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BRICS, la fin d’un acronyme?

Qu’est devenu le fameux acronyme des BRIC ? L’essor et la chute de ce terme employé dans le jargon financier - et autrefois omniprésent - en disent long sur la façon dont les marchés émergents ont évolué au cours des dernières années.


Une analyse de Newton IM -BNY Mellon Investment Management-

Si certains investisseurs avaient encore besoin de preuves montrant l’inéluctabilité du changement, il suffirait de s’attarder sur le sort réservé à l’acronyme jadis galvaudé dans l’industrie de l’investissement.

Les BRICS dénotaient, au sein de l’univers des marchés dits « émergents », les économies du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine.

Inventé en 2001 par le chef économiste de Goldman Sachs, Jim O'Neill, le terme a pris de l’ampleur au cours de la décennie suivante : il devait sa popularité à l'hypothèse que ces quatre pays émergents joueraient un rôle de plus en plus dominant au sein de l'économie mondiale. Avec environ 40% de la population mondiale et 25% de la masse terrestre mondiale, cette logique relevait d’une simple évidence à l’époque. Alors que le grand rallye des matières premières prenait son envol, tout était possible pour les BRIC, du moins en théorie.

Deux décennies plus tard, force est des constater que le terme « BRICS » brille aujourd'hui par son absence dans les discours financiers. Les trajectoires économiques de la Chine et de l'Inde restent encore au cœur du paysage économique mondial, mais qu’en est-il du Brésil, de la Russie et de l'Afrique du Sud ? Ces 3 derniers pays ne sont plus sur le devant de la scène.

La divergence des situations économiques des BRICS nous apprend tout ce que nous devons savoir sur la vitesse du changement dans les pays en développement. Des économies autrefois « frontières » en forte croissance ont mûri depuis 2001.

Si vous revenez deux décennies en arrière, les marchés émergents représentaient moins de 5% de l'univers des actions mondiales. Aujourd'hui, la capitalisation boursière de l'indice MSCI des marchés émergents est de l'ordre de 4 Mds$ américains, ce qui représente environ 10% de la capitalisation boursière mondiale. Il s’agit d’un véritable bouleversement structurel. Pourtant, de nombreux observateurs ont encore du mal à considérer les marchés émergents autrement que comme des marchés à haut risque et à forte croissance.

Le sort réservé à l’acronyme des BRICS est surtout révélateur d’une profonde divergence économique. Le resserrement des conditions monétaires aux États-Unis en 2013 y est pour quelque chose : il a provoqué une fuite des capitaux des actifs émergents vers les bons du Trésor américain tout en compliquant la vie aux détenteurs de dette libellée en dollars US, surtout à ceux qui, comme l'Inde et le Brésil, ne disposaient pas de réserves de change importantes.

Plus tard, les événements géopolitiques ont également joué un rôle. Pour la Russie, le conflit ukrainien et l'annexion de la Crimée ont déclenché des sanctions internationales. Pour le Brésil, le scandale Petrobras et la destitution de la présidente Dilma Rousseff ont aussi largement contribué à ternir l’image d’un pays émergent autrefois perçu comme progressiste. Pendant ce temps-là, l'Inde et la Chine ont poursuivi leur ascension fulgurante. L'élection du Premier ministre indien Narendra Modi a marqué le début d'une ère de réformes en faveur de l’économie de libre marché qui a renforcé la crédibilité internationale du pays et favorisé les investissements étrangers.

En Chine, la capacité de l'État central à mettre en œuvre un atterrissage en douceur de l’économie après la crise financière mondiale tout en poursuivant l'expansion économique à coups d’endettement lui a permis de dépasser les autres marchés émergents. La Chine est devenue la locomotive et la force motrice des anciens BRICS, représentant une pondération au sein de l’indice toujours plus importante.

La composition même de l'indice MSCI Marchés émergents est le reflet de cette divergence. Le poids du Brésil dans l'indice est passé de 13% (en dollars US) en 2008, alors que les pays « BRIC » étaient alors à la mode, à seulement 7,5% en 2019. La Russie et l'Afrique du Sud ont connu des chutes équivalentes. En revanche, le poids de l'Inde est passé de 6,5 à 9,4%.

Bien des choses ont changé depuis l’apparition des BRICS dans les lexiques financiers en 2001…

 

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