Connexion
/ Inscription
Mon espace

Regard sur le risque de déflation dans la zone euro

BE - Culture & Société
ABONNÉS

Par Julien-Pierre Nouen, économiste-stratégiste de Lazard Frères Gestion

En mars, l’inflation dans la zone euro a atteint son plus bas niveau depuis 2009, l’indice global des prix à la consommation ayant progressé de seulement 0,5% sur douze mois. Pénalisée par des facteurs calendaires en mars, l’inflation a depuis réaccéléré à +0,7% en avril, ce qui reste très faible, ce qui a amené de nombreux commentateurs à évoquer le risque d’une chute en déflation et à appeler la BCE à mettre en œuvre une politique d’assouplissement quantitatif destinée à prévenir ce risque. Nous ne partageons pas ce diagnostic et nous pensons que la faiblesse de l’inflation s’explique par des facteurs bien définis dont certains ne devraient plus peser dans les prochains mois. La position attentiste de la BCE nous semble justifiée


La faiblesse du prix des matières premières et l’euro fort

Premièrement, ce phénomène de faible inflation ne concerne pas que la zone euro. La plupart des pays développés partagent cette caractéristique. Il est probable que des facteurs comme la faiblesse du prix des matières premières ont joué. L’inflation sous-jacente est d’ailleurs plus élevée à +1,0% en avril.

La force de l’euro, qui a retrouvé la confiance des investisseurs sur les derniers mois a amplifié la faiblesse des prix des matières premières. A ce sujet, une partie de la réponse aux problèmes de la zone euro se trouve sans doute dans la politique monétaire de la Réserve Fédérale. La croissance américaine est en train de ré-accélérer après le passage à vide de cet hiver, et les salaires commencent à reprendre de la vigueur. La Réserve Fédérale américaine va donc devoir remonter ses taux bien avant la BCE, ce qui va soutenir les taux américains et faire monter le dollar contre l’euro.

 

Les conséquences de la récession passée

La faiblesse de l’inflation est aussi la conséquence de la récession qui a duré de la fin 2011 à la mi-2013 et qui se fait sentir avec un peu de retard. Or la reprise économique prend de la vigueur dans la zone euro, ce qui devrait réduire les pressions désinflationnistes. L’indice PMI composite de la zone euro atteint son plus haut niveau depuis mai 2011 et est maintenant cohérent avec une croissance de l’ordre de 1,75%, ce qui est supérieur au potentiel de croissance (estimé par la Commission Européenne à 1,1%). Or, lorsque la croissance observée est supérieure à ce potentiel, l’inflation a tendance à accélérer. Ceci est d’ailleurs corroboré par un indicateur de tension dans l’appareil productif que nous avons construit. Lorsque cet indicateur progresse, on observe généralement, après une période plus ou moins longue, une accélération de l’inflation.

 

Les ajustements des pays périphériques

Enfin, et c’est un point qui est souvent oublié, la faiblesse de l’inflation dans la zone euro s’explique aussi par les mesures prises par les pays périphériques pour retrouver leur compétitivité. Il est en effet prématuré de parler de déflation pour le cœur de la zone euro : l’inflation sous-jacente y est de l’ordre de 1,0% en mars (niveau déprimé par des facteurs calendaires), soit un niveau qui n’est guère inférieur à son niveau moyen d’avant la crise (1,2% entre 1997 et 2007). L’essentiel du ralentissement de l’inflation provient des pays périphériques (Espagne, Grèce, Irlande, Italie, Portugal). Que cela signifie-t-il ? En affichant une inflation plus basse que dans le cœur de la zone euro, ces pays sont en train de restaurer leur compétitivité en faisant baisser leurs prix relatifs. Dans ce sens, la faiblesse de l’inflation est plutôt une bonne chose même si elle n’a pas été compensée par une accélération de l’inflation en Allemagne, mais cela pourrait venir avec l’amélioration de la conjoncture allemande et la mise en place d’un salaire minimum.

Le retour de la croissance économique et la probable baisse à venir de l’euro devrait permettre à l’inflation de ne pas baisser davantage mais celle-ci restera faible. En l’absence de nouveau choc, à l’aune des derniers discours des membres du directoire de la BCE, la mise en place d’un assouplissement quantitatif semble donc peu probable.

www.lazardfreresgestion.fr/

 

 Comprendre l'économie durable pour s'y investir

 

Lire la suite...


Articles en relation

BE - Culture & Société
ABONNES
[Etude] Vos corvées vous rendent plus sympathique que vos « talents innés »

Une étude de la Cass Business School (City University of London) affirme que le fait de mettre l'accent sur la notion d'effort plutôt que de talent naturel permet de faire meilleure impression lors d'un premier rendez-vous Les personnes devant faire bonne impression lors de rendez-vous galants ou d'entretiens d'embauche doivent mettre en exergue le dur labeur et les efforts consentis pour expliquer leur succès, d'après une étude récente de la Cass Business School. Dans l'étude intitulée...

BE - Culture & Société
ABONNES
Les Européens veulent consommer plus local et responsable

Avec une croissance qui s'essouffle et des perspectives moins favorables pour 2019, la prudence grandit chez les consommateurs européens. Mais un autre mouvement se fait jour : ils se tournent de plus en plus vers une consommation plus locale considérée comme plus responsable. Tels sont les deux grands enseignements de la nouvelle édition de L'Observatoire Cetelem qui, depuis plus de 30 ans, décrypte et analyse les modes de consommation des ménages en Europe. Cette étude intitulée « Think local,...

BE - Culture & Société
ABONNES
Quelle place pour les énergies renouvelables chez les Français ?

A l'heure du grand débat national, les Français réaffirment leur désir de privilégier les énergies renouvelables pour l'avenir du pays. L'engagement des Français est important sur cette thématique, puisque 67% estiment qu'il leur revient également d'agir à leur échelle. L'amélioration énergétique de leur logement figure parmi les actions les plus citées, devant les changements de comportement en matière de déplacements, mais derrière les résolutions en faveur d'une consommation plus responsable...

BE - Culture & Société
ABONNES
TOP 5 des métiers à impact qui recrutent en 2019.

 Les métiers du Développement Durable et de la RSE ont  le vent en poupe !Répondant aux desiderata d'une génération en quête de sens d'une part, et aux nouveaux enjeux et nouvelles obligations législatives des entreprises françaises d'autre part, ces carrières - plus nombreuses et plus riches - ne cessent d'attirer un public toujours plus large. Birdeo, cabinet leader en recrutement et chasse de tête spécialisé dans le Développement Durable, a analysé les besoins exprimés par ses 200 clients,...