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Japon : du nouveau au Pays du Soleil levant ?

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Par Laetitia Baldeschi, Stratégiste chez CPR-AM

S’il est un pays dont on n’espérait plus rien à court terme, c’était bien le Japon… et, comme souvent, la surprise en est venue. Le retournement du marché japonais est-il pour autant durable ? Pour le moment il est bien difficile de se prononcer.

Le marché actions a progressé, suivant la baisse assez forte du yen. Le yen a perdu 18% contre dollar depuis le début de l’automne. Il recule également contre la plupart des devises. Si le yen baisse c’est par anticipation d’un changement majeur de politique. Ce changement s’est amorcé à la tête du pays avec la nomination d’un nouveau chef de gouvernement, M. Abe, sorti gagnant des élections législatives anticipées. La majorité des 2/3 qu’il détient à la chambre basse lui permet de gouverner un peu plus aisément et en tout état de cause de mettre fin au blocage parlementaire observé depuis l’été.
L’autre changement est observé du côté de la banque centrale. La Banque du Japon qui, tout au long de la crise s’était montrée plus timide, sous un certain nombre d’aspects en tout cas, que la plupart des autres banques centrales, a commencé, au moins dans sa communication, à faire évoluer sa position. Le nouveau gouvernement n’est pas étranger à ce changement d’orientation. L’adoption d’une cible formelle d’inflation à 2% et la mise en place du principe d’un programme mensuel d’achat de titres sont des innovations pour la Banque centrale. L’anticipation d’un mois de la fin de son mandat par le gouverneur sortant en dit long sur le nouveau climat politique.

Au-delà des interrogations sur l’indépendance de la Banque du Japon il faut relativiser ces changements récents. L’indice d’inflation recule de 0,1% sur un an en décembre, un niveau bien éloigné de la nouvelle cible et le nouveau programme d’achat de titres n’entrera en principe en application qu’en janvier 2014, pour des montants finalement assez modestes au regard de ce qui se fait aux Etats-Unis.
Le nouveau gouvernement tente d’influer sur l’économie immédiatement, en présentant un collectif budgétaire pour l’année fiscale en cours. Le package global est de 10 000 milliards de yens, soit plus de 2% du PIB. Mais encore une fois on retrouve quelques travers de la politique économique japonaise, avec un accent mis sur les travaux publics pour globalement la moitié du programme. Il faudra attendre le budget 2013 pour évaluer les nouvelles orientations de politique économique, et notamment les mesures de soutien aux entreprises (baisse de l’impôt sur les sociétés, encore très élevé, financement des PME, …).

Des inquiétudes persistent tout de même au Japon. La première d’entre–elles relèvent de considérations géopolitiques, notamment avec la Chine et le différend concernant les îles Senkaku.

L’affaiblissement du yen ne suffira pas à rétablir la dynamique des exportations si les relations avec la Chine - qui représente 20% des exportations japonaises - s’enlisent.

D’autre part, il est difficile d’imaginer que les pays directement concurrents du Japon, notamment la Corée, restent sans réagir à la baisse du yen.
Il faudra ensuite juger dans la durée la nouvelle politique économique du gouvernement, notamment après les élections à la chambre haute de juillet prochain, sachant que la situation budgétaire très dégradée nécessitera des arbitrages douloureux. Ainsi après le rebond technique qui a suivi le tremblement de terre de 2012, la croissance du PIB pour 2013 est attendue autour de 1%, soit un niveau comparable à la moyenne observée depuis l’an 2000.

 

 

 

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