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ER - Analyses de marchés
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Les marchés obligataires émergents affichent de meilleures perspectives 

L’environnement macroéconomique devrait s’avérer globalement moins hostile qu’en 2018 pour les marchés émergents. Toutefois, les investisseurs devront rester attentifs à plusieurs catalyseurs, au premier plan desquels l’évolution des perspectives économiques en Chine et des tensions commerciales entre le géant asiatique et les Etats-Unis.

A la lecture des fondamentaux, les risques d’un coup d’arrêt de la croissance économique dans les pays émergents s’estompent. La croissance du PIB des pays émergents se stabilise (avec un taux proche de 5% en 2019), tandis que l’on observe une amélioration générale des déficits des comptes courants depuis six ans. « Le potentiel de hausse reste toutefois limité. Les indices d’activité PMI affichent une dynamique modérée, à l’exception de quelques pays comme l’Inde, le Brésil ou le Mexique », nuance Josipa Markovic, Economiste marchés émergents chez Swiss Life AM.

Les données conjoncturelles récentes indiquent une baisse des tensions inflationnistes. En 2018, les pays émergents ont resserré leur politique monétaire en réaction au durcissement engagé par la Fed, ce qui a conduit à un renforcement de leurs devises. « Ce mouvement, associé à la chute des cours pétroliers, a soutenu la baisse de l’inflation globale et sous-jacente qui est aujourd’hui visible dans les chiffres », analyse Josipa Markovic.

Les pressions inflationnistes étant plus faibles, les banques centrales des pays émergents ont davantage de latitude pour un positionnement plus accommodant, à l’image de la banque centrale indienne qui a abaissé ses taux directeurs en début d’année.

« En Inde, le redressement de la croissance se poursuit. Le faible déficit de la balance courante et la baisse de l’inflation participent à la robustesse macroéconomique du pays ». Le consensus table sur une croissance à 7,3% cette année. « Mais attention, le risque politique peut peser sur l’économie avec les élections législatives d’avril-mai », prévient-elle. Au Brésil et en Russie, la reprise économique se poursuit aussi après les récessions de 2015/2016. « La Russie se distingue désormais par une situation extérieure et budgétaire solide. La balance courante est devenue excédentaire », souligne Josipa Markovic.


Chine : réorientation des mesures de relance pour stabiliser la croissance

En Chine, la tendance qui prévaut est celle d’une stabilisation économique. L’indice PMI manufacturier est repassé récemment au-dessus des 50 points, tandis que le niveau des importations-exportations reste relativement bas. « En 2018, le pays a enregistré son taux de croissance le plus bas depuis 30 ans. Le conflit commercial avec les Etats-Unis a pesé sur la confiance des entreprises et des investisseurs ». La politique économique du gouvernement était particulièrement orientée vers le désendettement ces derniers trimestres, ce qui a également pesé sur le taux de croissance. Mais de premiers signes de stabilisation sont perceptibles depuis peu. « Les mesures de relance étatiques sont davantage ciblées sur la croissance depuis le début d’année et la banque centrale joue la carte de l’assouplissement monétaire pour éviter un ralentissement économique brutal ».

Sur la scène internationale, la « guerre » commerciale sino-américaine demeure le facteur de risque le plus conséquent. La résurgence du conflit sur les droits de douane s’est matérialisée par l’entrée en vigueur récente d’une augmentation de la taxation des produits chinois, importés par les Etats-Unis. 200 Mds$ de produits chinois seront ainsi taxés à 25% (contre 10% jusqu’ici). « Les Etats-Unis menacent d’aller encore plus loin en appliquant potentiellement ce taux à l’ensemble des importations provenant de Chine, soit environ 500 Mds$ de biens. Cela ressemble à une stratégie de négociation de Donald Trump, pour parvenir in fine à un meilleur accord commercial avec la Chine. Mais une nouvelle escalade des droits de douane et une rupture des négociations entre les deux puissances n’est, à ce stade, pas exclue », analyse-t-elle.

Un tel scénario aurait des conséquences négatives directes sur les industries exportatrices chinoises, alors que ce conflit entretient le climat d’incertitude chez les investisseurs. « Cela pourrait entraver l’investissement et ralentir la croissance économique en Chine, dans les pays émergents et à l’échelle mondiale », soutient Josipa Markovic.


Dette émergente : identifier les facteurs
de différenciation

En dépit des contreperformances des marchés obligataires émergents en 2018, l’équipe de Swiss Life AM juge la classe d’actifs attrayante. Ces obligations bénéficient de facteurs fondamentaux et techniques favorables, tandis que les rendements affichés demeurent élevés en termes relatifs. « La position plus accommodante des banques centrales et le repli du dollar vont soutenir les actifs des marchés émergents. Par ailleurs, les taux de défaut des émetteurs restent faibles, de l’ordre de 3% », affirme Rishabh Tiwari, Gérant dette émergente chez Swiss Life AM.

Pour autant la sélectivité géographique et par émetteur reste de mise, avec quelques critères de différenciation bien spécifiques qui influencent les performances des dettes émergentes. La faible dépendance au financement en dollars ou le soutien des banques centrales nationales sont ainsi discriminants, selon Rishabh Tiwari : « Nous apprécions les pays dont la balance courante est robuste, dont l’économie est soutenue par l’investissement public ou qui affichent une solide base d’investisseurs locaux. »

En termes de sélection des titres, l’équipe de gestion investit principalement dans des obligations de catégorie Investment Grade libellées en devises fortes et apprécie, notamment, les émetteurs dont l’activité revêt un caractère stratégique pour l’Etat.

Enfin, pour les investisseurs souhaitant limiter leur exposition au risque de taux, il peut être intéressant de réduire la duration des obligations des marchés émergents. « Cela a plusieurs avantages, entre résilience en cas de hausse des taux d’intérêt, moindres coûts de transaction et moindre volatilité, la performance provenant davantage des coupons que des variations des prix », conclut Rishabh Tiwari.   

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