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27 milliards de dollars en trois ans pour des armes interdites

Comportement irresponsable des banques : 27 milliards USD investis dans la production d’armes à sous-munitions, tandis que l’utilisation de ces armes interdites continue en Ukraine et en Syrie.

Dans le monde, 151 institutions financières ont investi 27 milliards USD dans des entreprises de production d’armes à sous munitions entre 2011 et 2014, selon un rapport publié aujourd’hui par PAX (Pays-Bas), un membre de la Coalition contre les armes à sous-munitions (CMC). Ce rapport, intitulé « Investissements dans les armes à sous-munitions au niveau mondial : une responsabilité partagée », fournit des détails sur l’ampleur des investissements réalisés partout dans le monde par des banques, des fonds de pension et d’autres institutions financières dans la production de ces armes interdites.

Alors que la plupart des États reconnaissent que les armes à sous-munitions sont inacceptables en raison du risque humanitaire qu’elles font courir aux populations civiles, ces armes continuent d’être fabriquées dans un petit nombre de pays qui n’ont pas encore ratifié la Convention sur les armes à sous-munitions de 2008.

« Nous devons faire passer la vie avant les profits. Nous parlons d’une arme qui, aujourd’hui, tue des civils en Syrie et dans l’Est de l’Ukraine, et qui continue également de tuer au Laos, cinquante ans après son utilisation. Pourtant, des institutions financières ont investi 27 milliards USD, soit plus de deux fois le PIB du Laos, dans la production de cette arme interdite », a déclaré Amy Little, responsable de la campagne de la CMC.

Le nouveau rapport de PAX dresse la liste des institutions financières qui ont investi dans des producteurs d’armes à sous-munitions entre juin 2011 et septembre 2014. Son « Mur de la honte » montre que la majorité des investissements proviennent d’institutions implantées dans des États qui n’ont pas encore ratifié la Convention sur les armes à sous-munitions. Toutefois, des institutions basées dans des pays qui sont déjà parties au traité sont également citées. Or ces investissements vont à l’encontre de l’interdiction d’aider la production des armes à sous-munitions prévue par le traité. « L’Allemagne, l’Australie, le Canada, l’Espagne, la France, le Japon, le Royaume-Uni et d’autres pays qui ont adhéré à l’interdiction mondiale des armes à sous-munitions doivent légiférer sur le champ pour interdire toute forme d’encouragement à la production à l’étranger d’armes qu’ils ont rendues illégales », a précisé Amy Little.

À l’opposé, neuf États parties à la Convention (la Belgique, l’Irlande, l’Italie, le Liechtenstein, le Luxembourg, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, Samoa et la Suisse) ont tenu à montrer l’exemple en promulguant au niveau national des lois interdisant aux institutions financières publiques ou privées d’investir dans les armes à sous-munitions.

« Les armes à sous-munitions sont interdites par le droit international, et la plupart des pays les ont reconnues comme inacceptables. Pourtant,  des fabricants parviennent encore à faire financer leur activité. Les institutions financières devraient adopter des politiques strictes interdisant tout soutien à des entreprises participant à la production de ces armes prohibées », a déclaré Suzanne Oosterwijk, co-auteure du rapport de PAX.

Bien que le nombre d’institutions financières qui investissent dans la production d’armes à sous-munitions reste élevé, le rapport révèle qu’elles sont de plus en plus nombreuses à interdire cette pratique. Le rapport de 2014 montre en effet que soixante-seize institutions financières ont mis en place des politiques en matière d’armes à sous-munitions.  

L’utilisation récente d’armes à sous-munitions en Syrie et en Ukraine illustre bien la nécessité d’éradiquer ces armes de toute urgence. Le mois dernier, Human Rights Watch, membre de la CMC, a publié un article sur l’utilisation généralisée d’armes à sous-munitions dans l’Est de l’Ukraine, dans le cadre des affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles pro-russes. En Syrie, les civils représentent 97 % des décès enregistrés dans les zones où des armes à sous-munitions ont été utilisées depuis deux ans et demi.    

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