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Quand les grands groupes étouffent les start-up

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Par Annie Combelles, Président Fondateur Inspearit

Pour beaucoup de grands groupes, la start-up constitue un fantasme, une sorte de paradis perdu de l’esprit d’entreprise. Un idéal qui apparaît surtout comme un révélateur de leurs propres lacunes.
Après avoir focalisé pendant des années leurs efforts sur l’optimisation des processus et la réduction des coûts pour relever les défis de la globalisation, lesgrandes entreprises manquent en effet des capacités pour faire face à ceux de la transformation digitale. Désormais, les maîtres-mots sont l’agilité, la rapidité, l’innovation. Autant de vertus caractéristiques des start-up et dont les grandes structures manquent cruellement. Aussi voit-on se multiplier toutes sortes d’initiatives de la part de grands groupes pour se rapprocher de start-up, dans l’espoir de réchauffer leurs vieux os à leur contact.

Au-delà des collaborations ponctuelles dans le cadre d’un projet ou d’une démarche d’open innovation, on peut relever 4 grandes formes de rapprochement :
- l’acquisition
- l’incubation
- l’entrepreneuriat
- l’essaimage

Dans ces 4 cas, qui correspondent à des stades de développement différents, la start-up entre dans l’orbite très proche de son chaperon. Elle intègre ses locaux, profite de ses ressources, bénéficie de son expertise. En échange de cette proximité bienveillante, l’entreprise espère quant à elle capter la vitalité et la créativité qui lui font défaut.

Pourtant, aucun de ces modèles ne semble s’imposer. Il y a peu d’études concluantes sur le sujet, peu de bonnes pratiques identifiées, peu de vrais succès dans la durée. De même, on ne lit guère de communication sur les succès ou les retombées d’initiatives pourtant fréquemment annoncées en fanfare. Cela ne signifie pas qu’elles se soldent par des échecs, mais, réussies ou non, elles semblent tout simplement ne plus susciter d’attention particulière, comme si elles s’étaient fondues dans la normalité de l’entreprise. L’exceptionnel est devenu « business as usual ». Et c’est précisément là que se situe l’écueil principal de ces rapprochements : que la start-up perde ce qui fait sa spécificité - la passion, le risque, l’indépendance… - à cause d’un environnement inadapté. Et l’association, que l’on imaginait gagnant-gagnant, devient finalement perdant-perdant. Un exemple : dernièrement, la presse se faisait l’écho de la forte baisse de valeur de PriceMinister, avalé par Rakuten en 2010, ainsi que de la grande indécision des créateurs encore présents quant à leur futur [Le Monde, 17 fév. 2016 : « PriceMinister : la greffe japonaise n’a pas pris »].

Définir le modèle idéal de patronage va donc consister à trouver la bonne distance d’interaction. Ni trop éloignée, pour que l’influence mutuelle demeure. Ni trop proche, pour éviter que la start-up ne dépérisse sous les contraintes ou, au contraire, ne s’assoupisse dans un cocon confortable. Il faut parvenir à susciter et entretenir la passion, l’émulation et la prise de risque qui sont le carburant des start-up, quitte, par exemple, à mettre deux équipes en concurrence sur un même sujet. Il faut amortir le choc des cultures en épargnant à la petite structure les lourdeurs de la grande : réunions, reporting, procédures d’achat, de sécurité, de communication, RH, etc.

Du côté du grand groupe, il faut ouvrir l’œil, changer la mentalité, se défaire de son « arrogance » et trouver les mécanismes internes qui vont engendrer passion, émulation et compétitivité. Enfin, il faut dès l’origine prévoir l’atterrissage, aussi bien en cas de succès que d’échec :
- quel devenir pour les collaborateurs ?
- et pour la propriété intellectuelle ?
- quel intéressement ?
- quelle intégration des produits et des services ?
Non seulement ce seront inévitablement des questions à régler, mais aussi des points qui, laissés dans le doute, peuvent s’avérer démobilisateurs, voire anxiogènes.

Car, en définitive, l’entreprise ne doit jamais oublier que les qualités qu’elle recherche dans une start-up ne sont pas inhérentes à son statut, mais aux talents qui la composent et à la niaque de ses fondateurs, prêts à déplacer des montagnes. Les étouffer ou les brider dans une étreinte trop contraignante, c’est donner à coup sûr à la pépite naissante le baiser de la mort. La start-up est avant toute chose une aventure humaine, et cette dimension doit rester le pivot de la relation.

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