Connexion
/ Inscription
Mon espace

[Tribune libre] Places, Départements, Régions, Stades : quand les noms partent en campagne

ABONNÉS

Par Bénédicte Laurent, Docteur en linguistique et Fondatrice de Namae Concept

Certains villages sont davantage connus pour leur nom original que pour leur place de l’église : comment ne pas sourire quand s’affichent les panneaux de Plurien, Nouillorc ou encore Vatan, qui a l’humour d’ajouter « tu reviendras ». Chaque nom de lieu, qu’il soit d’une place, d’une ville, mais aussi d’un département ou d’une région, révèle une histoire, des paysages et des stratégies.

À l’heure des élections départementales et de la fusion des Régions, au lendemain du changement de nom du parvis Georges Marchais pour Georges Mathé à Villejuif – douce transition sonore mais positionnement politique fort –, regardons de plus près ce qui se joue dans nos noms de campagnes géographiques, marketing et politiques.

Nommer, c’est donner forme et existence aux êtres, aux choses mais aussi aux territoires, quels qu’ils soient.
Choisir un nom relève donc d’un acte bien plus conséquent qu’il n’y paraît. Nommer un territoire permet de transférer et d’afficher ce que l’on souhaite investir comme valeurs. Le processus pour choisir le nom d’un nouvel espace qui vise à « réunir dans un même lieu » (écoles, places ou bâtiments d’une ville ; intercommunalités ou futures régions) doit être réfléchi et travaillé.

Un nom de lieu, un toponyme, fonctionne comme un système complexe qui relie une notion de délimitation géographique, mais également administrative, institutionnelle, culturelle et secristallise comme un blason sur un étendard.

Pour les « toponymes urbains », le choix du nom est une action pour rendre hommage, asseoir sa vision politique, transmettre des valeurs universelles, apolitiques, ou pour se référer à des moments d’Histoire, mais c’est également un moyen d’accorder au mieux l’activité du lieu et ce que véhicule le nom.

Aujourd’hui, nous voyons aussi l’essor d’une nouvelle tendance, qui conjugue économie et urbanisme, sous le nom – maladroit – de naming qui accole un nom commercial à un stade. Cette pratique de parrainage par le nom peine à s’installer en France, même si la pratique est grandissante dans les infrastructures sportives, ce serait principalement dû à la crise économique. On le voit encore aujourd'hui avec le futur stade de Lyon où le brainstorming se limite sûrement plus à des propositions financières qu'à une adéquation entre le nom et les valeurs que souhaite transmettre l'OL. Néanmoins, je ne pense pas que cette pratique aura le même succès que dans les pays anglo-saxons.

Les Français restent « d’irréductibles gaulois » attachés à la tradition. Notre culture tend à allier Histoire, valeurs et lieux ; le marketing n’est pas encore reconnu comme élément légitime à figurer dans notre Patrimoine. Pour autant, une métamorphose s’opère actuellement et il faut dorénavant accorder ces nouvelles tendances et veiller à une harmonie. Il est fini le temps où cohabitaient seulement la place de la mairie, l’école Victor Hugo et la rue de la république.

Les territoires évoluent, s’étendent et les cartes sont aujourd’hui composées d’école Pierre Perret, de place Bob Marley, de bâtiments aux noms plus variés que Séquoia, le RegencyComment gérer ces flux de nouveaux noms et ne pas s’y perdre, au sens propre comme au figuré ?

C’est aussi tout l’enjeu des futurs noms des nouveaux territoires régionaux : trouver l’équilibre pour que les nouvelles appellations soient le lieu de rendez-vous de plusieurs familles, aux cultures et à l’Histoire proches mais distinctes malgré tout. Il ne faut pas prendre cette démarche à la légère et j’espère que les responsables régionaux s’appliqueront à mettre en œuvre des étapes de choix et de transitions réfléchies et élaborées.

Choisir un nom clôture un cheminement, il symbolise l’achèvement et l’installation, magnifié généralement par une inauguration où l’on dévoile justement le nom. Ce processus est souvent sous-estimé et insuffisamment préparé.
Les méthodologies ne s’improvisent pas et les décisions – plus ou moins collégiales – ne suffisent pas toujours. Le nom est la mémoire de notre passé et la projection de notre futur. Le nom est le reflet d’un contexte géographique et socio-culturel, il doit s’intégrer autant dans l’existant que dans les projets futurs.

Nommer les nouveaux territoires est aujourd’hui une formidable opportunité de fédérer les habitants, et c’est le soin accordé à la méthode qui sera gage de réussite, comme il l’est pour le choixd’un nom pour une nouvelle école, un nouveau square et toute autre entité territoriale.

http://www.namaeconcept.com/

 

Lectures du moment, tribunes d'experts, management et entrepreneuriat...

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

Lire la suite...


Articles en relation

BE - Culture & Société
ABONNES
La nouvelle plateforme soClassiQ, un accès gratuit au répertoire de la musique classique et à l’opéra

Avec l'Intelligence Artificielle et la Data Science, soClassiQ met la musique classique à la portée du plus grand nombre et se positionne comme le site de référence en la matière. Après 2 ans de recherche et développement, la plateforme soClassiQ fait son entrée officielle dans le monde de la musique classique et de l'opéra. Grâce à la puissance de ses algorithmes et au travers d'une expérience utilisateur simple et épurée, soClassiQ donne accès :- à l'ensemble des œuvres du répertoire...

BE - Culture & Société
ABONNES
Les soft skills, des compétences déterminantes au cours des premiers mois de collaboration

Une étude* menée par le cabinet international de recrutement spécialisé Robert Half auprès de directeurs généraux (DG) et de directeurs financiers (DAF) révèle que 76% d'entre eux admettent avoir embauché un collaborateur qui ne s'intégrait pas à l'équipe.* Enquête réalisée auprès de 305 DG et 200 DAF en décembre 2017 en France. Les raisons évoquées et les mesures jugées les plus efficaces Rejoindre une organisation implique d'emblée de mettre en avant un panel de compétences à la fois...

BE - Culture & Société
ABONNES
« Solutions solidaires », plateforme de fabrique des solidarités nouvelles

Lancé par le Conseil départemental de la Gironde et ses partenaires, Alternatives économiques, l'Avise, la Fondation Jean-Jaurès, Harmonie mutuelle, Terra Nova, Up et Usbek & Rica, « solutions solidaires » c'est : - Une plateforme pour animer un large débat autour des solidarités nouvelles, et organiser un foisonnement d'idées, expériences et initiatives afin d'inventer ensemble les protections de demain.- Un rendez-vous annuel pour croiser, comparer et projeter vers l'avenir ces idées et ces...

ER - Acteurs du secteur financier
ABONNES
[Les entretiens d'Esteval] Bruno Colmant, Degroof Petercam

« Nous devons retrouver une économie solidaire et basée sur l'intérêt général » Débats télévisés, émissions de radio, couvertures de presse : le livre de dialogue entre Bruno Colmant, chef économiste de Degroot Petercam, et le prêtre Eric de Beukelaer, ancien proche collaborateur du cardinal Lustiger à Rome, fait un carton en Belgique (1). Il est vrai que leur conversation aborde des sujets qui nous concernent tous, au croisement de la morale et de l'économie. « Le capitalisme anglo-saxon...