Commentaire de Luke Bartholomew, économiste en chef adjoint pour Aberdeen, sur les chiffres de l'inflation au Royaume-Uni.
"La forte baisse de l’inflation en novembre signifie qu’une baisse du taux directeur de la Banque demain est quasiment certaine. Même si le vote pourrait rester serré, il n’est pas très difficile de voir d’où viendrait une majorité pour maintenir la politique monétaire inchangée, d’autant plus au vu du ralentissement de l’inflation alimentaire dans ce rapport, compte tenu de l’importance que certains décideurs accordent aux prix alimentaires comme moteur des anticipations d’inflation des ménages. L’inflation devrait encore reculer l’an prochain en raison d’effets de base mécaniques et des annonces de politique publique contenues dans le budget récent. Cela devrait entraîner une baisse des taux jusqu’en 2026, après la baisse de cette semaine."
Commentaire pré-BCE
Par Romain Aumond, macroéconomiste et stratégiste quantitatif chez Natixis IM
La Banque Centrale Européenne devrait maintenir ses taux inchangés pour la quatrième réunion consécutive jeudi, arguant que son positionnement neutre vis-à-vis d’une conjoncture toujours résiliente et d’une inflation qui gravite autour de sa cible depuis maintenant un an est le plus adapté. Au-delà de l’absence de mouvement de taux largement attendue par le marché, la réunion de politique monétaire sera accompagnée de l’exercice de projection macroéconomique trimestriel. L’analyse de C. Lagarde de cet exercice ainsi que l’interprétation qu’en fait l’institution francfortoise seront centrales pour l’ancrage des anticipations de marché sur l’année 2026, ce dernier n’attendant pour le moment aucune nouvelle baisse pour l’an prochain. Si une révision de croissance à la hausse a été annoncée, sans doute pour 2025 et 2026 la façon dont la BCE justifiera sa projection d’inflation sera capitale.
La viscosité de la composante services dans l’inflation met en effet dans l’inconfort les membres les plus orthodoxes du board. Ils craignent la persistance d’un hypothétique effet Phillips dans la Zone, tant le taux de chômage est bas et que le rythme de croissance des salaires trop dynamique à leurs yeux. Il fait cependant nul doute que la pression baissière sur les prix des matières premières énergétiques, un euro fort et la désinflation observée dans les biens manufacturés constituent des risques à la baisse sur l’horizon de projection d’inflation. Les anticipations d’inflation à un an du marché gravitent autour de 30 points de base en-deçà de la cible de 2% de l’institution depuis le début de l’année. Paradoxalement, cette dernière ne cesse de réitérer un risque asymétrique à la hausse sur les prix que beaucoup d’analystes peinent à justifier étant données les projections durablement inférieures à la cible que l’institution a partagées en septembre dernier (1.7% en 2026, 1.9% en 2027).
Cet exercice d’équilibriste sur l’interprétation de la règle symétrique autour de sa cible d’inflation devrait continuer de limiter la transmission de la baisse des taux entreprise depuis un an et demi à la partie longue de la courbe, sujette à une tensions sur les perspectives de déficits de l’Allemagne et de la France en 2026 et plus généralement d’une absence de consolidation budgétaire à moyen-terme. L’institution francfortoise ne semble pas encore vouloir acter l’effet d’éviction de la demande privée par la dépense publique au cours des prochaines années.
Réunion de la BCE : le statu quo monétaire devrait s’imposer en fin d’année
Par Emmanuel Auboyneau, gérant associé chez Amplegest
La réunion de la BCE du 18 décembre, dernière d’une année 2025 intense, ne devrait pas se traduire par une évolution sur les taux d’intérêt. Le statu quo semble désormais s’imposer pour les prochains mois, la Banque Centrale ayant le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait pour rendre l’économie compétitive tout en maîtrisant l’inflation.
On peut toutefois constater une fois de plus la frilosité de la BCE qui pourrait être un peu plus audacieuse à un moment où l’Europe doit faire face à une compétition de plus en plus soutenue et alors que l’Euro ne cesse de monter contre le dollar. La faible inflation du continent européen, désormais dans les clous de l’objectif fixé dans la plupart des pays, aurait également pu convaincre la Banque Centrale d’aller un peu plus loin.
Christine Lagarde devrait tenir un discours prudent et ouvert à toutes les possibilités en 2026. L’effet des plans de relance européens, les conséquences d’une éventuelle paix en Ukraine et la nécessité de surveiller l’évolution de la devise européenne sont les paramètres qui conduiront la BCE à évoluer dans sa politique monétaire en 2026.
La BCE surveillera également les décisions prises par sa consœur américaine pour ne pas laisser un trop grand décalage se produire.


