de plus en plus attrayants. En outre, étant donné les défis politiques potentiels que représente le négoce de l'or, les ETP pourraient offrir un moyen politiquement plus acceptable de négocier cette classe d'actifs.

« L’étude réalisée l'année dernière avait déjà montré que l'or gagnait en popularité, mais la crise du Covid-19 a révélé qu'il s'agit désormais d'une classe d'actifs qui revendique un nouveau rôle au sein des portefeuilles souverains. Nous avons également constaté que l'or physique ne répond pas à tous les besoins de liquidité, ce qui a incité les banques centrales et les souverains à s’intéresser de près aux ETP adossés à l'or, a ajouté Rod Ringrow, et nous pensons que le développement de ces modes d'investissement alternatifs est susceptible d'accroître l'intérêt pour l'or dans les années à venir. »

Le changement climatique est une préoccupation croissante pour les investisseurs

L'étude révèle que 83% des banques centrales et des investisseurs souverains estiment qu'une action immédiate est nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique, et cela se traduit de plus en plus dans leurs stratégies d'investissement, en intégrant les risques liés au climat dans le processus d'investissement.

La plus grande préoccupation des investisseurs souverains au niveau mondial est l'augmentation du nombre de catastrophes naturelles. Les investisseurs ont tendance à se préoccuper des risques qui les menacent directement, de sorte que les points de vue diffèrent sensiblement selon les régions. Les investisseurs occidentaux sont les plus conscients de la transition vers une économie bas carbone, étant donné le nombre de ceux qui sont exposés aux métaux et au secteur minier, et à l'industrie pétrolière et gazière. 88% des investisseurs asiatiques et 75% des investisseurs des marchés émergents estiment être touchés de manière disproportionnée par le réchauffement climatique, soit bien plus que les 33% occidentaux. Leur plus grande inquiétude est que le changement climatique pourrait causer des problèmes commerciaux, car ces régions dépendent davantage d'un commerce international ouvert pour soutenir leurs secteurs d'exportation agricole, qui pourraient être touchés par des températures anormales.

Des obstacles à une adoption plus large de l’ESG

Les investisseurs interrogés ont indiqué que, si la réglementation présente des lignes directrices claires pour les entreprises, elle manque toutefois souvent de consignes applicables pour les souverains. Certaines banques centrales s’attaquent à ce problème, mais beaucoup soutiennent que - si on veut accroître l'engagement - les mandats et les politiques doivent être repensés pour tenir compte des risques liés au changement climatique, car plusieurs banques ne sont pas autorisées à le faire aujourd’hui.

Des lignes directrices plus claires sont également nécessaires pour les fonds souverains. Les personnes interrogées ont suggéré que leurs autorités de tutelle doivent clarifier les définitions, décrire les méthodes d'adoption et fixer des paramètres concernant les objectifs d'émissions de carbone pour leurs portefeuilles.

Rod Ringrow conclut : « Nous nous réjouissons de voir les fonds souverains et les banques centrales continuer à intégrer les préoccupations climatiques dans leurs décisions d'investissement et à développer des capacités pour détecter et atténuer les risques climatiques. Pour passer à l'étape suivante, une plus large adhésion des décideurs politiques et des autres investisseurs sera nécessaire. Combiné à des solutions nouvelles et créatives, cela pourrait obliger d'autres investisseurs à examiner les risques climatiques de plus près. »

Lire la suite...


Articles en relation