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Actuellement, les gouvernements fortement endettés dissuadent leurs citoyens d’épargner

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Kevin Doran*, Chief Investment Officer au sein de Brown Shipley, filiale anglaise de KBL European Private Bankers, s'exprime sur le "rognage" monétaire des temps modernes.

Depuis 2008, les banques centrales abaissent les taux d’intérêt, qui sont à présent quasiment nuls, et ont recours à l’assouplissement quantitatif.  
Ces mesures ont pour objectif d’encourager les épargnants à mettre à profit leur capital, notamment par le biais d’actifs plus risqués, renforçant ainsi des investissements plus productifs pour les économies nationales que des tas de billets prenant la poussière sur un compte en banque.

Prenons l’exemple de l’Europe, où les taux d’intérêt ont fortement chuté au début de la crise financière, puis légèrement remonté en 2010, avant de diminuer encore plus et atteindre les planchers record d’aujourd’hui. Le coût du déclin des taux d’intérêt est réel et se calcule pays par pays.

Les personnes habitant dans les pays dont le taux d’épargne est relativement élevé, comme en Allemagne, ont été fortement pénalisées :
- en moyenne, entre 2010 et 2014, les Allemands ont versé un « impôt sur l’épargne » non officiel de 300€ par habitant ;
- les Espagnols, sur cette même période, – connus pour être de grands emprunteurs – ont reçu un « bonus au crédit » officieux de près de 1 150€ par habitant.

Cette redistribution continue des richesses se déroule presque partout dans le monde développé. Cette pratique n’est pas sans précédent, mais au cours de l’histoire, elle a souvent été considérée comme illégale. À certains moments de l’histoire, elle était perçue comme un crime si sérieux qu’elle était passible de la peine de mort.

À la fin du XVIIe siècle, à une période où les richesses étaient représentées par des métaux précieux, comme les pièces d’argent et d’or, les négociants peu scrupuleux rasaient littéralement les bords de ces pièces. Ils faisaient alors fondre ces rognures afin de créer de nouvelles pièces comme par magie.
Cette pratique, appelée « rognage », entraînait généralement de l’inflation. Pire encore, elle sapait la confiance du public dans la masse monétaire. Par conséquent, le rognage constituait un acte de trahison, un crime sanctionné par la peine de mort par pendaison et écartèlement.
Arrive Sir Isaac Newton, le célèbre physicien et mathématicien anglais. En tant que plus grand esprit de son époque, vivant à une période où près de 20% des pièces étaient fausses, Newton fut mandaté par l’Hôtel de la Monnaie britannique pour trouver une solution au problème du rognage.
La solution proposée par Newton fut la création du processus dit de « grènetis », qui consiste à graver de minuscules stries sur le bord des pièces afin que leur détenteur soit certain que le métal n’ait subi aucune altération. 

Si la pratique du rognage de pièces a été éradiquée, la création de monnaie comme par magie persiste toujours. C’est précisément ce en quoi consiste l’assouplissement quantitatif dont sont friands les gouvernements endettés.
Concrètement, les épargnants voient leurs pièces de monnaie rognées. Depuis 2009, le taux de rendement d’un compte épargne n’a pas suivi la même évolution que le taux d’inflation, comme expliqué plus haut à travers l’exemple de l’Allemagne.

Aujourd’hui, les gouvernements qui rasent métaphoriquement les comptes des épargnants, ne rassemblent plus assez de rognures pour eux ; à la place ils cherchent à utiliser ces gains mal acquis pour équilibrer leurs économies nationales… un équilibrage qui transfère les richesses des épargnants aux emprunteurs.

Il existe néanmoins un éventail de stratégies d’investissement qui peut être mis en œuvre pour minimiser les pertes et maximiser les gains potentiels. En premier lieu, il est important de garder à l’esprit que les banques centrales sont promptes à éviter le scénario de défaut souverain qui se produirait dans un contexte déflationniste, et feront tout ce qui est possible pour créer de l’inflation dans le monde réel.
Considérons alors les obligations, qui tout comme les comptes épargne proposent un taux de rendement fixe. Avec une inflation qui court le risque de passer au-dessus des taux d’intérêt de ces classes d’actifs, les investisseurs en obligations pourraient bien gagner de l’argent sur leurs investissements. 
Cependant, détenir de tels actifs conduirait à une perte du pouvoir d’achat. C’est finalement un défaut de paiement sous un autre nom.

C’est la raison pour laquelle les investisseurs doivent à présent détenir des classes d’actifs réels.
Dans ce cas-ci, une classe d’actifs « réels » représente tout type d’actifs à partir duquel les flux de liquidités générés augmentent au minimum en suivant le taux d’inflation.
Ainsi, par définition, les « hard commodities » comme l’or et l’argent ne représentent pas des actifs « réels » ; détenir de tels actifs ne crée pas d’autres flux de liquidités que les recettes d’une vente future. Et les flux de liquidités sont importants, au même titre que l’abolition de l’étalon-or en 1933.

Les classes d’actifs réels à privilégier sont les actions (notamment celles qui proposent un pouvoir de fixation des prix et des dividendes croissants) et l’immobilier (les propriétaires ayant la possibilité d’augmenter les loyers).

Pour dynamiser ce rendement, les investisseurs ne devraient pas seulement sélectionner de manière stratégique les opportunités de classes d’actifs, mais également prendre du recul pour voir au-delà de l’arbre qui cache la forêt.

En d’autres termes, alors que les personnes ont le choix entre payer un « impôt sur l’épargne » et recevoir un « bonus au crédit », les investisseurs à long terme devraient également penser à utiliser des crédits afin de financer des placements dans des actifs réels. 

Si ce conseil – évitez les impôts et acceptez les bonus – vous semble trop évident pour être juste, méditez sur cette dernière sagesse de notre ami Sir Isaac Newton : « La vérité se trouve dans la simplicité et non pas dans la multiplicité et la confusion des choses ».

 

*Le contenu de cet article et les points de vue énoncés sont ceux de l’auteur à la date d’écriture de ce document et sont susceptibles d’être modifiés. Cet article est d’ordre général.

 

http://www.brownshipley.com/

  

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

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