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La dette émergente : l’alternative à la chute des rendements

Par Marc Olivier, Directeur Général France de Nordea AM.

Dernier bastion de croissance dynamique et de rendements substantiels, les marchés émergents présentent de nombreux atouts pour les investisseurs. La dette émergente concentre les opportunités, aussi bien dans le compartiment souverain que dans celui des obligations d’entreprises.

Les obligations émergentes, autrefois discrètes dans le vaste univers du marché obligataire mondial, sont de nos jours incontournables. « La dette émergente affiche une valeur de marché supérieure à celle des obligations à haut rendement européennes et américaines réunies, soit 3 000 Mds$ », souligne ainsi Marc Olivier. Ce montant ne représente pourtant encore que 3% de l’ensemble du marché obligataire mondial, estimé à 100 000 milliards de dollars. Son succès auprès des investisseurs ne fait donc encore que commencer.


Les économies émergentes deviennent matures
 

« L’essor de la dette émergente doit beaucoup à la croissance du marché des obligations quasi-souveraines, émises par des entreprises présentant des liens étroits avec un Etat, comme Petrobras au Brésil ou Pemex au Mexique » explique Marc Olivier, pour qui le segment « souverain » et le segment « corporate » sont souvent liés lorsqu’il est question de dette émergente. Sans surprise, cet essor tient donc aussi à l’amélioration des fondamentaux économiques de ces pays, qui ont gagné progressivement en robustesse et en maturité. « Il y a désormais beaucoup moins de risque de contagion entre les différents pays émergents. On a pu le voir ces dernières années avec l’absence de contagion de la crise argentine aux autres pays d’Amérique latine », rappelle Marc Olivier.

Autre changement de paradigme : l’inflation est devenue parfaitement maîtrisée dans la plupart des pays concernés. En Chine, en Inde et au Brésil, l’indice des prix à la consommation évolue autour de +3% par an, un chiffre à rapporter aux rendements de la dette souveraine, pouvant atteindre 6 à 7% par an pour une échéance à 10 ans. Pour les investisseurs européens, cantonnés aux taux négatifs, ces titres font donc figure d’oasis de rendement au milieu du désert.

Enfin, l’absence d’un quelconque risque de surchauffe économique et de dévaluation monétaire permet aux banques centrales d’abaisser leurs taux directeurs. « 52 banques centrales dans le monde ont désormais un biais accommodant. Cette situation est particulièrement favorable pour les pays émergents et les détenteurs de dette émergente », poursuit Marc Olivier. La baisse des taux permet en effet de revaloriser les titres détenus en portefeuille par les investisseurs.


La connaissance des pays reste primordiale

Pour autant, tous les pays émergents ne se valent pas et tous les emprunteurs non plus. Réaliser un travail d’analyse attentif reste donc essentiel pour identifier les émetteurs les plus attractifs.

« La diversité de la dette émergente nécessite une fine connaissance de ces pays. La génération de surperformance avec la dette émergente dépend de plus en plus de l’analyse des politiques de chaque pays et de l’évaluation de l’influence que les réformes structurelles exercent sur les opportunités de placement »,
explique le directeur général France de Nordea AM. Ces informations sont parfois obtenues en se rendant directement sur le terrain, de manière à effectuer des visites d’entreprises et des rencontres de responsables. C’est ainsi que peuvent être découvertes des opportunités insoupçonnées et que certains risques peuvent être évités dans la construction des portefeuilles.


La clé du succès réside dans la méthode de gestion

Le succès d’une stratégie d’investissement sur les marchés émergents passe non seulement par un excellent accès à l’information, mais également par une méthodologie de gestion robuste. « L’approche bottom-up est primordiale sur ce segment de marché. Les émetteurs doivent être sélectionnés au cas par cas », explique Marc Olivier. À titre d’exemple, « Nos analystes examinent les fondamentaux des émetteurs quasi-souverains comme s’il s’agissait d’entreprises, mais évaluent également les liens avec l’Etat en question, notamment juridiques, pour évaluer la nature du soutien souverain envers l’entreprise ».

Enfin, l’investissement sur les marchés émergents implique une gestion des devises, avec une question en ligne de mire : faut-il se couvrir, ou non, contre les variations de change ? La réponse apportée est souvent primordiale, comme l’a montré l’année 2018 où certaines devises ont connu de forts soubresauts, notamment le peso argentin ou la lire turque. À l’inverse, dans certains pays, notamment asiatiques, la question se pose moins du fait de la plus grande stabilité des devises.

La dette émergente constitue donc l’un des segments d’investissement les plus attractifs, mais également les plus complexes pour effectuer les choix adéquats. L’important est dès lors d’identifier les bons gérants pour se laisser guider avec sérénité sur ces marchés.

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