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Le retour des primes de risque sur les marchés

Par Hubert Lemoine, Directeur des investissements de Schelcher Prince Gestion, filiale de Crédit Mutuel Arkea

Le choc économique lié au « lockdown » de près de 2 milliards d’êtres humains, en réponse à la pandémie Covid19, est énorme. Pour la plupart des pays développés, les conséquences sont de l’ordre de 3% de PIB par mois de confinement. Après avoir hésité à utiliser cette stratégie extrême, le développement exponentiel des personnes infectées et la létalité ont poussé les autorités à agir. Le pic épidémique semble atteint dans beaucoup de pays, de nouvelles capacités hospitalières et la fabrication de masques intensive permettent aux dirigeants d’envisager le monde d’après. Le dé-confinement peut s’opérer et permettre une gestion de la crise sanitaire par « petites vagues », le temps qu’un traitement efficace puis un vaccin soient opérationnels.

Les conséquences économiques sont énormes, avec une baisse de 40% de PIB en rythme annualisé. La Chine a connu une récession de même ampleur en début d’année et semble rebondir fortement. Toutefois, il est difficile d’imaginer une recovery rapide, qui dépendra de la stratégie de sortie de crise sanitaire, de la remise en route de l’appareil productif et de la confiance des ménages - qui reste le principal moteur des pays développés.

La réponse monétaire et budgétaire a été rapide et à la hauteur. L’effort fiscal est, selon les pays, proche des 10% de PIB et correspond à 3 mois de fermetures des économies. L’effort monétaire est du même ordre. Les rachats d’actifs concernent les emprunts d’état, les ABS, le « commercial paper », le crédit jusqu’aux catégories les plus risquées pour la Fed (BB-). Ces interventions sont deux fois supérieures à la grande crise financière de 2008.

Il est raisonnable de penser, même si cela prendra du temps, que le commerce mondial sera moins fort qu’avant et qu’une relocalisation de certaines industries s’opérera, et ce d’autant plus que la Chine apparaîtra comme le grand responsable de cette crise. Les élections fin 2020 aux USA seront l’occasion d’exacerber ce point. L’Europe, devant cette accumulation de dette remboursable, par les pays du sud comme l’Italie, devra franchir cet obstacle politique pour sauvegarder son union.

L’effondrement du prix du pétrole, lié à un double choc d’offre et de demande, risque d’entraîner avec lui une partie de l’industrie énergétique américaine, qui se finance principalement sur le marché « High Yield ». La contagion aux autres marchés de crédit reste préoccupante.

Sur les marchés financiers, la divergence entre économie réelle et économie financière semble à nouveau criante. L’intervention des « grands argentiers » du monde développé a permis un rebond important des différentes classes d’actifs. Saluant l’action des banques centrales et des Etats, ils anticipent une sortie de crise rapide. Il apparaît qu’il n’y a que peu d’alternatives aux actions et la hausse de la prime de risque récente semble être une opportunité supplémentaire. En effet, les taux sont proches de zéro et les courbes de taux sont quasi-plates. L’explosion des déficits budgétaires et une reprise de l’inflation encore hypothétique pourraient compliquer les scénarii futurs.

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