Connexion
/ Inscription
Mon espace
ER - Analyses de marchés
ABONNÉS

Le point de marché mensuel de Michel Lemosof

Les gérants s’attendent à un bon millésime boursier 2019

Comme soulagés par le rebond des marchés de début d’année, les gestionnaires d’actifs financiers redoublent d’ardeur dans la diffusion de commentaires de marché et de prises de position. D’où il ressort que la politique et les banques centrales mènent le bal. L’ambiance est plutôt à l’optimisme.

Reflation financière

La Réserve fédérale américaine a donné un nouveau coup de pouce à l’humeur du marché en annonçant son intention de freiner la réduction de son programme d’assouplissement quantitatif. L’approche de la Fed a été saluée par les investisseurs, qui redoutaient que la poursuite des hausses de taux et la contraction du bilan de la banque centrale des Etats-Unis ne mettent fin au cycle américain et n’assèchent les liquidités.

« En Europe, déclare César Pérez Ruiz, responsable des investissements chez Pictet Wealth Management, les données et indicateurs nous incitent à plus de prudence en matière d’actifs risqués. L’économie allemande a évité de justesse la récession au quatrième trimestre, alors que l’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier allemand a plongé en territoire de contraction, à la suite d’un repli des exportations. La situation est toutefois meilleure sur le marché intérieur, le PMI du secteur des services s’étant fortement redressé depuis le début de l’année. C’est le contraire pour la France, deuxième économie de la zone euro. Le PMI du secteur manufacturier français est repassé en territoire d’expansion en février. En raison de ces signaux contradictoires, indique le professionnel, nous demeurons prudents et neutres à l’égard des actions mondiales. »

Depuis la fin de l’année dernière, les conditions financières s’améliorent, du fait de l’interventionnisme exacerbé des banques centrales, alors que certains misaient fin 2018 sur trois rehaussements des taux directeurs américains en 2019. « La Réserve fédérale, confirme Jean-Jacques Ohana, responsable de la gestion d’actifs chez Ycap Asset Management. La Banque centrale européenne envisage de reprendre les TLTRO [Targeted Long Terme Refinancing Operations], tandis que la Banque populaire de Chine a abaissé le taux de réserve obligatoire des banques chinoises à deux reprises. En janvier, les nouveaux prêts bancaires ont atteint un record mensuel. » Les banques centrales abattent toutes leurs cartes pour sauver l’économie mondiale de la récession. Leur interventionnisme permet de détendre les niveaux d’aversion au risque, comme en témoignent la baisse de la volatilité sur les actions, les matières premières et les devises ou la détente des spreads de crédit aux Etats-Unis et en Europe. Cette reflation financière s’illustre aussi par le taux allemand à 10 ans, proche de ses plus bas niveaux, autour de 10 points de base.

Bulle de complaisance

« Les marchés d’actions, poursuit Jean-Jacques Ohana, anticipent une reprise de la croissance mondiale, tandis que les marchés obligataires anticipent une politique monétaire encore plus accommodante. Aux Etats-Unis, le marché tablent sur une baisse du taux directeur de la Réserve fédérale au cours des douze prochains mois. Une situation inédite depuis 2008 ! Dans le même temps, les marchés d’actions américaines progressent fortement dans un contexte de chute modérée des bénéfices anticipés. Cette situation traduit une expansion des ratios de valorisation des marchés actions. Dans un contexte d’endettement privé à des niveaux records et de vulnérabilité des marchés du crédit, auquel s’ajoutent des risques de tension commerciale entre les Etats-Unis et l’Union européenne, nous maintenons un biais global prudent qui fait fi de la bulle de complaisance créée par le sauvetage gratuit des banques centrales. »

Tous les gérants soulignent que les investisseurs ont été rassurés par les discours des banques centrales et par la détente des rendements américains, le 10-ans étant revenu à 2,6 % (après avoir culminé à 3,2 % en novembre 2018). Cela dit, si elle reste assez forte aux Etats-Unis, la croissance préoccupe en Europe : la production industrielle en Allemagne a baissé de 3,9 % en un an, Bruxelles a révisé en baisse la croissance en zone euro à 1,3 % pour 2019 et la BCE paraît avoir peu de marge de manœuvre. En revanche, la situation s’améliore en Asie et plus particulièrement en Chine. Beaucoup de professionnels font observer que le risque politique persiste, avec le conflit commercial sino-américain et le Brexit. « Dans ce contexte, déclarent les responsables de Mansartis, nous restons sous-exposés aux actions et réduisons notre exposition en Europe, au profit de l’Asie et des Etats-Unis. » Du côté du crédit, ils privilégient les échéances courtes d’entreprises bien notées.

