Connexion
/ Inscription
Mon espace

[A l'écoute des gestions] Les obligations d’entreprises des marchés émergents sont-elles en mauvaise posture ?

ER - Analyses de marchés
ABONNÉS

Commentaire de Denis Girault, Responsable de la gestion obligataire émergente chez UBP

Malgré les vents contraires qui ont soufflé sur les économies émergentes – chute des prix des matières premières, dépréciation des devises des pays émergents face à l’USD, aggravation des tensions géopolitiques entre la Russie et l’Ukraine –, les marchés des obligations d’entreprises des pays émergents se sont finalement bien comportés durant les six derniers mois.

Certes, l’ETF iShares Emerging Markets Corporate Bond a cédé 5,50% sur six mois jusqu’à janvier 2015, mais cela n’est pas très représentatif de l’évolution réelle du marché. Les ETF ont souffert de sorties de capitaux de la part des investisseurs « retail » à la mi-décembre, alors que la liquidité de marché était faible, ce qui n’a fait qu’exacerber leur performance négative.

En réalité, le marché des obligations d’entreprises des pays émergents, tel que mesuré par l’indice JP Morgan CEMBI Diversified, a fini à -0,44% sur la période ; le segment « investment-grade », qui représente 70% du marché, a même affiché une hausse de 2,58% sur la période. Tandis que les émetteurs d’Ukraine et des pays exportateurs de pétrole les plus vulnérables, comme la Russie, ont sous-performé, plusieurs autres émetteurs ont au contraire enregistré de solides performances positives.

Le marché a en effet été soutenu par des afflux de capitaux stables de la part des investisseurs institutionnels, en particulier dans le segment « investment-grade ». Ces institutionnels constituent une source d’investissement plus mature et représentent aujourd’hui une part croissante du marché des obligations d’entreprises «investment-grade» émergentes; ils sont en effet attirés par des rendements supérieurs à ceux d’émetteurs américains ou européens présentant un risque de crédit similaire (et limité).

Les fondamentaux économiques globaux sont plus faibles qu’ils ne l’étaient il y a quelques années, mais le levier des entreprises au sein des pays émergents reste en moyenne inférieur à celui observé dans les marchés développés. Par ailleurs, les émetteurs ne sont pas tous impactés de la même façon. La vigueur du dollar a pénalisé les émetteurs les plus faibles qui sont confrontés à un net décalage entre des revenus en devise locale et une dette en USD. Cela a conduit à un repricing des risques, surtout pour les émetteurs «high yield», pour lesquels le coût de financement a augmenté.

En revanche, beaucoup d’autres émetteurs, en particulier sur le segment « investment-grade », sont des exportateurs. Ainsi, la force de la devise américaine n’a eu que peu d’incidence sur leur capacité à assurer le service de leur dette, et elle a même contribué, pour certains, à atténuer la chute des prix des matières premières, en limitant la baisse de leurs revenus en termes locaux. Pour ces émetteurs, les rendements sont restés plutôt stables, réduisant ainsi le risque de refinancement.

L’impact de l’effondrement des prix du pétrole ne devrait pas non plus être surestimé. En effet, 67% des pays compris dans l’indice JPM CEMBI Diversified sont des importateurs de pétrole. En 2014 déjà, les émetteurs de Turquie ou d’Inde ont surperformé.

Le secteur du pétrole et du gaz représente environ 14% de l’indice, mais ce segment est très diversifié. Les performances peuvent ainsi fortement varier entre les entreprises spécialisées dans l’exploration – directement pénalisées par la baisse du prix du baril – et celles centrées sur la distribution. A titre d’exemple, en décembre, lorsque le prix du brut a dévissé, les compagnies pétrolières en Inde et en Israël, notamment, ont été peu affectées et ont surperformé.

Par conséquent, il semble exagéré d’affirmer que la dette des entreprises des marchés émergents est, dans son ensemble, sur une tendance négative. Cet univers est en effet largement diversifié, avec des entreprises bien orientées et d’autres en plus mauvaise posture. A l’heure où l’environnement global paraît devenir moins favorable, il sera cependant d’autant plus nécessaire de suivre une gestion active, combinée à une analyse de crédit rigoureuse et approfondie.

En outre, la diversification restera déterminante pour protéger les portefeuilles face aux événements de crédit imprévus. Dans ces conditions, nous pensons que les obligations d’entreprises «investment-grade» des marchés émergents continueront d’offrir cette année des opportunités d’investissement attractives pour les investisseurs à la recherche de rendement mais souhaitant toutefois un risque de crédit limité.

www.ubp.com

 

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

Lire la suite...


Articles en relation

ER - Analyses de marchés
ABONNES
Le point de marché mensuel de Michel Lemosof

Les marchés face à une liquidité réduite et à une volatilité augmentée La direction des marchés ne correspond pas toujours à celle qu'attendent les investisseurs. Avec l'accalmie sur le front de la guerre commerciale sino-américaine, un mieux semblait se dessiner, mais l'arrestation de la directrice financière de Huawei a jeté le trouble. Le groupe chinois serait soupçonné d'avoir enfreint les sanctions américaines contre l'Iran… Des actifs pestiférés « Deux préoccupations majeures se sont...

ER - Analyses de marchés
ABONNES
Les conséquences du Brexit pour le secteur financier français et européen

Extrait du discours de François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et Président de l'ACPR. Mesdames et Messieurs, … Je salue l'accord qui a été trouvé la semaine dernière entre les négociateurs européens et britanniques et nous espérons tous que celui-ci franchira les prochaines étapes jusqu'à sa finalisation. Mais dans un contexte encore incertain, la prudence s'impose : même si nous ne la souhaitons pas, nous devons aussi nous préparer à faire face à une situation...

ER - Acteurs du secteur financier
ABONNES
[Les entretiens d'Esteval] Bruno Colmant, Degroof Petercam

« Nous devons retrouver une économie solidaire et basée sur l'intérêt général » Débats télévisés, émissions de radio, couvertures de presse : le livre de dialogue entre Bruno Colmant, chef économiste de Degroot Petercam, et le prêtre Eric de Beukelaer, ancien proche collaborateur du cardinal Lustiger à Rome, fait un carton en Belgique (1). Il est vrai que leur conversation aborde des sujets qui nous concernent tous, au croisement de la morale et de l'économie. « Le capitalisme anglo-saxon...

ER - Patrimoine et placements
ABONNES
[Abonnés] Notre sélection de fonds de boutiques

Notre liste de fonds de boutiques victime du krach larvé sur les petites et moyennes valeurs Depuis le 4 juillet, notre liste de fonds de boutiques a reculé de 14,8 %. C'est la première fois qu'un repli aussi important est enregistré entre deux mises à jour. Les carnets d'ordres à la vente sur les petites et moyennes valeurs ont été très étoffés. Il s'agit d'un krach larvé. Il faut désormais voir au-delà de la vallée. Heureusement, personne n'investit en actions à trois mois… Les meilleurs...