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Fed : plus inquiète qu’il n’y paraît

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Par Marc-Antoine Collard, Chef économiste et  Responsable de la recherche chez Rothschild & Cie Gestion

Sans grande surprise, la Fed a opté pour le statu quo en décidant de maintenir son taux directeur inchangé. Si la tendance de l’activité reste favorable, le diagnostic de l'économie américaine était suffisamment incertain pour marquer une pause dans un processus de normalisation qui s’annonce très graduel. D’un côté, les dépenses de consommation évoluent à un rythme modéré et le secteur immobilier demeure un facteur de soutien. En revanche, des faiblesses subsistent : l'investissement des entreprises reste atone, mais surtout les exportations américaines sont mal orientées. En outre, la détérioration des perspectives économiques mondiales ainsi que le durcissement des conditions financières ont amené les membres de la Fed à abaisser - encore une fois - leurs prévisions de croissance du PIB américain.

Les conditions préalables pour la poursuite du resserrement de la politique monétaire restent les mêmes : la Fed doit être raisonnablement confiante dans le fait que le taux d’inflation convergera vers son objectif de 2% sur le moyen terme et qu’elle aura constaté une amélioration supplémentaire du marché du travail.
Sur ce dernier point, les récentes statistiques du marché du travail montrent que l’accélération du rythme de croissance des salaires se fait toujours attendre, ce qui semble, en partie du moins, corroborer l’existence d’une sous-utilisation des ressources dans le marché du travail. Quant au taux d’inflation, les membres de la Fed ont minimisé sa hausse récente, estimant que des facteurs temporaires en étaient vraisemblablement responsables. Les prévisions d’inflation pour 2016 ont même été abaissées et celles pour 2017 et 2018, inchangées.

Bref, la Fed a décidé de jouer la prudence, et si sa présidente Janet Yellen s’est voulue rassurante, il n’en demeure pas moins que l’inquiétude a indéniablement augmenté. Il ne faut donc pas s’étonner que le conseil monétaire ne prévoit plus 4, mais seulement 2 hausses du taux directeur en 2016. Les projections de resserrement pour les années subséquentes ont également été révisées à la baisse.

Au final, le discours beaucoup plus accommodant que ce qui était anticipé s’est traduit par une baisse du dollar. Sur ce point, il faut souligner que le taux de change est devenu un outil primordial de transmission de politique monétaire tant du côté de la BCE que de la Banque du Japon. En ce sens, la posture très accommodante de la Fed signifie une pression qui renforce le besoin de maintenir - voire de bonifier davantage - les programmes qui ont été mis en place par ces banques centrales.

Pour les pays émergents, la dépréciation du dollar devrait faciliter le service de la dette de nombreux acteurs privés. En effet, dans son dernier rapport, la Banque des règlements internationaux (BRI) a rappelé les risques liés à la forte hausse de l’endettement dans la plupart des pays émergents, alors que la dette libellée en dollars occupe une place de premier plan dans cette hausse.

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