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[Point de vue] Où vont les banques privées italiennes ?

Par Cor Dücker, International Business Development Director, Suisse et Italie

Les banques privées ont toujours occupé une place importante en Italie sur le marché des produits financiers et du conseil financier par rapport à celle qu’elles occupent dans les autres pays de l’Union européenne. Les Italiens épargnent beaucoup et confient traditionnellement la gestion de la plus grande partie de leur épargne aux banques. C’est la raison pour laquelle les grandes banques italiennes ont beaucoup développé leurs activités de banque privée. Le secteur des banques privées a été au cours des dix dernières années le théâtre d’un phénomène de consolidation comparable à celui qui a touché l’ensemble du secteur bancaire en Italie.

Ce mouvement se poursuit comme en témoigne l’annonce récente de la fusion de Fideuram et de Intesa Sanpaolo Private Banking au sein du groupe Intesa Sanpaolo. Le rachat d’Antonveneta par Banca Monte dei Paschi fournit une autre illustration de cette tendance. Le secteur de la gestion d’actifs a été lui aussi le théâtre d’un phénomène de consolidation. Ce mouvement s’est traduit par une diminution des effectifs dans ce secteur. Les banques ont alors affecté à leurs activités de banque privée des spécialistes de l’investissement hautement qualifiés employés jusque- là dans leurs activités de gestion d’actifs. Les banques privées ont ainsi pu étendre leurs activités puisqu’elles pouvaient s’appuyer sur des collaborateurs plus nombreux et de plus haut niveau. Les spécialistes de l’investissement qui avaient comme clients les fonds de pension et d’autres investisseurs professionnels  ont maintenant comme clients des particuliers. La clientèle privée des banques italiennes bénéficie ainsi d’une qualité de service relativement élevée par rapport à celle que l’on trouve dans les autres pays de l'Union Européenne.

La clientèle privée présente traditionnellement en Italie une grande aversion au risque. Les Italiens privilégient pour cette raison les investissements en obligations. Les collaborateurs des banques privées sont la plupart du temps des professionnels hautement qualifiés : ils sélectionnent avec le plus grand soin les produits financiers avant de les commercialiser. C’est ce qui a permis aux banques privées italiennes de ne pas commettre d’erreurs et de ne pas en avoir fait commettre à leurs clients au cours des dernières années à la différence par exemple des banques privées suisses.

Il est intéressant de constater le profond changement de comportement de la clientèle privée en Italie. Les Italiens investissaient traditionnellement dans les emprunts d’Etat italiens. Ils n’hésitent plus aujourd’hui à diversifier leurs portefeuilles en investissant à l’étranger. Dans le même temps, les banques essayent de trouver des produits financiers offrant des rendements plus élevés que ceux proposés actuellement et qui sont jugés trop faibles par les clients. L’objectif n’est pas facile à atteindre étant donné l’aversion au risque des clients. Les clients sont de plus en plus nombreux à investir dans des fonds investis en obligations à performance absolue qui ont également rencontré beaucoup de succès en Grande-Bretagne. Mais cette tendance pourrait poser à l'avenir des problèmes aux banques italiennes. Les instruments financiers dans lesquels ces fonds sont autorisés à investir peuvent faire courir aux clients des risques qui n’apparaissent pas au premier abord.

Les banques privées italiennes se sont mises très vite en conformité avec la directive européenne sur les marchés d’instruments financiers, la directive MIF. Elles ont supprimé les rétrocessions sur les fonds détenus dans le cadre d’un mandat de gestion (« gestione patrimoniale »). Certains pays membres de l’Union européenne comme la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont pris les devants par rapport aux règles édictées par la directive MIF. Ils ont également supprimé les rétrocessions sur les activités de conseil. Le régulateur italien a préféré attendre avant de prendre une telle décision. Il craint qu'elle ait des répercussions importantes  sur les activités des conseillers financiers qui jouent traditionnellement un rôle de premier plan en matière de gestion de patrimoine. Il paraît particulièrement opportun, avant de prendre une décision, d'attendre de voir quelles seront les conséquences dans les pays qui ont adopté la démarche la plus restrictive. Aux Pays-Bas, la suppression des rétrocessions sur les missions de conseil et la mise en place d’une façon générale de régulations plus draconiennes se sont traduites par le développement de « plateformes » de distribution de produits financiers et par le développement  des  mandats de gestion (« gestione patrimoniale »), ainsi que par une diminution importante du nombre de conseillers financiers.

L’évolution du marché de la gestion de patrimoine aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne offre aux régulateurs et aux banques privées italiens tous les éléments de comparaison dont ils ont besoin pour prendre leurs futures décisions en toute connaissance de cause. Ils seront ainsi mieux à même d’éviter les mauvaises surprises éventuelles pour eux-mêmes et pour les clients des banques privées. Une approche manifestement judicieuse.

Source : kempen.nl

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