François-Xavier Chauchat, responsable du cadrage macroécononomique et de l’allocation d’actifs chez Dorval Asset Management, est plus nuancé sur l’Europe : « Nous pensons qu’il est possible d’espérer une reprise, sauf choc de grande ampleur, et que la BCE n’hésitera pas à intervenir si nécessaire. Les investisseurs sont inquiets, comme l’indique la faible valorisation des actions européennes les plus liées au cycle domestique. Les arguments en faveur du scénario de reprise nous paraissent pourtant solides. Nous partageons la vue de ceux qui estiment qu’une partie de ralentissement a des causes temporaires. La situation en Italie est moins catastrophique qu’on ne le dit souvent. Certains indicateurs clés de l’économie domestique restent fermement dans le vert, comme la confiance des consommateurs, le climat des affaires dans la construction ou les conditions de crédit aux ménages et aux entreprises. Avec des politiques fiscales et salariales plus favorables, des taux d’intérêt extrêmement bas, des prix du pétrole plus modérés et un euro plus compétitif, il est difficile d’être morose sur la croissance européenne. » François-Xavier Chauchat recommande d’investir dans la consommation, dans les obligations d’entreprises et dans les actions sensibles à la baisse de l’euro.

Stade avancé du cycle

Chez Pimco, Erin Browne, Geraldine Sundstrom, managing directors, et Mihir Worah, chief investment officer, relèvent que le consensus, qui considérait jusqu’ici que l’expansion aux Etats-Unis se poursuivrait probablement dans un avenir proche, considère désormais que le cycle économique est à un stade avancé. « Nous considérons, confirment-ils, que nous sommes toujours à un stade avancé du cycle économique, et non en fin de cycle. Cependant, cela appelle une approche de l’investissement sensiblement différente de celle qui a prévalu au cours des dix dernières années, qui consistait généralement à accroître l’effet de levier et à maximiser les positions longues dans chacune des classes d’actifs, les faibles valorisations de départ conjuguées au soutien des banques centrales et à la poursuite des gains d’efficacité ayant dopé les cours des actifs. Plusieurs facteurs sont en train de s’inverser. Il convient de se montrer plus sélectif et plus prudent dans ses investissements. »

Le ralentissement économique se poursuit et les points de fragilité ne manquent pas. « Dans la litanie des incertitudes politiques et l’Europe et aux Etats-Unis, jusqu’à la problématique du surendettement dans un contexte nouveau d’affaiblissement de la croissance, les marchés pourraient largement trouver de quoi justifier le retour à la prudence, ajoute Didier Saint-Georges, managing director, membre du comité d’investissement chez Carmignac Gestion. Néanmoins, cette réalité peu encourageante est adoucie par un scénario central qui s’est objectivement apaisé par rapport à l’année dernière : les marchés ont pris acte du ralentissement économique en cours, de même que les banques centrales, affranchies désormais de leur engagement de normalisation monétaire à marche forcée. Les investissements thématiques (santé, compagnies aériennes à bas coûts…) restent au cœur de notre stratégie de génération d’alpha. »

D’après Keith Wade, chef-économiste chez Schroders, une grande partie des mauvaises nouvelles a déjà été intégrée par les marchés. « Cela ne garantit pas des rendements positifs en 2019, mais cela signifie, ajoute-t-il, que les marchés sont mieux positionnés en cas de déception et, donc, potentiellement plus résistants aux chocs qu’ils ne l’étaient l’an dernier. » Pour Jeroen Blokland, gérant de portefeuille chez Robeco, les indicateurs de récession sont surestimés. Même si elles n’atteignent pas 10 %, les croissances de résultats bénéficiaires resteront très appréciables (au moins 5 %). Ce qui justifierait de nouvelles progressions de cours des actions. Avec les dividendes (plus de 3 %), le risque paraît convenablement rémunéré. Selon Swiss Life Asset Managers, les perspectives des différentes classes d’actifs s’avèrent assez hétérogènes. Les marchés d’actions, en raison de valorisations redevenues attractives, d’un potentiel de rendement comparativement limité pour les obligations et de l’illiquidité des autres classes d’actifs, devraient être les mieux orientés. On ne saurait mieux dire !

Michel Lemosof

Lire la suite...


Articles en relation