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Le dilemme des investisseurs

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L’équipe spécialiste de BlackRock analyse les tendances actuelles de la gestion diversifiée


Des forces inédites dans un monde imprévisible

Aujourd’hui, une grande partie des forces qui influencent les marchés mondiaux sont inédites. Qu’il s’agisse de la réponse des banques centrales à la crise financière, des nouvelles restrictions réglementaires ou de la montée en puissance de nouvelles technologies déstabilisantes, l’histoire n’est d’aucune utilité pour anticiper leur impact. Dans ce contexte, les investisseurs ont élaboré deux scénarios concurrents : une version optimiste, avec une reprise lente, typique des périodes d’après crise, s’accompagnant d’une révolution technologique porteuse, et une version pessimiste, où la stagnation à long terme découle d’un déficit chronique d’investissement et de consommation à l’échelle mondiale.


Impossible de se fier aux données

Les données sont ambiguës et pourraient étayer les deux scénarios : la faiblesse des taux d’intérêt à long terme et des cours des matières premières pourrait présager d’une déflation autant que d’un retour à une croissance solide avec une inflation faible. De même, l’impact de la technologie pourrait tout aussi bien entraîner des suppressions d’emplois et une stagnation des salaires qu’une augmentation de la productivité et une progression de la création de richesse.
Ces données ont induit les investisseurs en erreur à plusieurs reprises : ils attendaient par exemple une poursuite de la faiblesse des cours du pétrole, alors qu’ils sont nettement plus élevés aujourd’hui qu’en début d’année. Inversement, ils pensaient que la croissance américaine allait continuer sur sa lancée, alors que les chiffres récemment publiés ont été moins bons que prévu. Cette déception a incité les investisseurs à tabler sur un premier relèvement des taux plus tardif que prévu aux États-Unis et a porté un coup d’arrêt à l’appréciation à long terme du dollar. Europe et Chine ont elles aussi dévoilé mois après mois des données en demi-teinte.


Dans ce contexte, investir est une gageure

Pourtant, nous pensons que de grands axes se dégagent. La croissance mondiale devrait se raffermir grâce à plusieurs facteurs de soutien : la baisse des cours du pétrole devrait soutenir le PIB à hauteur de 1 à 1,5% en fonction du niveau auquel ils se stabilisent, la reprise a débuté dans les principales économies avancées et le fait que l’inflation reste inférieure à l’objectif devrait être synonyme de report du durcissement monétaire. Même en Europe, où la crise a laissé derrière elle un endettement massif et un chômage élevé, des moteurs existent : assouplissement quantitatif, assainissement des bilans des banques, fin des politiques d’austérité et réformes structurelles.
Bien sûr, des menaces subsistent. La Grèce est toujours sur le point de faire défaut sur sa dette et un « Grexit » ne peut être exclu. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le retour à une politique monétaire « normale » sera un exercice périlleux, potentiellement source d’erreurs aux conséquences néfastes. En Chine, les dirigeants doivent rééquilibrer l’économie et réussir un atterrissage en douceur sans faire caler la croissance. Dans la zone euro, la liste des priorités est longue et si les promesses ne sont pas tenues, l’instabilité pourrait faire son retour.


Turbulences sur les marchés obligataires

N’oublions pas les récentes turbulences des marchés obligataires, qui ont atteint des niveaux généralement observés en période de crise majeure. Les raisons de cette volatilité sont notamment le niveau historiquement bas des taux d’intérêt, l’engorgement des positions, le déficit de liquidité (car les banques d’investissement ont réduit leurs activités de tenue de marché dans le secteur obligataire) et l’utilisation généralisée des modèles de risque par les institutions financières, ce qui les oblige à vendre lorsque la volatilité augmente.
Mais c’est probablement le fait que les investisseurs commencent à voir que l’assouplissement quantitatif pourrait aussi fonctionner en Europe qui explique la majeure partie du charivari obligataire. Dès qu’il a été clair que les menaces de déflation avaient été écartées et que la chute des rendements obligataires finirait par s’arrêter, les rendements négatifs qu’affichaient bon nombre d’obligations sont apparus anormaux et la correction de l’indice Merrill Lynch Move (qui illustre la volatilité du marché des bons du Trésor américain) s’est propagée aux marchés mondiaux.
Les marchés actions se sont révélés bien moins volatils. Les bourses des pays développés ont connu un rally aussi long qu’impressionnant, mais qui s’explique par l’optimisme vis-à-vis des résultats futurs des entreprises (sentiment qui pourrait être exagéré). Si les anticipations changent, les cours pourraient également subir une correction.


Perspectives : les dirigeants doivent réussir à viser juste

Que faut-il attendre de l’avenir ? Selon nous, les choses devraient s’améliorer en 2015 et dans les années à venir, mais le chemin promet d’être cahoteux. Les dirigeants doivent réussir à viser juste alors que les données économiques soufflent le chaud et le froid, ce qui augmente le risque d’erreur politique.
Sur les marchés obligataires, les taux à long terme restent extrêmement bas d’un point de vue historique, mais la situation peut s’inverser à tout moment. La normalisation pourrait se dérouler sans accroc, mais il faut une certaine dose de candeur pour imaginer que ce sera forcément le cas. Dans ce contexte de fébrilité, la flexibilité des positions sera la clé de la réussite.

https://www.blackrock.fr

 

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